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Maroc : Les failles du secteur de l’Education nationale pointées par la Cour des comptes

Le secteur de l’Education nationale fait partie de ceux passés au crible dans le dernier rapport annuel de la Cour des comptes. Il en ressort que ce domaine porte encore les stigmates de sa gestion défaillante et que même les initiatives pour pallier ces manquements ont prouvé leurs limites.

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Photo d’illustration / Ph. DR.
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En 2017, «le ministère public a saisi la Cour de huit affaires concernant 53 responsables exerçant au sein des Académies régionales de l’éducation et de la formation des régions de Rabat-Salé-Zemmour-Zaer, du grand Casablanca, de Chaouia-Ouardigha, de Souss-Massa, de Tadla-Azilal, de Fès-Boulmane, de Tanger-Tetouan et de Marrakech-Tansift». Rendu public hier, le rapport annuel de la Cour des comptes (CC) indique qu’il ne s’agit pas ici des seules saisines dans le secteur de l’Education, faites sur la base d’une enquête préliminaire effectuée par la Cour des comptes.

Cette mesure parmi d’autres reflète les différents manquements relevés dans la gestion et les finances du domaine. En effet, elle fait suite à de «nombreuses observations relevées par les rapports de l’inspection générale du ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle relatifs à la gestion financière des académies régionales de l’éducation et de la formation».

Les programmes d’aide ont besoin de béquilles

Parmi les volets de l’éducation nationale sur lesquels se penche ce dernier rapport, il y a la gestion de programmes tels qu’«Un million de cartables», le programme boursier «Tayssir», mais également le déficit observé au niveau des ressources humaines du ministère. Ainsi, le document indique que le nombre de bénéficiaires du programme «un million de cartables» a connu une augmentation entre 2012 et 2016, touchant 4 013 897 élèves au cours de l’année scolaire 2015/2016. Cependant, «la méthode de ciblage utilisée se base sur le critère du milieu et sans prise en compte du niveau socio-économique des familles», nuance la Cour des comptes.

Par ce constat, l’institution soulève notamment les retards dans la distribution des kits scolaires au début de la rentrée, ainsi que des dysfonctionnements dans le système de prêt de livres. Le rapport constate également que nombre de partenaires signataires de la convention pour la réalisation de l’opération ne se sont pas tenus à leurs engagements financiers. Pire encore, la même source constate que «le comité de pilotage et d’évaluation n’a pas été opérationnalisé, et qu’il y a eu chevauchement dans les attributions entre l’Association marocaine d’appui à la scolarisation (AMAS) et le département chargé de l’éducation nationale avec ses services extérieurs».

Les failles des programmes d’aide au élèves visant à limiter le décrochage ont été observées également au niveau de «Tayssir». Bien que le nombre de ses bénéficiaires soit passé de 87 795 au cours de l’année scolaire 2008/2009 à 828 000 en 2015/2016, cette évolution quantitative n’a pas été accompagnée par une rigueur au niveau des exigences d’efficacité. D’ailleurs, la Cour des comptes fait état de «l’absence d’un mécanisme de ciblage direct des bénéficiaires et l’exclusion de certaines collectivités territoriales, en raison de l’approche adoptée en matière de ciblage, en plus d’insuffisances liées à l’application informatique adoptée».

Dans ce sens, les ressources allouées à ce programme ont prouvé leurs limites, selon le rapport, qui note par ailleurs un «retard dans le versement des bourses aux bénéficiaires qui peut atteindre plus d’un an, ainsi que l’absence de coordination et d’un cadre contractuel pour l’exécution du programme».

Les ressources humaines font défaut

Par ailleurs, la Cour des comptes rappelle que la rentrée scolaire 2016/2017 a été marquée par «plusieurs insuffisances qui ont compromis les conditions normales de la scolarisation». Celles-ci s’illustrent en grande partie par un manque des effectifs au niveau du corps enseignant. Selon le rapport, le ministère de tutelle «n’a pas pu combler le déficit» à ce niveau, «ce qui l’a contraint à engager plusieurs actions pour le recrutement des enseignants contractuels, mais tardivement».

La même source ajoute que «les résultats de l’enquête préliminaire, réalisée par la Cour, ont montré l’existence d’un ensemble de dysfonctionnements liés à la planification scolaire et à la gestion des déterminants de la rentrée scolaire». L’institution rappelle que certaines de ces failles ont même «fait l’objet d’observations et de recommandations de la Cour dans le cadre de ses précédentes missions de contrôle de la gestion des Académies régionales d’éducation et de formation (AREFs)».

En effet, ces manquement traduisent en majeure partie une absence de coordination au niveau de la gestion de ces ressources humaines, à travers les attributions des AREFs, contrôlées à la loupe en préparation de ce rapport. Celui-ci indique que la Cour des comptes a observé «la non réalisation de l’ensemble [des missions des Académies régionales], notamment celles qui concernent l’élaboration des cartes scolaires régionales, ainsi que la contribution à la définition des besoins en formation professionnelle des jeunes, en tenant compte des réalités économiques régionales, et leur proposition à la délégation régionale de la formation professionnelle».

Aussi, le rapport évoque «l’existence de classes multi-niveaux sans méthodes pédagogiques appropriées», la «non exploitation de certaines salles destinées à l’enseignement préscolaire par manque d’éducateurs et d’appui financiers aux associations opérant dans ce domaine», le «dépassement de la capacité d’accueil dans certains internats et l’inadéquation des conditions d’accueil dans les internats et les cantines scolaires».

Plus loin, le document fait état de la «sous exploitation des écoles communautaires et l’absence de statut les réglementant». Les infrastructures d’accueil destinées aux élèves à besoins spécifiques et aux élèves du préscolaire font tout autant défaut, parallèlement à une «insuffisance des conditions de sécurité et d’hygiène dans certains établissements scolaires» et du nombre important des «classes encombrées (classes avec 41 élèves et plus)».

D’une manière ou d’une autre, l’ensemble de ces indicateur impacte les objectifs de scolarisation. A ce propos, le rapport indique que sur la région du grand Casablanca, le taux d’achèvement «ne dépasse guère 77% dans le secondaire collégial, et 60% au niveau du secondaire qualifiant». Ces chiffrent s’expliquent par «l’adoption de seuils de réussite faibles au niveau du primaire, l’obligation de subvenir aux contraintes de la carte scolaire et l’insuffisance de l’encadrement des élèves», rappelle encore la Cour.

Des constats observés à grande échelle

Si ces constats ont, depuis longtemps, été dressés notamment par une partie du corps enseignant à travers les AREFs, ils font également échos aux récentes recommandations de l’OCDE au Maroc au niveau de l’éducation.

En effet, l’Organisation de coopération et de développement économiques appelle le Maroc à développer son cadre d’évaluation en matière d’éducation nationale, afin d’améliorer l’apprentissage et le système éducatif. Elle réitère la nécessité pour le Maroc d’améliorer l’exploitation des données des évaluations afin d’«informer et éclairer les politiques d’éducation et le public en vue d’assurer la cohérence des réformes et fédérer les acteurs autour des objectifs de la vision 2030».

En outre, l’organisation insiste sur l’importance de «soutenir les élèves dans leur apprentissage» et de «développer la capacité des enseignants à mettre en place et exploiter des évaluations formatives alignées avec le curriculum», dans un contexte où le budget national alloué à cet effet reste en deçà de celui de plusieurs pays du pourtour méditerranéen.

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