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Comment les sources médiévales arabes ont permis d’écrire l’histoire d’Al Andalus

Dans l’une de ses publications, un spécialiste au Conseil supérieur de la recherche scientifique en Espagne soutient que la majorité de l’histoire d’Al Andalus, transmise depuis l’époque médiévale, a été conservée depuis grâce aux écrits des auteurs arabes.

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Cordoue, ancien fief des califs d’Al Andalus, conserve encore l’héritage de ce passé où patrimoine romain et arabo-musulman s’entremêlent / Ph. DR.

Al Andalus, califat ayant marqué la période arabo-musulmane en Espagne, est riche de l’une des sources historiques les plus fournies, produites au sein d’une société européenne médiévale. Aujourd’hui, ce passé aussi documenté permet de comprendre plusieurs faits historiques de la péninsule ibérique.

Chercheur au Conseil supérieur de la recherche scientifique, Eduardo Manzano a récemment consacré un article à ce sujet, démontrant par ailleurs le rôle des auteurs arabo-andalous dans la transmission de ce que nous savons aujourd’hui d’Al Andalus.

Contrairement à ce que véhiculent quelques récits historiques, la tradition historiographique occidentale ne rapporte pas les versions les plus fiables sur ce passé, constate ainsi Eduardo Manzano dans son écrit. Cette attitude «teintée de supériorité intellectuelle» est largement répandue, selon le chercheur. Il énumère justement les arguments retenus par les partisans de cette thèse visant les récits historiques arabo-andalous :

«Il n’est pas rare d’entendre (ou de lire) que des historiens se plaignent beaucoup des sources arabes sur lesquelles ils sont amenés à travailler. Il les considèrent comme dépassées, centrées exclusivement sur des événements politiques ou militaires et pauvres en données sociétales liées au contexte de l’époque.»

Une écriture biaisée de l’histoire

Plus loins, Eduardo Manzano constate que les défenseurs de cette idée avancent même que les sources historiques arabo-andalouses «occulteraient les réalités des paysans, serviraient la classe dirigeante et seraient, de ce fait, trop officiels». Par conséquent, ces jugements hâtifs alimentent l’écriture d’une histoire erronée et dirigée, indique le chercheur.

Celui-ci estime que les textes occultant ces sources arabes sont biaisées. En effet, elles font fi de versions et de récits richement documentés, donnant ainsi lieu à des conclusions «parfois frauduleuses» et imprécises au niveau de la contextualisation des faits.

Pour avoir étudié lui-même des ouvrages arabes de l’époque, Eduardo Manzano appelle à sortir de l’oubli des auteurs comme le juriste ‘Abd al-Malik b. Habib, le savant pluridisciplinaire al-Rāzī, l’historien andalous Ibn al-Qūṭiyya, ou encore le polymathe Jabir Ibn Ḥayyān. S’intéresser de près à leurs ouvrages a permis «la quantité et la qualité des œuvres écrites entre les VIIIe et XIIe siècles», souligne le chercheur.

S’intéresser donc à ces références revêt plusieurs avantages qu’il cite :

«Ils peuvent parfois exagérer les succès, mais ils ne cachent pas les échecs ; ils rapportent les rébellions contre le pouvoir central avec une insistance presque défaitiste ; ils offrent parfois des explications très en avance sur leur temps, concernant les événements qu’ils racontent et, en bref, ils fournissent une infinité de détails mettant en lumière la vie politique et sociétale de l’époque.»

L’espoir d’exhumer de nouvelles sources historiques

Pour le spécialiste, il est vrai que ces ouvrages «expriment en quelque sorte des intérêts de la classe dirigeante avec laquelle leurs auteurs sont habituellement identifiés». Mais pour connaître ces intérêts et étudier le degré de leurs influence sur ces récits, «les historiens sont censés d’abord avoir lu ces textes de manière critique», insiste le chercheur.

«L’idée absurde de certains médiévistes occidentaux est que leurs récits à eux ont une plus grande valeur explicative que ces textes-là, parce qu’ils ne sont pas soumis à la volonté des dirigeants de l’époque», déplore Eduardo Manzano. Une attitude qui, rappelle l’auteur, a conduit «certains à prétendre que vous pouvez révéler de grandes vérités sur la société andalouse, uniquement sur la base d’évidences matérielles et nonobstant les ouvrages de l’époque, avec les terribles conséquences qu’une telle approche peut avoir».

Par ailleurs, le chercheur Eduardo Manzano soutient que les archives historiques de cette période sont bien conservés et inspirent même des recherches académiques. Il indique ainsi à quel point elles ont permis de diversifier les sources de documentation à travers les siècles.

L’auteur souhaite donc contribuer encore à la découverte de nouveaux manuscrits arabo-andalous, disposer d’un plus grand nombre d’outils historiques et académiques pour accéder à certaines clés de compréhension, ou avoir, en somme, de plus grandes capacités pour établir des liens difficiles à effectuer pour le moment.

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