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Société Publié

Europe : Une crise identitaire à l’origine de la radicalisation de ressortissants marocains ?

Des experts déplorent notamment l’absence d’une stratégie unie de la part des autorités européennes pour lutter contre le phénomène de radicalisation qui touche de nombreux enfants d’immigrés.

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Des policiers sécurisant les lieux de l’attentat de Barcelone, le 17 août 2017. / Ph. Lluis Gene – AFP

L’implication de ressortissants marocains dans les attentats qui ont frappé une partie de l’Europe, notamment la France, la Belgique et l’Espagne, s’explique-t-elle en partie par une crise identitaire ? C’est, en tout cas, ce que suggèrent plusieurs spécialistes contactés par l’agence EFE.

La communauté marocaine, en moyenne plus que les autres diasporas, serait en effet plus sujette à la radicalisation religieuse. Les attentats de Paris (2015), Bruxelles (2016) et Barcelone et Cambrils (2017), qui ont fait au total plus de 180 morts, ont tous été perpétrés par des Marocains ou des Français, Belges et Espagnols d’origine marocaine.

L’universitaire et islamologue Halim El Madkouri, qui a travaillé pendant vingt ans en tant que conseiller du gouvernement hollandais contre la radicalisation, observe qu’«un grand nombre d’Européens d’origine marocaine, en comparaison avec les Turcs par exemple, sont en proie à une crise identitaire. La composante musulmane dans leur identité finit par ressortir plus que les autres».

«Si vous interrogez un Turc sur son identité, il commencera d’abord par dire qu’il est Turc, puis qu’il est originaire de telle ou telle ville et enfin qu’il appartient à telle ou telle confession. En revanche, les Marocains [de la diaspora européenne] ont souvent tendance à se considérer comme des musulmans avant tout.»

L’universitaire et islamologue Halim El Madkouri

Placer les mosquées espagnoles «sous tutelle gouvernementale»

L’ancien salafiste marocain Abdelouaheb Rafiki alias Abou Hafs souligne, quant à lui, la «fragilité» de l’identité de ces jeunes, en proie à un «chaos spirituel» en raison de leurs lectures contradictoires de l’islam en Europe sur lesquelles les autorités n’ont instauré aucun contrôle institutionnel. A ce titre, Halim El Madkouri déplore l’absence d’une stratégie unie de la part des autorités européennes pour lutter contre la radicalisation.

Sur l’Espagne, il préconise la mise en place d’une politique claire pour l’intégration des enfants d’immigrés et une coordination entre les appareils sécuritaires nationaux et régionaux. Si l’universitaire rappelle que Rabat soutient Madrid en matière d’échange d’informations policières, il souligne toutefois qu’en termes de restructuration du secteur religieux et d’intégration des enfants d’immigrés, les autorités marocaines ne peuvent intervenir sur des problématiques internes, auxquelles seule l’Espagne peut apporter une réponse.

Pour rappel, dans le sillage de la lutte antiterroriste, le Maroc va placer sous surveillance sa nombreuse diaspora en Europe en coordination avec les services de police européens, au vu des nombreux cas de radicalisation qui ont été recensés parmi les jeunes d’origine marocaine, a annoncé le directeur du Bureau central des investigations judiciaires (BCIJ). Abdelhak Khiame a souligné la nécessité, pour le Maroc, d’accéder aux bases de données de l’Office européen de police (Europol) en tant que membre de plein droit. Par cette demande, le BCIJ souhaite avoir un accès direct aux données relatives aux jeunes d’origine marocaine qui risquent de se radicaliser, dont beaucoup sont binationaux.

Abdelhak Khiame a également demandé aux autorités espagnoles de «placer sous la tutelle d’une institution gouvernementale» les mosquées du pays ibérique. L’Espagne possède une «importante communauté de musulmans, entre les convertis et ceux originaires d’autres pays», qui doivent être encadrés dans des communautés religieuses publiques supervisées par le gouvernement, a-t-il également soutenu.

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