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Maroc : De faux centres d’appels font payer les postulants… sans embauche garantie

Entre Rabat et Casablanca, nombre de centres d’appels recourent à des entreprises intermédiaires, faisant office de centres de formation et/ou de recrutement. Elles font payer les candidats, persuadés d’avoir un job au bout. Témoignages.

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Ph. DR.

L’affaire part d’un message sur le forum Yabiladi. Un nouveau membre se plaint d’une entreprise qu’il accuse d’«arnaque». Il s’agit de YS Futur, qui se présente d’après son logo comme une entreprise de «call center formation et conseil».

Interpellés par l’accusation, nous cherchons à en savoir plus en contactant le membre en question. Il nous raconte s’être vu demander «700 dirhams pour l’entretien» et nous explique avoir découvert l’entreprise au cours de ses recherches d’emploi sur Internet.

«J’étais à la recherche d’un poste en tant que téléconseiller. Auprès d’autres entreprises, on m’a fait payer auparavant 50 dirhams à la fin de l’entretien, m’expliquant que les bureaux de recrutement faisaient tous comme ça et que ce n’était plus comme avant, lorsque ces entreprises intermédiaires facturaient leurs services directement aux sociétés avec lesquelles elles ont une convention.»

En découvrant l’annonce de YS Futur, le candidat nous dit «avoir senti l’arnaque, puisque d’emblée, l’offre d’emploi est mal formulée». Pour en être sûr, il décide d’appeler en se faisant passer pour un candidat.

«YS Futur demande jusqu’à 700 dirhams à ses candidats, venus de ‘tout le Maroc’, de Meknès, de Casablanca, de Khémisset. On ne leur impose pas vraiment d’exigences linguistiques (français / anglais moyens). Au téléphone, une chargée de recrutement m’a effectivement indiqué que je devrais verser 700 DH ‘pour la formation, les frais de dossier et la CNSS’.»

«Tous des jeunes profils»

Nous contactons une candidate, qui, elle, a commencé sa formation depuis le début de la semaine. «Les candidats doutent de l’efficacité de tout ce processus», nous confie-t-elle sans cacher elle-même son incertitude. La jeune femme est étudiante en littérature anglaise. Elle nous raconte être à la recherche d’un emploi et avoir trouvé l’annonce de YS Futur sur Internet. Une certaine Nadine l’aurait reçue sur place la semaine dernière, lui expliquant que les frais payés incluaient «la formation et la CNSS».

L’étudiante nous précise que «l’entretien n’est pas vraiment sélectif». En échangeant avec d’autres candidats – «tous des jeunes étant à peu près dans la même tranche d’âge» – elle doute que «le seul objectif de YS Futur soit de faire passer aux gens un premier entretien pour récolter de l’argent, sans exiger de critères professionnels et sans que les postulants ne soient sûrs d’être acceptés auprès des employeurs dans les centre d’appel où on propose leur profil». 

«Au début, ils nous promettent que l’emploi est garanti alors qu’on ne sait même pas si les centres d’appels où ils nous enverront vont nous accepter directement ou nous faire passer un nouvel entretien.»

Objectif : «Recruter» un maximum de dossier

Par ailleurs, notre interlocutrice évoque des «frais qui ne sont pas à la portée de toute le monde», car si l’éventuelle affectation dans les centres d’appel se fait dans plusieurs villes, il faut se déplacer à Rabat pour passer l’entretien puis la formation, qui peut durer une dizaine de jours.

«En plus des 600 dirhams à compléter, ceux qui n’habitent pas à Rabat doivent prévoir un budget pour leur transport quotidien, sinon payer un hébergement, en plus de la restauration. Les dépenses peuvent donc atteindre des sommets alors que les candidats sont à la recherche d’un emploi, donc pas forcément avec des ressources importantes.»

Un business qui semble juteux au vu de la sélection très large des recruteurs et du caractère industriel des entretiens. L’objectif est plus d’avoir un maximum de candidats payants, que de dénicher les profils adéquats pour les centres d’appels clients.

Pourtant, l’article 480 du Code de travail interdit formellement le payement des entretiens d’embauche par les postulants au niveau des structures intermédiaires privées. Le cas d’YS Futur n’est malheureusement pas le seul, puisque plusieurs entreprises se sont spécialisées dans ce «recrutement payant» sans garantie d’emploi à la clé.

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