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Politique Publié

Sahara occidental : Deux ex-cadres du Front Polisario commentent la résolution 2440

L’ancien chef du Front Polisario, Mustafa Ould Salma Sidi Mouloud, a déclaré que le Maroc était le principal gagnant de la résolution 2440 des Nations Unies. De son côté, Bachir Dkhil, l’un des fondateurs du front séparatiste, souligne l’importance de cette nouvelle résolution qui met fin au mythe du «référendum sur l’autodétermination».

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Le Conseil de sécurité adopté mercredi une nouvelle résolution sur le Sahara occidental. / Ph. DR

Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté mercredi 31 octobre 2018 une nouvelle résolution sur le Sahara, prorogeant de six mois le mandat de la MINURSO. Alors que le Maroc s’est félicité jeudi de la résolution 2440, le Front Polisario a annoncé qu’il en «prenait acte», sans pour autant la saluer. Les alliés de Brahim Ghali appellent les Nations unies à «faire pression sur le Maroc pour progresser dans les négociations directes».

«Le Maroc est le principal gagnant»

Commentant le texte de cette résolution, Mustafa Salma Ould Sidi Mouloud, ancien cadre du Front Polisario, confie à Yabiladi que la prorogation de six mois seulement du mandat de la MINURSO est un moyen «de faire preuve de sérieux dans ce dossier et en même temps de maintenir le statu quo». «De l’autre côté, la résolution salue la proposition marocaine [d’autonomie] et demande aux pays voisins de contribuer davantage au processus politique», enchaîne-t-il.

«Tout cela sert les intérêts du Maroc, du moins sur le fond. Le représentant du Maroc à l’ONU, Omar Hilale a déclaré que le Maroc ne voyait aucun inconvénient à une prorogation de six mois, un an ou même un mois. La tâche du conseil de sécurité est de maintenir la paix et la sécurité internationales. Ce derniertente donc de faire pression sur les parties pour remplir cette mission.»

Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud

«Tant que le différend se limitera à la souveraineté et que les parties seront incapables de la prendre par la force, elles n’auront pas d’autre choix que de maintenir le statu quo jusqu’à ce qu’elles comprennent qu’il est nécessaire de faire des compromis pour parvenir à un accord», estime cet ancien responsable au sein du Front Polisario.

«Aucun impact sur les Sahraouis à Tindouf»

Quant à la table ronde qui se déroulera à Genève les 5 et 6 décembre, l'ancien directeur général de la police dans les camps de Tindouf estime que «les pourparlers ne seront fructueux que si aucune des trois parties (le Maroc, l’Algérie et le Polisario, ndlr) ne campe sur ses positions». «Le Maroc dit que le Polisario ne peut être considéré comme un partenaire du processus puisqu’il n’a pas d’autorité et ne peut prendre de décision librement. Il se cache derrière l’Algérie alors que celle-ci affirme ne pas être partie prenante», rappelle-t-il. Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud affirme qu’il n’y a finalement «que le Maroc, l’Algérie et le Polisario au cœur du différend territorial».

«Soit l’Algérie intervient en tant que partenaire pour parvenir à la paix parce qu’elle ne lèvera pas la main sur le Polisario, soit le temps permettra de dégager un partenaire sahraoui indépendant capable d’imposer la paix.»

Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud

Selon lui, la communauté internationale ne bouleversera pas l’équilibre actuel dans la région car celui-ci, «de par sa fragilité, ne pourra supporter aucune crise». «La crise en Afrique du Nord met en danger la sécurité de l'Europe», prévient-il également, écartant d’emblée tout impact que pourrait avoir la nouvelle résolution des Nations unies sur les camps de Tindouf. «Ce que beaucoup ne comprennent pas, c’est que les camps sont l’Etat sahraoui même, et que par conséquent tous ceux qui y vivent sont convaincus qu’ils sont déjà sur leur terre et n’ont nulle part où aller», conclut-il.

«Un débat responsable et une volonté politique»

Pour sa part, Bachir Dkhil, considéré comme l’un des fondateurs du Front Polisario, juge «très importante» la récente résolution de l’ONU. Dans une déclaration accordée à Yabiladi, il souligne que cette décision «balaye d’un revers de main la revendication du Front Polisario d’organiser un référendum sur l’autodétermination».

«La communauté internationale est peut-être arrivée à la conclusion que le seul moyen de parvenir à une solution est de réunir toutes les parties concernées par ce différend afin qu’elles échangent entre elles, sans camper sur un seul point de vue.»

Bachir Dkhil

«En prorogeant à nouveau de six mois seulement le mandat de la MINURSO, la communauté internationale fait part de son intérêt pour ce dossier et estime qu’il ne faut pas qu’il tombe aux oubliettes», ajoute cet ancien leader du Front séparatiste. «C’est une manière de faire pression sur toutes les parties pour parvenir à une solution mutuellement acceptable.»

«Il ne s’agit pas là de déterminer un gagnant et un perdant : il est question d’une population qui vit dans une situation très regrettable, et d’un problème politique qui entrave la stabilité en Afrique du Nord et doit être résolu». «Un débat responsable et une volonté politique peuvent être un premier pas vers une résolution, qui s’annonce toutefois difficile et qui nécessitera du temps», conclut-il.

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