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TGV au Maroc : Un retard à grande vitesse

On imaginerait même Ghizlane El Merzougui, la Voix de l’ONCF l’annoncer : «Votre attention s’il vous plaît ! Le tout premier TGV en provenance de Casablanca et à destination de Tanger aura un retard de…». Impossible cependant de déterminer le nombre de jours, voire de mois, que prendrait le lancement de la très attendue Ligne à grande vitesse, initialement prévu pour 2015, non 2016, oups... pour fin juin 2018.

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Deux rames du TGV lors des essais effectués par l'ONCF. / Ph. DR

A six jours seulement de la fin du mois de juin, la promesse faite aux Marocains de monter à bord des premiers trains circulant à grande vitesse au Maroc semble s’évaporer. Initialement prévu fin 2015, en 2016 puis fin juin 2018, la ligne à grande vitesse (LGV) semble, à l'instar des trains classiques, être en retard malgré les promesses et les assurances annoncées par l’Office national des chemins de fer (ONCF).

Plusieurs reports annoncés dès 2015

Le 22 octobre 2007, Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, profitait de sa première visite d’Etat au Maroc pour la signature du protocole d’accord pour la réalisation de la ligne TGV reliant Tanger à Casablanca. «La France vendra son TGV au Maroc, de même qu’une frégate dernier cri, un système de surveillance des frontières et peut-être du nucléaire civil mais pas son chasseur-bombardier Rafale», commentait la presse française, à l’exemple de L’Express.

Toujours aux côtés du président français, le roi Mohammed VI donnera, en septembre 2011, le coup d’envoi des grands travaux du futur train à grande vitesse qui reliera la capitale économique du royaume au second pôle du Maroc. Il aurait donc fallu quatre ans pour que les études d’avant-projet prennent fin avant la validation du tracé définitif.

La mise en service est alors annoncée pour décembre 2015. Mais ce que l’Office national des chemins de fer (ONCF) n’avait pas pris en considération, c’était le long bras de fer engagé contre lui par les familles expropriées dès 2012. Certains tronçons du tracé connaitront en effet des retards de réalisation en raison de conflits liés aux procédures d’expropriation.

La date de 2016 est alors annoncée avant que l’ONCF ne revoit à nouveau ses prévisions. «La ligne grande vitesse (LGV) ne devrait entrer en service qu’au premier semestre de 2018 au lieu de 2016 comme le prévoyait le planning initial», rapportait en 2015 le quotidien L’Economiste. L’annonce a été faite par Mohamed Rabie Khlie, directeur de l’ONCF, au lendemain du conseil d’administration de l’office.

Et un coût revu à la hausse…

Il faut rappeler aussi que le retard s’est allongé de quelques mois, suite au retard de la livraison des premières rames fabriquées par le français Alstom, causé par les retards dans la livraison de l’atelier de maintenance près de Tanger. 

Et qui dit retard, dit coûts supplémentaires. L’estimation initiale de 20 milliards de dirhams (1,8 milliard d’euros), calculée en 2007 lors du lancement du projet avait, en effet, été revue à la hausse. Le coût serait passé à «2 milliards d’euros [représentant] une enveloppe environ 15% plus élevée que l’estimation initiale de 1,8 milliard d'euros», indiquait en décembre BFMTV.

Une information confirmée par plusieurs médias marocains qui évoquaient, depuis juillet 2017, un coût actualisé qui dépasse les 22,9 milliards de dirhams. A l’époque, Mohamed Najib Boulif, ministre chargé du Transport, parlait même d’un «petit dépassement» par rapport au budget initial, rapportaient nos confrères de TelQuel. A côté de l’indemnisation des familles expropriées, l’ONCF a également dû prendre en charge les frais d’entreposage des rames dans les ateliers de Alstom pour les 18 mois de retard accusés par le projet.

Les promesses de l’office de Rabie Khlie

Sur son site, l’ONCF anticipe et ce, dès mars 2018. «Comme programmé, l’ONCF a démarré en février 2018 l’ultime série d’essais dynamiques sur l’ensemble des installations de la Ligne à Grande Vitesse préalablement mise sous tension le 6 janvier dernier. Ces essais visent à valider le matériel roulant et l’intégralité de son infrastructure, avec ses systèmes d’alimentation électrique, de signalisation, de télécommunication, et ses raccordements aux gares de Tanger et de Kenitra», écrit l’ONCF en mars dernier.

«Le projet de Ligne à Grande Vitesse entre Tanger et Casablanca est en train de franchir les dernières étapes de validation des différentes composantes avant de passer à la phase démarches à blanc et de rodage de l’organisation prévue pour son exploitation. Pour cela,de nouveaux référentiels et procédures sont élaborés et une nouvelle organisation opérationnelle est en train de voir le jour.»

Communiqué de l’ONCF

L’ONCF informe aussi que «l’homologation et la certification de tout le système de la ligne à grande vitesse sont également enclenchées et constituent la dernière ligne droite pour obtenir l’autorisation de mise en service commerciale». «Tout l’ONCF est à pieds d’œuvre sur tous les chantiers de ce projet fédérateur qui implique l’ensemble des activités ferroviaires», conclut la même source. Une mobilisation qui ne semble pas donner ses fruits en fin de compte… Pour l'instant, aucune nouvelle date prévisionnelle de lancement n'a été annoncée.

Article modifié le 25.06.2018 à 15h34

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