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Maroc : L’impunité des personnalités auteurs d’accidents meurtriers de la route

Au Maroc, trois faits divers, où des personnes ont trouvé la mort, font état d'un constat triste qui passe encore sous silence. L’impunité des personnalités connues ou de leurs proches envers lesquelles la justice se montrerait plus indulgente.

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Photo d'illustration. / DR

Cet été, les Marocains ont passé une période estivale très chargée en actualités. Plusieurs accidents mortels de la circulation ont particulièrement choqué l'opinion publique. Raison : les auteurs de ces homicides involontaires, pour la plupart des personnalités connues ou leurs proches, auraient bénéficié d’une justice plus clémente.

Fin juin dernier, soit quelques jours seulement après l’élimination du Maroc à la Coupe du monde en Russie, une information avait fait la Une de plusieurs médias marocains et étrangers. Le milieu de terrain international Amine Harit avait causé un accident de la circulation en plein Marrakech, causant la mort d'un jeune homme.

Peines miséricordieuses contre des homicides involontaires

Quinze jours plus tard, Harit était déjà en Allemagne, après avoir récupéré son passeport, fait ses bagages et réglé une caution de 10 000 dirhams. Le verdict ensuite tombera le premier août, condamnant le footballeur à quatre mois de prison… avec sursis et à une amende de 8 699 dirhams. Depuis, on ne sait plus ce que la famille du jeune marrakchi est devenue, alors qu’elle disait avoir perdu l’unique personne qui subvenait à ses besoins. 

Six jours seulement après le verdict du tribunal de la ville ocre, un autre accident mortel à Casablanca attristera l’opinion publique marocaine. Cette fois, c’est Pierrette M’jid, militante de longue date et veuve de l’ancien résistant et ex-président de la Fédération marocaine de tennis, qui a trouvé la mort suite à un violent accident de la route. Elle a été fauchée par un jeune conducteur de 18 ans, au volant d’une grosse voiture. Ce dernier aurait même tenté de prendre la fuite, causant un autre accident avant d’être arrêté par la police.

Le tribunal casablancais ne rendra son verdict le 6 septembre condamnant le conducteur à deux mois de prison ferme. Une décision qui choquera profondément la famille de la défunte, elle qui espérait que le procès serve d’exemple à d’autres pour ne plus échapper à la justice.

Une autre affaire s’ajoutera au lot en tournant le couteau encore une fois dans une plaie encore ouverte. Samedi à Marrakech, une miss Universe of the Word a percuté deux mineurs sans–abris après avoir visiblement perdu le contrôle de son véhicule. Des sources médiatiques ont affirmé que la jeune femme était en état d’ébriété, ce qui expliquerait pourquoi la police lui aurait refusé la liberté conditionnelle. Au moment où elle, en vie et en bonne santé, serait détenue dans une cellule d'une prison de la ville ocre en attendant son procès, les dépouilles des deux adolescents attendront à la morgue de Marrakech que justice soit rendue.

La loi entre le «dit» et le «non-dit»

Alors que dit la loi ? Au Maroc, les accidents de la circulation, causant ou non un homicide involontaire, sont évoqués par le Code de la route de 2010. Ce dernier consacre tout une section intitulée «de l'homicide involontaire consécutif à un accident de la circulation» à cette question. Son article 172 énonce que «tout conducteur dont la responsabilité d'un accident de la circulation est établie qui, par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de sécurité ou de prudence prévue par la présente loi ou par les textes pris pour son application, commet un homicide involontaire consécutif audit accident, est puni d'un emprisonnement de trois (3) mois à cinq (5) ans et d'une amende de sept mille cinq cent (7 500) à trente mille (30 000) dirhams».

Certains avaient du mal à imaginer que ce texte puisse être interprété différemment, en laissant la porte grande ouverte à l’introduction d’une condamnation plus légère. Tout cela sachant que la suite de l’article 172 énonce que cette «peine est portée au double si l’auteur (…) ne s'est pas arrêté ou a modifié l'état des lieux et a tenté ainsi d'échapper à la responsabilité pénale ou civile qu'il peut encourir». Ce qui est le cas du jeune chauffeur du 4x4 ayant tué Pierette M'jid.

Ceci-dit, le procès de la miss Universe of the Word est très attendu pour davantage plus d’impunité qui fait de la peine à plusieurs Marocains. Le constat est toutefois tourmentant. Au moment où la justice marocaine rend des verdicts exemplaires à l’encontre de certains, elle se montre plus qu’indulgente lorsqu’il s’agit de personnalités connues ou d’un fils (ou fille) d’untel. Une impunité que tout le monde constate, souhaite mettre à l’index, mais que peu encore sont prêts à dénoncer de vives voix…

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