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Société Publié

Punir le harcèlement de rue au Maroc, mission impossible ?

Malgré une loi adoptée en février dernier contre les violences faites aux femmes au Maroc, les agressions verbales sexistes perpétrées sur la voie publique ne font toujours pas l’objet d’une loi spécifique.

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Médina de Marrakech, le 18 avril 2010. / Ph. Torrenegra / FLICKR / CC

Si en France la pénalisation de «l’outrage sexiste» par une amende de 90 euros entrera en vigueur dès l’automne, suscitant toutefois le scepticisme des associations féministes sur son efficacité et son caractère dissuasif, l’arsenal législatif au Maroc est encore peu enclin à sanctionner ces comportements.

«Une loi semblable pour punir le harcèlement de rue existe ailleurs dans le monde, au Maroc, en Algérie, en Belgique, où on a comptabilisé seulement trois plaintes pour sexisme en une année», soulignait à ce titre le journaliste Arnaud Bousquet, lundi 6 août sur les ondes de France Inter, dans l’émission «Le téléphone sonne», consacrée ce jour-là au harcèlement de rue.

Faible audience médiatique, donc faible sensibilisation

Au Maroc effectivement, il y a bien contre les violences faites aux femmes la loi 103-13, qui entrera en vigueur le 18 septembre 2018, mais pas d’arsenal législatif spécifiquement pour le harcèlement de rue, nous fait remarquer Saida Idrissi, présidente de l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM). Et quand bien même ces agressions verbales sexistes perpétrées sur la voie publique seraient sanctionnées par la loi, encore faut-il prouver qu’outrage, il y a eu.

«La rue, c’est la voie publique. Les femmes qui y font l’objet de commentaires sexistes ne connaissent pas les hommes qui les interpellent. Dès lors, comment une jeune femme pourrait emmener son harceleur au commissariat ou déposer plainte ?», s’interroge la militante. Saida Idrissi estime par ailleurs que «la loi 103-13 n’en est pas une, mais un ensemble d’amendements d’articles du code pénal». Pas suffisant, donc.

Au-delà des sanctions, il faut également reconnaître que l’adoption de cette loi, en février dernier, et son entrée en vigueur prochainement, bénéficient d’une faible audience médiatique. «Quand on adopte une loi, on doit sensibiliser l’opinion publique, la faire connaître à travers les médias pour que les citoyens puissent se l’approprier, souligne la présidente de l’ADFM. A-t-on vraiment parlé du code de la famille quand on l’a adopté ? Là, c’est pareil : il n’y a pas eu de campagne vraiment généralisée, de politique publique accompagnée de mécanismes de sensibilisation. Ce sont les associations qui ont fait tout le boulot. On adopte une loi, puis c’est tout.»

Au Maroc, le bilan en termes de violences à caractère sexuel ou sexiste est effarant. L’AFP rappelait que près de deux Marocaines sur trois sont victimes de violences. Les lieux publics sont les endroits où la violence physique à leur égard est la plus manifeste. 

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