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Société Publié

Décès de Pierrette M’jid : Le jeune conducteur en prison en attendant l'issue du procès

Jeudi, une première audience s’est tenue à Casablanca dans le cadre de l’accident ayant coûté la vie, lundi dernier, à Pierrette M’jid. En plus de l’action judiciaire, sa famille et ses proches envisagent de mener une action associative contre l’impunité des auteurs de ces accidents.

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Pierrette M’jid, veuve de Mohamed M’jid et membre-fondatrice de la fondation éponyme / Ph. DR.

Pierrette M’jid, militante de longue date et compagne de route de l’ancien résistant Mohamed M’jid, a succombé lundi à ses blessures après avoir été percutée par une grosse voiture, conduite par un jeune homme de 18 ans. Celui-ci comparaît depuis jeudi devant le tribunal de première instance de Casablanca pour homicide involontaire, mise en danger d’autrui et excès de vitesse.

En effet, «l’enquête policière a été finalisée et le dossier a été envoyé directement aux audiences», nous explique Abdellah Abdellaoui, ami de longue date de la famille M’jid, qui a assisté à cette séance.

Le suspect admis à la maison correctionnelle

Au cours de l’audience, la défense a requis la liberté provisoire de son client, qui a été rejetée. Appelé à la barre, le prévenu soutient ne pas s’être rendu compte sur le coup d’avoir percuté une femme. «Il maintient qu’il pensait avoir touché une palissade au bord des travaux en cours sur la côte d’Aïn Diab», nous raconte notre interlocuteur.

Le conducteur explique ainsi sa «tentative de retour sur les lieux après avoir réalisé qu’il avait heurté une passante, en remarquant des traces sur le capot». Mais sur ce chemin, il percute de plein fouet un camion. Si des utilisateurs sur Twitter pensent que le jeune homme aurait été sous l’effet de l’alcool ou d’une drogue au moment de l’accident, l’enquête policière a conclu que les analyses étaient négatives. Cependant, Abdellah Abdellaoui se pose des questions :

«C’est une conclusion de la police que nous ne pouvons commenter. Mais comment expliquer un tel manque de vigilance à 6h30 du matin ? Comment se fait-il qu’une personne ayant toutes ses capacités roule à vive allure sur la côte, fasse un mort sans s’en rendre compte et provoque même un deuxième accident ?»

Par ailleurs, notre interlocuteur soulève que contrairement à certaines versions véhiculées sur les réseaux sociaux, le jeune homme n’a pas été admis à la prison centrale d’Oukacha, bien qu’il reste poursuivi en détention. «C’est une grande aberration, déplore-t-il. On octroie un permis de conduire à une personne car on la considère comme majeure, mais lorsqu’elle commet un délit, elle est admise à la maison correctionnelle d’Aïn Sebaa».

Dans cette annexe, le prévenu reste dans le pavillon des moins de 21 ans. Mais pour Abdellah Abdellaoui, «qu’il soit là-bas ou à Oukacha, c’est le souci de l’impunité face à la loi qu’il faut endiguer à travers ce procès». C’est pour cela que l’ami de Pierrette et de Mohamed M’jid insiste sur le fait que la famille de la victime refuse toute possibilité d’arrangement, déterminée à mener la procédure judiciaire jusqu’au bout.

«Les parents du prévenu sont venus présenter leurs condoléances et son père estime que le fils devait refaire son éducation. Mais leur responsabilité est là, car on ne confie par un gros véhicule à une personne qui vient d’avoir ses 18 ans et son permis de conduire. Aujourd’hui, les deux familles portent ce drame. Mais il faut faire en sorte qu’à partir de cette situation, l’action militante de Pierrette M’jid, qui s’est battue pour des causes nobles jusqu’au dernier jour de sa vie, ait une continuité.»

Abdellah Abdellaoui

Assurer la continuité du travail de Pierrette M’jid

C’est autour de cette idée-là qu’au sein de la Fondation M’jid, dont Pierrette est fondatrice, Abdellah Abdellaoui compte entreprendre une action associative contre une justice de deux poids, deux mesures. Il nous explique le projet :

«Une agression de rue conduit souvent son auteur en prison avec une peine de prison ferme. Mais lorsque c’est un fils ou une fille de riche qui prend le volant d’une ‘bombe ambulante’ et tue une personne, on s’en sort souvent avec un sursis car plus de 90% de ces cas finissent par des arrangements.»

La date du début de cette campagne n’est pas encore annoncée, mais la Fondation M’jid espère qu’elle touchera un maximum de personnes. Abdellah Abdellaoui indique qu’«elle portera sur la nécessité de lever l’impunité sur ‘oulad lefchouch’ [le enfants gâtés, ndlr], qui arrachent des vies sur les routes et contournent la justice par leurs moyens». «Si ces personnes continuent à agir de la sorte, nous compterons encore des victimes sur les routes», conclut-il.

Article modifié le 11.08.2018 à 20h27

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