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En Italie, des migrants exploités par des mafias agricoles

Deux accidents ont eu lieu successivement, samedi et lundi derniers, dans le sud du pays, causant la mort de plusieurs ouvriers agricoles migrants. Le chef du gouvernement italien a fait le déplacement lors d’une manifestation des travailleurs, exploités par des «agromafias».

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Des migrants subsahariens manifestent dans les rues de Foggia, dans le sud de l'Italie, en avril 2017. / Ph. statoquotidiano.it

En Italie, un drame récent est venu jeter, à nouveau, une lumière crue sur le sort des migrants dans ce pays. Lundi 6 août, onze travailleurs agricoles migrants ont perdu la vie dans un accident de la route dans le sud de l’Italie, indique l’agence France-Presse. La fourgonnette qui les transportait est entrée en collision avec un camion de tomates, en pleine saison des récoltes dans la région de Foggia, dans les Pouilles, ont annoncé les pompiers.

Samedi dernier, la région a également été le théâtre d’un grave accident qui a fait quatre morts et quatre blessés graves. Elle abrite actuellement des milliers d’ouvriers agricoles africains, mais aussi polonais, bulgares et roumains, venus récolter les tomates malgré des chaleurs estivales très élevées. Si la plupart sont en situation régulière, très peu bénéficient des conditions de travail et de rémunération requises par la loi.

20 à 30 euros par jour

Ils commencent à travailler à trois heures du matin, lorsqu’un Marocain vient les chercher à bord d’une fourgonnette immatriculée en Bulgarie, pour des journées de 8 à 12 heures de travail, d’après le journal espagnol ABC. Le tout pour un salaire qui varie de 20 à 30 euros par jour, quand la plupart ne gagne pas deux euros de l’heure. Ce type de travail agricole requiert pourtant un salaire mensuel minimum de 874 euros.

Telles sont les conditions imposées par le «caporalato», un système illégal de recrutement de main d’œuvre agricole, qui génère 4,8 millions d’euros, dont 1,8 partent dans l’évasion fiscale, selon un rapport de la Fédération des travailleurs ruraux. Au total, entre 400 000 et 430 000 immigrants travailleraient dans ces conditions en Italie.

Plusieurs d’entre eux ont battu le pavé dans les rues de Foggia pour dénoncer ces «agromafias», aux cris de «plus jamais esclaves !». Fait notable : le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte – pourtant à la tête d’une coalition populiste principalement incarnée par Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur – s’est déplacé hier dans la commune. «Je suis ici pour comprendre ce qu’il s’est passé. Cela ne peut être considéré comme quelque chose d’occasionnel. Derrière ces décès, il y a de l’exploitation et pas de dignité. Nous devons nous assurer que cela n’arrive pas», a-t-il déclaré. Il s’est également entretenu avec une délégation de travailleurs agricoles étrangers et des représentants syndicaux du secteur.

Cette affaire n’est pas sans rappeler le calvaire des bûcherons marocains en Indre, celui des saisonnières marocaines à Huelva et le cas des travailleurs marocains en Corse, exploités par des agriculteurs.

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