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Tanger : Des acteurs de la société civile fustigent la «restauration» du rempart de la Kasbah

Le rempart de la Kasbah de Tanger fait l'objet depuis quelques semaines d'une «restauration». Ce que contestent des membres de la société civile qui parlent d'une opération contraire aux trois Chartes de l'UNESCO et à la loi 22-80 portant sur la conservation et la protection des sites et monuments historiques.

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Photo du rempart de la Kasbah de Tanger / DR

A Tanger, des acteurs de la société civile sont vent debout contre les travaux de «restauration» du rempart de la Kasbah. «Nous ne sommes pas en face d'une restauration mais plutôt de construction d'une nouvelle muraille avec pierres et ciment et une tour géante», dénonce Mohamed Habibi, enseignant universitaire à Tétouan et archéologue.

«L'opération, en cours depuis une vingtaine de jours, est contraire aux principes de l'UNESCO énoncées dans ses trois Chartes d'Athènes, de Vienne et de Cracovie qui insistent sur la préservation de l'authenticité des monuments historiques à l'heure de la restauration», explique-t-il.

«Au terme de ces travaux, c'est une partie du passé de Tanger qui disparaîtra. Le rempart de la Kasbah représente un livre d'histoire sur le passage des civilisations qui se sont succédées dans la ville. Le monument porte en effet des traces de la période romaine, une technique de construction omeyyade datant du 12ème siècle identique à celle qui est encore visible aujourd'hui à la mosquée de Cordoue et à Sebta, et en dernier des marques alaouites lors de la récupération de Tanger par le sultan Moulay Ismaïl», ajoute Mohamed Habibi.

«Une défiguration»

«Toutes ces traces sont aujourd'hui menacées par une opération de défiguration et non de restauration alors que des initiatives au niveau local et national se multiplient pour préparer le projet de déclarer "Tanger patrimoine universel" par l'UNESCO» , dénonce Ahmed Laftouh, un acteur associatif.

A son tour, il affirme que l'opération visant le rempart de la Kasbah est contraire à la loi 22-80 portant sur la conservation des monuments et sites historiques, publiée au Bulletin officiel du 25 décembre 1980.

«Elle est également contraire à la circulaire du Premier ministre n°73 datant du 30 décembre 1992 et à la note conjointe des ministres de l'Intérieur et de la Culture relative à la classification et la protection des sites historiques, archéologiques et naturels à travers l'ensemble du territoire national», assure notre source.

Ahmed Laftouh met en garde contre la généralisation de cette forme de «restauration» dans d'autres villes.

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