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Marocains expulsés d’Algérie : Une souffrance qui dure depuis 1975

En 1975, les autorités algériennes procèdent à l’expulsion de quelques 45 000 familles marocaines d’un seul coup, le jour de l’Aïd Al Adha, fête religieuse célébrée par les musulmans du monde. Plus de quarante ans après, les plaies de ces Marocains sont restées ouvertes.

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Poste-frontière Zouj Bghal, fermé depuis 1994, entre le Maroc et l'Algérie. / Ph. Yabiladi

La célébration, le mois prochain, de l’Aïd Al Adha par le peuple marocain n’est pas seulement une occasion de fête. Certains se souviennent encore d’un événement douloureux ayant marqué leurs vies à jamais. En 1975, en pleine célébration de cette fête religieuse, l’Algérie voisine expulse 45 000 familles marocaines, vers les frontières avec le royaume. Une réponse du régime politique de Houari Boumédiène à la Marche verte organisée par feu le roi Hassan II.

Si l’incident n’est que le cumul de plusieurs différends entre les deux frères-ennemis, l’expulsion a impacté la vie de plusieurs centaines milliers de Marocains qui considéraient jusque-là l’Algérie comme leur deuxième pays.

Malika dit attendre son père disparu il y a plus de 40 ans

A Taza, Berkane, Oujda, Nador et Rabat, Yabiladi est allé à la rencontre de plusieurs de ces Marocains, dont les souvenirs diffèrent d’une personne à l’autre.

A Berkane, Malika Zaoui avait 14 ans lorsqu’elle a été expulsée, tout comme sa famille, d’Aïn Témouchent (située à l'ouest de l'Algérie entre les wilayas d'Oran, Tlemcen et Sidi-Bel-Abbès) en décembre 1975. «Des policiers algériens sont venus demander à mon père de se rendre au commissariat parce que les autorités procèdent à un recensement des Marocains dans ce pays», confie-t-elle. Mais les choses changent lorsque son père se rend pour enregistrer les membres de sa famille. Il apprend alors que les Algériens comptent expulser les Marocains vers leur pays.

Malika, sa mère et ses frères se séparent de leur père et ce sera même «la dernière fois» qu’ils le verront. Depuis 1975, cette mère de famille dit encore attendre le retour d’Omar Ould Mimoun. «Nous sommes partis, des années plus tard, au commissariat en Algérie pour demander de ses nouvelles. Ils m’ont dit qu’il n’y aucune trace de lui», poursuit-elle.

Cette Berkanie dit ne pas perdre l’espoir de retrouver son père, même après plus de 40 ans :

«Je me dis qu’un jour, il frappera à ma porte et entrera, ou qu’on diffusera sa photo dans l’émission Moukhtafoun (personnes disparues, sur la chaîne 2M, ndlr). Dans la mesure où il n’a pas de tombe et qu’ils ne disent pas qu’il serait mort, cela veut dire qu’il est toujours vivant. Des fois, je m’isole et pleure en m’attachant à cet espoir.»

Malika Zaoui

Des Marocains s’étaient retrouvés dans les geôles libyennes et du Polisario

En 1975, Mustapha Miessa est un jeune marocain, élève au lycée, lorsqu’il sera expulsé avec sa famille de l’Algérie. Au micro de Yabiladi, il nous raconte s’être rendu chez lui pour prendre part à un dîner organisé par son père. Mimoun Miessa était en effet un commandant de la zone Ouest de l’Armée de libération algérienne ayant participé à la guerre contre l’occupation française. Mustapha déclare que son père s’était rendu au Palais El Moradia d’Alger pour rencontrer Houari Boumédiène, alors deuxième président de l’Algérie, pour le nommer à la Sonatrach, l’entreprise publique algérienne de l'industrie pétrolière. Un signe de reconnaissance pour sa bravoure, son courage et ses faits d’armes au sein de l’armée de libération. Mais cela ne l’a pas épargné de l’expulsion, comme nous le rapporte Mustapha, les larmes aux yeux.

«Suite à la demande insistante de mon père, ma mère a lancé des youyous lorsque nous fûmes expulsés de notre villa. Mon père a expliqué aux policiers avoir demandé à ma mère cette célébration deux fois dans sa vie : lorsque l’Algérie a obtenu son indépendance et nous étions venus nous y installer, et lorsque cette même Algérie nous expulsait de notre chez nous vers notre pays.»

Mustapha Miessa

Ce dernier nous rapporte aussi d’autres histoires tristes de Marocains expulsés d’Algérie. «M’Fadel El Yazid était un Marocain qu’on avait séparé de ses filles et sa femme. Cette dernière, après avoir refusé de quitter l’Algérie sans son mari, avait fini par rentrer à Oujda, croyant que son mari avait déjà été expulsé avant elle», rapporte-t-il.

A Oujda, elle sera surprise de ne pas trouver son mari ni dans les camps mis en place dans la capitale de l’Oriental, ni sur les listes des personnes expulsées et recensées. Plusieurs années plus tard, elle perd tout espoir, croyant son mari mort, elle se remarie.

En 2011, après la chute du régime de l’ancien guide libyen Mouammar Kadhafi, des prisonniers politiques sont alors libérés. Parmi eux, ce même M’Fadel El Yazid quitte sa cellule et se rend d’abord en Algérie pour retrouver sa famille. A Oran, il apprend que sa femme et ses filles ont été expulsées au Maroc. Une fois à Oujda, le choc : il découvre que sa femme s’est remariée, et que ses filles vivent à l’étranger. «C’était une deuxième injustice après avoir été prisonnier du Polisario, puis dans les geôles en Libye qu’il a subie. C’était un choc pour lui», rapporte Mustapha Miessa. Celui-ci rapporte aussi que M’Fadel finira par disparaitre à nouveau.

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