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Sport Publié

Mondial 2030 : «Le Maghreb a tout à gagner en déposant une candidature commune» [Interview]

Après une tentative vaine du Maroc de décrocher l’organisation de la Coupe du monde 2026, l’avocat, universitaire et parlementaire tunisien Riadh Jaidane propose une candidature commune entre le royaume, l’Algérie et la Tunisie pour 2030. Il confie à Yabiladi que l’Afrique du Nord a toutes ses chances en présentant un dossier triparti.

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Riadh Jaidane, avocat au barreau de Nice, maître de conférences associé en droit public (Université de Nice Sophia Antipolis) et député de l’Appel des Tunisien de l’étranger / Ph.DR.

Avez-vous entamé les démarches nécessaires auprès des responsables des pays voisins pour concrétiser cette idée ?

En effet, j’ai commencé mes prises de contact avec plusieurs partis et j’ai eu des retours positifs, ce qui m’a motivé à continuer à faire campagne pour une candidature regroupant le Maroc, l’Algérie et la Tunisie.

Dans ce sens, je me suis entretenu hier matin avec Taïeb Baccouche, secrétaire général de l’Union du Maghreb Arabe (UMA), en lui exposant le projet qu’il a d’ailleurs approuvé sans réserve. Il s’est dit prêt à s’engager pour convoquer les représentants de l’Union afin de faire avancer les choses. J’ai également rencontré la ministre tunisienne des sports, Majdouline Cherni, qui a accueilli l’idée positivement avec l’intention de la proposer lors du prochain Conseil de gouvernement.

Par ailleurs, j’envisage de rencontrer le ministre tunisien des Affaires étrangères pour lui faire part de cette proposition. Je compte beaucoup sur ces rencontres pour activer le processus de réalisation de ce projet, car cela constitue une mobilisation concrète au niveau de la Tunisie.

Au niveau régional et en ma qualité de représentant parlementaire, j’ai également réussi à m’entretenir avec nombre de députés algériens qui ont adhéré au projet. Ils ont déjà pris contact avec leur ministre de tutelle, qui a de son côté approuvé cette proposition, en attendant de passer aux actions.

Quant à nos confrères marocains, je compte beaucoup sur les rapports privilégiés que j’ai avec nombre de responsables. C’est pourquoi j’œuvrerai très prochainement à les rencontrer et je pense que les réactions des citoyens marocains nous donnent beaucoup d’espoir pour y croire.

Avez-vous d’ores et déjà reçu un soutien de l’Etat marocain ?

Je considère que les réactions positives suscitées par l’idée auprès des citoyens marocains, dans la rue ou sur les réseaux sociaux, est clairement un soutien populaire. Nos peuples maghrébins ont soif de ces rencontres. Sur un plan politique, les personnalités avec qui j’ai été en contact jusque-là ont approuvé une réelle volonté de concrétiser l’organisation régionale de la Coupe du monde. Je considère cela comme un soutien en soi.

Pensez-vous qu’il sera possible de dépasser les différends politiques, surtout entre le Maroc et l’Algérie, afin de mener à bien ce projet ?

Je ne peux vous cacher que les relations diplomatiques tendues entre le Maroc et l’Algérie peuvent être considérées par les uns ou les autres comme un obstacle à cette organisation. Mais nous devrions partir du principe que le sport et surtout le football peut changer les choses plus efficacement que la politique. L’histoire nous l’a très souvent prouvé, jusqu’à dernièrement.

En effet, le vote algérien pour la candidature marocaine à l’organisation du Mondial 2026 en est un bel exemple. Suite à cela, Nasser Bourita, ministre marocain des Affaires étrangères, a eu un entretien téléphonique avec l’ambassadeur algérien à Rabat pour le remercier de ce soutien. C’est un véritable pas en avant et je suis convaincu du pouvoir du sport à prendre le dessus sur les différends politiques.

La Libye et la Mauritanie peuvent-elles s’engager dans ce projet, compte tenu du contexte politique qu’elles traversent ?

Nous avons lancé cette initiative incluant le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, puisque ces trois pays sont considérés comme faisant partie des nations de football, d’autant qu’ils ont abrité nombre de rencontres lors de compétitions sportives internationales. De plus, nos peuples sont connus pour leur passion du football et pour leur ambition d’accueillir un jour le Mondial.

Cela n’exclut pourtant pas le fait que la Mauritanie et la Libye ont leur rôle dans l’organisation d’une telle rencontre. Toutes les propositions sont les bienvenues si elles émanent d’une volonté politique et prouvent que les pays sont prêts à participer, compte tenu de leurs réalités politiques et économiques.

Nul ne peut ignorer l’absence de traditions d’organisation de ce genre de rencontres sportives en Mauritanie, tandis que nous connaissons tous la situation politique et sécuritaire que traverse la Libye. Ce sont des facteurs qui risquent de ne pas être dans l’intérêt des deux pays, mais on ne peut dire de quoi l’avenir serait fait.

Ne pensez-vous pas que l’organisation d’une Coupe du monde de football a un coup onéreux que des Etats de la région supporteraient difficilement ?

C’est un défi, en effet, mais il ne faut pas oublier que ses retombées économiques se ressentiront certainement, surtout pour des pays comme le Maroc et la Tunisie qui misent beaucoup sur le tourisme. Je pense qu’un dossier commun entre les pays de l’UMA réduira justement les coups par rapport à des candidatures individuelles portées par chaque Etat.

Cette coopération peut constituer notre point fort, surtout que le Mondial 2030 accueillera 48 pays, ce qui nous incite à nous serrer les coudes davantage. De plus, en commentant notre initiative, Kheïreddine Zetchi, président de l’Union algérienne du football, nous a affirmé qu’il serait difficile pour un seul Etat d’organiser un événement de cette envergure.

En tout cas, les pays de l’UMA ont tout à gagner sur le plan économique d’une organisation commune de la Coupe du monde. Je suis sûr que cela créera une nouvelle dynamique économique, politique et sportive dans notre région.

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