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Politique Publié

Maroc : La très masculine Chambre des conseillers

Alors qu’elles ne sont que 14 femmes conseillères à la Chambre haute, aucune d’entre-elles n’a été élue au bureau ou à la tête des commissions parlementaire. Un coup dur pour la parité tant voulue par les mouvements féministes au Maroc.

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Des femmes parlementaires. / Image d'illustration

La Chambre des conseillers du Parlement marocain a dévoilé mercredi sa nouvelle composition de mi-mandat, lors d’une séance plénière consacrée à l’élection des membres du bureau et des présidents des commissions permanentes. Sans surprise, les conseillers de la nation, majoritairement masculins, ont élu un nouveau bureau de la Chambre à leur image.

Ainsi, les vice-présidents élus mercredi sont tous des hommes, tout comme les trésoriers et les nouveaux secrétaires.

Une masculinisation dénoncée par les conseillères

Même pour les postes de président des commissions permanentes, l’absence totale d’élues est flagrante. Le seul nom féminin qui résiste toujours à la «masculinisation» figure au niveau des présidents des groupes : celui d’Amal El Amri, du groupe UMT.

«C’est un recul, d’autant qu’il y avait une femme au bureau de la Chambre et les femmes espéraient voir cette représentation augmenter», dénonce Touria Lahrech, du groupement de la CDT à la Chambre haute, contactée par Yabiladi.

«Les partis politiques eux-mêmes sont à blâmer. N’y a-t-il pas de femmes conseillères compétentes dans ces groupes parlementaires pour occuper un poste à responsabilités ? Cela veut dire que les mouvements féministes ont échoué à changer les mentalités, masculines et rigides, au sein même des partis et des syndicats.»

Touria Lahrech

Pour la conseillère de la CDT, «les femmes au sein des partis et des centrales syndicales doivent multiplier les actions pour faire changer cette triste réalité, cette image négative et ce vrai recul inexplicable».

Pour sa part, Khadija Ezzoumi, à la fois patronne de l’Organisation de la femme istiqlalienne et conseillère du Parti de l’Istiqlal à la Chambre haute, pointe du doigt un «indicateur dangereux» dans une institution constitutionnelle, rappelant que le règlement intérieur de la Chambre des conseillers, «censé assurer une représentation féminine est toujours bloqué».

«Les lois, comme celle sur la parité, sont sur une rive alors que les mentalités sont sur une autre. Malheureusement, les femmes ne font pas partie de l’équation politique au Maroc. Il n’y a même pas le seuil requis pour assurer une représentation féminine à la Chambre des conseillers.»

Khadija Ezzoumi

Sur un ton amer, Khadija Ezzoumi affirme que «personne n’évoque ce sujet de représentation féminine à la deuxième chambre du Parlement». «C’est un coup dur à la question de la parité et la représentation féminine au Maroc», conclut-elle.

Une chambre à la base très masculine

Et ce n’est pas étonnant lorsqu’on jette un coup d’œil à la composition de la Chambre des conseillers. Ainsi, les groupes du RNI, de l’USFP et du MP (respectivement au nombre de 9, 8 et 12 conseillers) sont exclusivement masculin. Si le PAM, disposant de 25 sièges à la Chambre haute, n’a que deux conseillères, le Parti de l’Istiqlal ne fait pas mieux, avec 3 femmes sur 25 conseillers.

Au groupe de l’UMT, elles sont deux élues sur 7, soit le même nombre de femmes figurant dans le groupe PJD qui dispose, lui, de 15 sièges. Au sein du groupe de la CGEM, Neila Tazi est la seule femme élue, face à six autres conseillers de sexe masculin. D’ailleurs, celle qui occupait jusque-là un poste au bureau de la Chambre haute, soit la seule femme dans un poste de responsabilité, a été remplacée par Abdelhamid Souiri. La fondatrice du Festival Gnaoua d’Essaouira bénéficie désormais du soutien de 62 femmes qui se sont mobilisées pour dénoncer son «éviction illégale et sexiste» du bureau de la Chambre haute.

La parité, on la remarque surtout au niveau du groupement de la CDT, où deux femmes siègent à la Chambre des conseillers face à deux autres syndicalistes de sexe masculin.

Au total, les femmes conseillères ne sont que 14 sur 120 membres de la Chambre haute, soit 11,66% seulement.

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