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Maroc : La santé mentale, entre progrès et souffrances

Devenue dans les sociétés modernes un véritable défi en matière de politiques publiques de santé, la prise en charge de la santé mentale au Maroc fait toujours face à la pénurie de spécialistes ainsi qu’à des défauts de fonctionnement.

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La santé mentale, priorité de l'OMS. Ph/DR
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C’est un chiffre qui laisse entrevoir l’ampleur du travail qu’il reste à accomplir : 40% des Marocains souffrent d’un trouble mental, selon Al Ahdat Al Maghribia, qui relaie les propos tenus par le ministre de la Santé, Anas Doukkali, qui répondait lundi à une question orale au Parlement. C’est peu dire que la santé mentale reste une priorité au Maroc. En témoigne la rencontre, fin septembre à New York, entre Anas Doukkali et Svetlana Akselrod, sous-directrice générale chargée du groupe maladies non transmissibles et santé mentale à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en marge de la troisième réunion de haut niveau consacrée aux maladies non transmissibles.

Des plans d’action pour faire face à la pénurie de psychiatres

Dans un pays de plus de 34 millions d’habitants, on compte à peu près 300 psychiatres, soit moins d’un psychiatre pour 1 million d’habitants, sachant que 1% de la population marocaine souffre de schizophrénie, selon l’OMS. Un sous-effectif psychiatrique auquel s’ajoutent d’autres difficultés liées à «la vétusté des hôpitaux, la qualité de la prise en charge, mais aussi la négligence du traitement des mineurs, des personnes âgées et des délinquants», indiquait le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) en 2012 dans un rapport intitulé «Santé mentale et droits de l’Homme : l’impérieuse nécessité d’une nouvelle politique».

Depuis, de nombreux plans d’action de santé mentale ont été mis en place, dans l’objectif de rectifier le tir. On n’en compte pas moins de trois lancés sur les périodes 2013-2016, 2017-2021 et le dernier sur 2020- 2025. «La stratégie nationale 2013-2016 pour la santé mentale est l’initiative la plus encourageante», nous explique Hassan Argouna, représentant de la Fédération nationale de la santé mentale et secrétaire général de l’association Chams pour la santé mentale. Celle-ci a participé, avec le plan Karama, à la formation de généralistes aux bases de la psychiatrie, et contribué à «réduire la pénurie de ressources humaines» dans cette spécialité. Malgré les progrès enregistrés, le ministère a relancé un nouveau plan de santé mentale sur le quinquennat 2020-2025, en collaboration avec les associatifs.

Répondant à la question orale qui lui a été posée au parlement, Anas Doukkali a annoncé des actions concernant l’amélioration des hôpitaux à travers la création de services spécialisés, de services communautaires et thérapeutiques hors des hôpitaux, écrit La Vie éco. Concernant le manque de psychiatres, le ministre prévoit la formation de 30 praticiens chaque année, précise la même source. De plus, deux départements de pédopsychiatrie à Marrakech et à Fès formeront 10 médecins spécialistes par an.

Derrière les tergiversations législatives, la souffrance des malades

Si les plans s’accumulent, la loi en vigueur ne favorise pas l’accélération des avancées en termes de santé mentale, notamment sur la question des droits des malades. Et pour cause, elle remonte à 1959, soit presque soixante ans. En 2015, le projet de loi n°71-13 relatif à la lutte contre les troubles mentaux et la protection des droits des personnes avait suscité une levée de boucliers parmi les psychiatres et les associations, rapportait TelQuel. Il n’a finalement jamais vu le jour, après son retrait en juillet 2018.

Les patients restent les principaux concernés par les difficultés et les améliorations dans le domaine de la santé mentale au Maroc. Les associations se mobilisent et un tissu associatif actif se distingue par son activité. Ainsi, la Fédération nationale de la santé mentale a participé à la réunion tenue au siège de l’ONU en présence du ministre de la Santé. Hassan Argouna nous rappelle également que «la fédération a fait des recommandations pour la gratuité des médicaments, mais les patients ont toujours des difficultés à pouvoir poursuivre leur traitement» à cause des prix en vigueur.

Néanmoins, le responsable associatif se réjouit des résultats positifs des différentes stratégies, soulignant qu’«on ne parle désormais plus de maladie mentale mais de santé mentale». Enfin, la préparation d’un plan pour la prévention du suicide et la création de l’Association des usagers de la psychiatrie, témoigne de la mobilisation des patients et de leurs familles. Une nécessité pour faire porter la voix de ces maladies encore trop fortement stigmatisées.

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