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Mode Publié

Le musée De Young de San Francisco revêtu aux couleurs de la mode musulmane

C’est la première fois que la mode dite «pudique» fait l’objet d’une vaste exposition. Plus de 50 créateurs, du Moyen-Orient et d’Asie du Sud-Est notamment, y sont représentés.

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Le travail de plus de 50 créateurs est présenté lors de cette exposition, qui se tient au musée De Young de San Francisco du 22 septembre au 6 janvier 2019. / Ph. de Young Museum

«Nous avons d’abord choisi de faire de cette exposition une célébration du choix personnel à travers le monde.» C’est ainsi que Jill D’Alessandro présente la vaste exposition dédiée à la mode musulmane contemporaine, qui a ouvert ses portes à San Francisco le 22 septembre dernier au musée De Young, dont elle est la responsable des arts textiles, indique le quotidien suisse Le Temps.

Le travail de plus de 50 créateurs y est exposé, notamment les robes Dior choyées par les têtes couronnées du Golfe et les hijabs de Nike, pour rendre compte de la diversité de la mode dite «pudique» ou «modeste», inspirée des courants de l’islam et de la décence qui en découle. «Chaque pas dans les galeries imaginées par les curatrices Jill D’Alessandro et Laura L. Camerlengo se veut un coup porté aux préjugés selon lesquels les musulmans ont tous les mêmes modes de vie et se détournent de la mode», écrit la journaliste du Temps, qui a parcouru l’exposition.

«Pour explorer ses différents courants, nous avons notamment construit l’exposition par thématiques régionales, en nous concentrant sur les créateurs du Moyen-Orient, d’Asie du Sud-Est, mais aussi issus des communautés musulmanes qui revendiquent l’importance de la mode modeste et de sa représentation en Europe et aux Etats-Unis», explique Jill D’Alessandro. «Cette exposition capture l’esprit de l’époque : les influenceurs, les consommateurs musulmans exigent désormais d’être représentés, d’avoir des tenues modernes et variées qui reflètent leur quotidien», ajoute-t-elle.

«Longtemps ignorés par les grandes maisons, ils ont inventé leurs propres styles, que ce soit via les réseaux sociaux, le lancement de nouvelles marques ou de plateformes de vente en ligne. Cette ébullition créative justifiait qu’on consacre une exposition au phénomène actuel.»

Jill D’Alessandro, co-curatrice de l’exposition

Une poule aux œufs d’or

Le marché de la mode dite «pudique», déjà très lucratif, prévoit de s’alourdir davantage d’ici les prochaines années : à l’horizon 2019, ces dépenses devraient générer 484 milliards de dollars, selon le rapport Global Islamic Economy de Thomson Reuters. En 2013, la communauté musulmane mondiale a dépensé 266 milliards de dollars en vêtements et chaussures.

Bien plus qu’une tendance éphémère, les griffes du prêt-à-porter de luxe y voient une véritable poule aux œufs d’or. L’Italienne Dolce & Gabbana fut l’une des premières à flairer le bon filon. «Les musulmans représentent 22% de la population mondiale, et leurs exigences vestimentaires sont trop souvent délaissées par les grandes maisons de couture et de prêt-à-porter européennes», soulignait la maison milanaise dans un communiqué.

La population musulmane représente en effet une «nouvelle cible pour des marques de luxe qui stagnent de plus en plus et sont en manque de relais de croissance. Le marché se contracte et est très concurrentiel», analysait Frédéric Godart, sociologue et chercheur, auteur de «Sociologie de la mode» (La Découverte, 2010) dans les colonnes de Libération. C’est donc sur la «mode musulmane», à la réputation tout aussi biaisée que sa déclinaison «islamique», que les grandes maisons de luxe misent désormais.

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