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20 juin 1981 : Histoire d’une grève réprimée dans le sang [Documentaire exclusif]

Le 20 juin 1981, une grève à laquelle la Confédération démocratique du travail (CDT) avait appelé fut violemment réprimée à Casablanca. Plusieurs victimes tombèrent sous les balles, tandis que les arrestations se comptaient par centaines. Yabiladi est partie à la rencontre de survivants et familles de victimes.

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Photo d’illustration / Photomontage Mehdi Moussahim (Yabiladi)
Temps de lecture: 3'

Au début des années 1980, l’économie marocaine ne tenait plus qu’à un fil. En effet, le pays vivait une crise précipitée par la chute des cours mondiaux des phosphates, impactant durement le coût de la vie et le pouvoir d’achat des citoyens. Le Maroc vécut un exode rural sans précédent, tandis que le gouvernement Maâti Bouabid annonça une hausse de 50% des prix des produits alimentaires de base. Partis d’opposition et centrales syndicales appelèrent l’exécutif à revenir sur sa décision, mais en vain.

Par conséquent, la Confédération démocratique du travail (CDT) observa une grève générale à Casablanca, le 18 juin de la même année. Quelques arrestations furent enregistrées, mais les évènements ne donnèrent pas lieu à une confrontation violente. Le syndicat appela à une nouvelle grève, deux jours plus tard, mobilisant un plus grand nombre parmi la population de la ville. Ceci donna lieu aux «émeutes de koumira». Les autorités ne tardèrent pas à intervenir énergiquement, dans l’espoir de mettre en échec cette mobilisation. La confrontation eut lieu et les rassemblements furent dispersés avec violence.

Des tirs à balles réelles

La situation devint rapidement hors de contrôle et l’armée fut appelée en renfort. Les militaires marquèrent leur présence dans toutes les rues de la ville, mais les manifestations continuèrent, rassemblant même de plus en plus de citoyens qui criaient leur colère. C’est ainsi que les ordres furent donnés pour recourir à l’usage des balles réelles. Les forces de l’ordre arrêtaient toute personne rencontrée sur leur chemin, participante aux rassemblements ou non.

En conséquence, nombre de jeunes casablancais se retrouvèrent cantonnés par dizaines dans des espaces clos et étroits. Parmi eux, plusieurs y laissèrent la vie. Quant aux survivants, ils furent transférés aux postes de police, où ils subirent toutes formes de torture avant de signer des PV dont ils ignoraient le contenu. Des procès expéditifs s’en suivirent, où plusieurs jeunes furent condamnés à de lourdes peines allant jusqu’à 20 ans de prison ferme. Même après avoir purgé leur peine, une décision de justice obligea plusieurs condamnés à s’exiler de Casablanca à leur sortie.

37 ans plus tard, plusieurs de ces ex-détenus vivent avec les conséquences de ces années de privation, de détention et de torture. Certains développèrent des maladies chroniques liées aux conditions d’emprisonnement, tandis que d’autres sont soumis à un suivi psychologique.

Equité et réconciliation

Au début des années 2000, le Maroc exprima l’ambition de se réconcilier avec ce lourd passé et tourner cette page de l’histoire. C’est ainsi qu’en janvier 2004, l’Instance équité et réconciliation (IER) vit le jour, dans l’espoir de réhabiliter toutes les victimes de ces années sombres ayant suivi l’indépendance. Dans ce sens, les attributions de l’IER consistèrent en «l’enquête, l’investigation, l’arbitrage et la proposition», en vertu du Dahir n°1.04.42 du 10 avril 2004 portant approbation des statuts de l’instance.

Dans ces démarches de recherche de la vérité et de définition des responsabilités, l’IER a également effectué un travail de recoupement sur les archives étatiques, puis organisé des auditions publiques où les victimes de ces exactions apportèrent leur témoignage à visage découvert, devant les membres de l’instance, des observateurs internationaux, ainsi que la presse nationale et internationale. Un travail qui découla sur la réparation de ces victimes, même si une partie de ces dernières conteste ce processus et les indemnités obtenues, les jugeant insuffisantes.

L’édification d’un cimetière pour la mémoire

En 2016, l’existence d’une fosse commune des victimes du 20 juin 1981 fut révélée. En septembre de la même année, les corps furente exhumés pour être légalement enterrés, en présence de femmes et d’hommes politiques, de militants et de défenseurs des droits humains, ainsi que plusieurs familles des victimes.

Si cette initiative permis à certains de faire le deuil de leur proche disparu, elle fut également contestée par les familles d’autres victimes. Regroupées au sein de l’Assosiation 20 juin, il est reproché aux autorités marocaines de ne pas permettre une existence légale de l’association, même après avoir parachevé toutes les démarches administratives et juridiques. De son côté, le Conseil national des droits de l’Homme reconnut quelques manquements ayant accompagné le processus d’exhumation des corps, invoquant un défaut d’expérience.

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