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Rétablissement du service militaire : Pour qui ?

Aucune explication n’a été donnée à l’adoption du projet de loi réinstaurant le service militaire obligatoire pour tous les jeunes de 19 à 24 ans. En 2017, selon le HCP, plus d'un tiers d’entre eux ne faisaient rien : ni étude, ni travail, ni formation.

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Infographie(c)Yabiladi/JulieChaudier
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Le Roi, dans son discours, hier, lundi 20 août lors du 65ème anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple a parlé de toutes les mesures qu’il souhaitait voir mises en place pour aider les jeunes gens à trouver une place dans la société mais il n’a fait aucune mention du rétablissement, 12 ans après sa suppression, du service militaire.

Le résumé présenté à la presse de toutes les décisions adoptées par le Conseil des ministres, hier après-midi, l’instauration du service militaire n’a donné lieu à aucun développement et, depuis, aucune explication officielle n’a donc été donnée à une décision aussi cruciale.

Seule l’agence de presse officielle, la MAP, dans son article publié à l’issu du Conseil, indique que «le rétablissement du service militaire a pour objectif de renforcer le sens de citoyenneté chez les jeunes, dans le cadre d’une corrélation entre les droits et les devoirs de citoyenneté. Elle leur ouvre également la voie de l’intégration dans la vie professionnelle et sociale, notamment pour ceux qui font montre de compétences et de sens de citoyenneté et de discipline, particulièrement en termes d’intégration dans les différentes forces militaires et de sécurité.»

Encadrement d’une jeunesse oisive

En d’autres termes, le service militaire n’aura pas pour objectif de gonfler les effectifs déjà considérables de l’armée marocaine mais d’encadrer les jeunes voire de leur offrir des opportunités d’emploi.

De fait, l’armée marocaine, si elle est loin derrière l’armée algérienne en termes d’équipements techniques, devance son grand rival en nombre d’hommes avec 195 000 militaires, contre 130 000 pour l’Algérie. Ces chiffres font donc déjà du Maroc la deuxième puissance militaire du continent, derrière l’Egypte et ses 438 000 hommes, par le nombre de soldats, selon le comparatif, publié par Philippe Hugon, directeur de recherche à l’Iris et Naïda Essiane Ango, spécialiste de l’armement et du désarmement du continent africain, dans leur article «Les armées nationales africaines depuis les indépendances», en avril dernier.

Derrière le rétablissement du service militaire obligatoire prévaudrait donc plutôt l’idée d’occuper voire de former une jeunesse livrée à elle-même. De fait, le HCP étudie depuis peu une nouvelle catégorie de population, les NEET : les jeunes qui ne sont «ni en emploi, ni en études, ni en formation». Au Maroc, en 2017, ils représentent 34,4% des 18-24 ans, la classe d’âge immédiatement concernée par le nouveau service militaire. Celle-ci compte ainsi presque 3 millions d’individus. Les NEET constituent-ils alors la première cible du nouveau service militaire ? La conclusion est moins évidente qu’il n’y paraît car 80% d’entre eux sont des femmes. Si le projet de loi les a inclues dans l’obligation d’effectuer leur service militaire, elles ne sont pas les premières cibles dans cette volonté d'encadrement. 

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