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Politique Publié

Face aux scandales, les pirouettes de com’ de Mohamed Yatim

Pour protéger les travailleurs, ne comptez pas sur le ministre du Travail, quand bien même ce dernier à un passé de syndicaliste. Edito.

Temps de lecture: 4'
Mohamed Yatim, ministre du Travail / DR

Huelva Gate en Espagne, des affaires de harcèlement sexuel dans les fermes marocaines, des faux centres d’appels qui font payer un recrutement non garanti, autant de scandales qui auraient dû faire réagir le ministre du Travail et de l’insertion professionnelle. Mohamed Yatim, ancien responsable de l’UNTM se contente pourtant du minimum syndical.

Sollicité par nos soins à plusieurs reprises, il bottera systématiquement en touche. Suite à mon interpellation publique sur Twitter, il se contentera de nous renvoyer à un communiqué adressé (par erreur ?) à nos confrères de Lakome, sans aucune réponse à nos questions. En réalité, le ministre n’a fait que reprendre ses réponses évasives et sous certains aspects scandaleuses concernant les affaires de viols, agressions sexuelles, harcèlement, sans parler des conditions de travail déplorables de plusieurs saisonnières marocaines dans la région de Huelva en Espagne.

Scandaleuses car le ministère semble plus préoccupé par la défense des patrons espagnols que par le sort de «quelques» ouvrières marocaines. Comprenez le, c’est l’avenir du programme des 15 000 saisonnières travaillant en Espagne qui est menacé. Si les Marocaines se plaignent de leurs conditions de travail et du harcèlement sexuel dont elles disent être victimes, les patrons espagnols risquent de choisir d’autres nationalités pour la prochaine saison. On se demande dès lors si le Maroc exporte de la main d’oeuvre ou bien des esclaves sexuelles ? C’est en tout cas ce qu’on peut retenir des multiples tentatives de noyer le poisson.

Succession de démentis, démentis par les enquêteurs

Démentis, fake news, envoi d’une délégation sur place, nous avons eu le droit à un feu d’artifice d’incompétences. Attitude de déni difficile à comprendre alors que le ministère n’était en rien responsable des agressions sexuelles présumées dans les champs de fraises espagnols. S’il ne s’était pas empressé à attaquer les journalistes et les victimes présumées, un simple suivi du dossier et les traditionnels éléments de langage convenu auraient suffit.

«Nous suivons avec attention cette affaire avec nos homologues espagnols. Nous faisons confiance en la justice espagnole pour faire la lumière sur les cas de viols et d’agressions sexuelles présumés.»

Un ministre du Travail... normal

Au lieu de ça nous avons eu le droit à des propos minimisant les affaires de viols présumés et défendant l’importance des emplois créés, de la bouche même du secrétaire général du ministère et directeur de l’ANAPEC.

Le problème c’est que la parole libérée a multiplié les plaintes. Un premier responsable d’une ferme a même été interpellé par les autorités espagnoles. La délégation ministérielle n’avait donc rien vu, mais avait-elle au moins essayé ? Avait-elle pris contact avec les syndicats comme le SAT qui a témoigné auprès de Yabiladi du calvaire vécu par bon nombre d’ouvrières marocaines ? A moins qu’elle n’ait rencontré que les patrons et quelques saisonnières triées sur le volet.

Acculé, le ministre du Travail concède aujourd’hui qu’il y a bien au moins un cas, mais réfute que le problème soit systémique malgré la multiplication des témoignages et des plaintes, et de l’historique dans la région. Nous avons exhumé une affaire qui date de 2010, rapportée à l’époque par le quotidien El País. Pis, il assènera des arguments en réponse à nos articles sur les conditions de travail pour défendre les patrons, même quand ces derniers tenteront d’expulser les marocaines par autocars pour qu’elles évitent de porter plainte.

Malgré une quinzaine d’articles sur Yabiladi, Mohamed Yatim restera sourd à nos sollicitations. Il préfère nous répondre indirectement dans le confort des monologues des communiqués. Plus facile de dicter sa vérité que d’être confronté aux questions intransigeantes de journalistes.

Ministère du Travail qui ne fait pas son travail ?

Surtout que ce n’est pas sur une seule affaire que nous souhaitions interroger le ministre, mais sur plusieurs. Va-t-il enfin s’intéresser aux cas d’agressions sexuelles, viols et harcèlement dans les fermes marocaines. Malgré les témoignages à Agadir, Biougra et Berkane, aucune délégation ministérielle ne se souciera de leur sort. Bizarre pour Mohamed Yatim qui balaye très vite des affaires de viols alors que son parti a toujours fait des moeurs son cheval de bataille idéologique et politique. Le populisme des pjidistes opposants d’autrefois n’a d’égale que la défense des intérêts des puissants par les mêmes devenus ministres aujourd’hui. A la défense des patrons, Lahcen Daoudi, Mustapha El Khalfi, Mohamed Yatim, Abdelilah Benkirane ont rejoint le ministre rniste Mohamed Boussaïd.

Qu’attendre dès lors du ministre du Travail sur une affaire à quelques centaines de mètres de son ministère, révélée par Yabiladi il y a déjà plusieurs semaines ? Rien ! Même pas un communiqué pour annoncer une enquête sur le cas des faux centres d’appels qui facturent 650 dirhams par candidat pour obtenir des entretiens avec de vrais centres d’appels partenaires, sans aucune garantie d’embauche. Nous sommes pourtant face à une infraction grave de la loi qui fait des milliers de victimes chaque année, majoritairement chez nos jeunes diplômés issus de milieux populaires.

Voilà comment un parti qui a accédé au gouvernement grâce aux voix des classes populaires se retrouve à défendre les intérêts des élites. Que reste-t-il au PJD qui a suivi l’exemple de l’USFP ? Les pirouettes de com’ !

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