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Blé : Le Maroc, meilleur que prévu sur l’indépendance alimentaire

La même subvention qui assurait hier un prix de la farine supportable pour les plus petites bourses sert aujourd’hui à protéger les agriculteurs de la concurrence étrangère. Pour le blé, l’indépendance alimentaire du Maroc est même meilleure que prévue.

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En annonçant qu’il relève les droits de douane à 135% sur les importations de blé tendre, dans un communiqué rendu publique vendredi 11 mai 2018, le ministère de l’Agriculture rappelle que le Maroc augmente artificiellement le prix du blé quitte à payer ensuite de sa poche pour le rabaisser à nouveau.

En effet, depuis 2014, les prix du blé sur les marchés internationaux ont tellement baissé qu’ils sont devenus inférieurs aux prix nationaux déterminés par l’Etat chaque année. Si l’Etat a longtemps subventionné les importations de blé c’était pour permettre de réduire le prix de la farine sur le marché national et le mettre à la hauteur des plus petites bourses marocaines ; aujourd’hui c’est pour protéger les agriculteurs nationaux de la concurrence internationale.

Grâce à la baisse des prix du blé sur les marchés mondiaux, la charge de compensation du blé est passée de 4,9 milliards de dirhams en 2008 - au plus fort de la crise alimentaire mondiale - à 1,1 milliard de dirhams en 2016, selon le rapport annuel sur la Compensation du ministère de l’Economie et des Finances avec la Loi de Finance 2018.

Mécanisme d’amortisseent des chocs

Si elle n’a pas été totalement supprimée c’est que les prix sont maintenus artificiellement hauts par l’Etat pour assurer des revenus corrects aux agriculteurs. D’une part, celui-ci interdit les importations de blé tendre pendant la période de la récolte nationale - de mai à octobre. D’autre part, il fixe un prix haut - toujours le même : 280 dirhams le quintal de blé de production nationale. Pour favoriser l’achat de blé national plutôt qu’étranger, l’Etat ajoute également une subvention de 10 dirhams aux minotiers par quintal de blé acheté sur le marché national.

Après avoir produit des prix volontairement hauts, l’Etat rabaisse ensuite les prix pour une partie de la farine produite au Maroc - 6,5 millions de quintaux en 2016 - en subventionnant les minotiers à hauteur, environ, de 158 dirhams par quintal. C’est ce que l’on appelle la «farine subventionnée» ; laquelle est ensuite dirigée en principe vers les consommateurs dont le pouvoir d’achat est le plus faible. Au total, en 2016, un milliard de dirhams sont ainsi allés dans les poches des minotiers dans le but, de ménager la chèvre et le choux : les revenus des agriculteurs et les consommateurs les plus pauvres.

Sans cette subvention, des prix internationaux particulièrement faibles pendant plusieurs années pourraient laminer la filière céréalière marocaine. Celle-ci disparue, une hausse subite des prix internationaux auraient des conséquences désastreuses sur les finances de l’Etat obligé de subventionner massivement les importations pour assurer un prix de la farine supportable pour les foyers marocains sans pouvoir compter sur une production nationale, ni fixer de prix de référence.

Ainsi, si le Plan Maroc Vert a été n’a jamais eu pour objectif d’atteindre l’autosuffisance alimentaire, du moins ce mécanisme assure-t-il tout de même au Maroc une certaine autonomie vis-à-vis des marchés mondiaux.

Autosuffisance céréalière améliorée

En 2011, Souleymane Nouréini Sayouti et Abdelkader Ait El Mekki, de l’Ecole Nationale d’Agriculture de Meknès, dans leur article de recherche «Le Plan Maroc Vert et l’autosuffisance alimentaire en produits de base à l’horizon 2020» paru en octobre 2015 dans «Alternatives rurales», avaient évalué le déficit en blé tendre et dur au Maroc à 4,82 millions tonnes en 2020. De fait, le Maroc devrait atteindre ce chiffre d’ici peu puisqu’en moyenne, ces cinq dernières années, entre 2013 et 2017, il importe 4,20 millions de tonnes de blé tendre et de blé dur.

Sa dépendance aux marchés extérieurs est cependant moindre que les deux chercheurs ne le prévoyaient parce que la production nationale a dépassé les objectifs du Plan Maroc Vert. Celle-ci atteint, en moyenne ces cinq dernières années, 6,2 millions de tonnes, contre 5,3 millions prévus pour 2020. Le taux de couverture de la consommation nationale de blé atteint donc en moyenne 60% au lieu des 50% que les objectifs du Plan Maroc Vert laissaient présager.

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