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Société Publié

Tanger : Le festival Migrant’scène interdit par les autorités locales

Les autorités tangéroises n’ont fourni aucun motif pour justifier cette interdiction, d’après le Groupe antiraciste d’accompagnement et de défense des étrangers et migrants (GADEM). Les organisateurs disent n’avoir reçu aucune notification écrite.

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Le festival Migrant’scène devait se tenir à Tanger du 5 au 10 novembre. / DR

Les autorités marocaines ont interdit la tenue de la 9e édition du festival Migrant’scène, qui se produit du 5 au 10 novembre à Tanger, d’après l’agence EFE. Des sources du Groupe antiraciste d’accompagnement et de défense des étrangers et migrants (GADEM), coorganisateur de l’évènement avec la compagnie d’art DABATEATR, ont indiqué à l’agence EFE que le caïd (agent d’autorité) du 4e arrondissement de Tanger avait notifié au GADEM que le festival avait été «interdit par les autorités», sans présenter aucun écrit dans ce sens.

Une décision que l’association considère comme «une atteinte irresponsable à la liberté d’expression et de création artistique». Les organisateurs n’ont décidé de rendre publique cette interdiction qu’hier soir seulement. «Le caïd du 4e arrondissement qui a informé les partenaires du GADEM de cette interdiction a notamment déclaré qu’il ne tolérerait pas à Tanger les activités, selon ses dires, ‘d’une association gauchiste venue de Rabat, et qui attaque le gouvernement’», ont indiqué des membres de l’association sur Facebook.

«Ces motifs fallacieux ne justifient en aucun cas l’interdiction d’une activité culturelle organisée par une association exerçant de manière régulière, et qui a toujours respecté les procédures usuelles de déclaration», ont-ils ajouté.

«Nous n’avons aucune idée des vraies raisons de cette décision» 

«On avait déjà un certain nombre d’indices depuis mardi, lorsque le caïd est venu dire que cette activité était interdite. Puis il est revenu mercredi – l’activité a tout de même pu se faire – en nous disant qu’il y avait eu une décision d’interdiction. A aucun moment il ne s’est adressé au GADEM», indique à notre rédaction une source proche de l’association. «On a demandé à avoir une notification écrite, ce qu’il a refusé. [Le caïd] a réclamé un délai pour se concerter avec les autorités au niveau national, soit le ministère de l’Intérieur, puis il est revenu hier matin pour dire, oralement, qu’il y avait une interdiction, sans aucune notification», ajoute-t-elle.

«Ils n’ont pas informé le GADEM directement ; ils ont informé ses partenaires pour dire qu’il fallait chasser notre association parce qu’elle était gauchiste, radicale, qu’elle tenait un discours antigouvernement…», confirme à Yabiladi Abderrahman Tlemçani, président du GADEM. «Nous n’avons aucune idée des vraies raisons de cette décision, d’autant que ce n’est pas la première, ni la deuxième édition, mais la neuvième. Est-ce que c’est en lien avec les derniers rapports dans lesquels on a pointé du doigt ce qui se passe dans les commissariats à Tanger ? On ne sait pas», regrette-t-il.

Dans un rapport sur les opérations des forces de l’ordre menées dans le nord du Maroc entre juillet et septembre 2018, le GADEM souligne notamment que «plus de 6 500 personnes [ont été] arrêtées et déplacées de force entre juillet et début septembre 2018». Le document relaie de nombreux témoignages de migrants subsahariens faisant état d’actes de maltraitance commis par les forces de l’ordre à leur encontre.

L’interdiction de ce festival intervient à un moment de crise migratoire sans précédent, précise l’agence EFE : rien qu’en 2018, le Maroc a avorté 68 000 tentatives d’émigration clandestine, tandis que plus de 53 000 personnes ont pu arriver en Espagne.

Article modifié le 2018.11.09 à 16h34

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