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Travailleuses agricoles au Maroc : «Il faut quantifier pour valoriser» [Interview]

Michael George Hage, coordinateur sous-régional de la FAO pour l’Afrique du Nord, en charge du bureau de Rabat, estime que l’agriculture ne résoudra pas à elle seule tous les problèmes de la moitié de la population. Il plaide pour une approche intégrée de développement dans les régions rurales.

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Michael George Hage, coordinateur sous-régional de la FAO pour l’Afrique du Nord / Ph. DR.

D’après des données présentées mardi 6 mars par la représentation marocaine de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), seulement 1% des femmes qui résident dans les régions rurales au Maroc sont propriétaires de terres agricoles. Souvent reléguées dans le secteur informel, elles ont également un accès difficile aux formations.

Pour quelle raison les femmes peinent encore à devenir propriétaires de terres agricoles ?

L’accès aux terrains agricoles est un problème qui ne se limite pas seulement au Maroc. Il concerne tous les pays en voie de développement pour plusieurs raisons. D’abord, la gestion de la gouvernance du régime foncier est un problème compliqué, car il y a fréquemment des gens qui exercent leurs activités agricoles sur des terrains qui ne leur appartiennent pas. Il faut revoir toute cette politique, et pour ce faire, il faut avoir des informations correctes et récentes.

Le Plan Maroc Vert avait décidé, il y a déjà plusieurs années maintenant, d’intégrer l’égalité hommes-femmes dans le secteur agricole. Il faut quantifier pour valoriser : Qui sont ces femmes qui travaillent dans ce domaine ? Où travaillent-elles ? Pour savoir qui aider, où et comment, ces données sont nécessaires, sinon sur quelle base pourrons-nous travailler ? Je donne beaucoup de crédit au ministère de l’Agriculture pour avoir lancé le Recensement général de l’agriculture (RGA). Nous avons d’ailleurs eu le privilège de l’accompagner lors de la préparation de la RGA. Il faut intégrer les femmes dans tous les secteurs, notamment la santé et l’éducation. Un seul volet ne peut pas résoudre tous les problèmes de la moitié de la population.

Les femmes ont également un accès difficile aux formations. Pourquoi ?

La composition de la population au niveau rural est faite de telle manière que ce sont surtout les femmes qui travaillent dans le secteur agricole. C’est un cercle vicieux qui touche les personnes qui n’ont pas accès à l’éducation, aux services de santé ou aux crédits, entre autres. Pour les sortir de là, il faut élaborer une approche intégrée de développement dans les régions rurales. Dans ce sens, la FAO est l’épine dorsale de l’économie rurale. Avec la production agricole, il faut qu’il y ait également, comme c’est prévu au Maroc, la transformation de produits agricoles au niveau rural. Il faut le faire à travers une politique qui vise à instaurer l’égalité entre les hommes et les femmes. Le Plan Maroc Vert a impulsé la création de 1 775 coopératives féminines. Maintenant, avec les résultats de la RGA, le gouvernement va disposer de données très claires pour mieux cibler les interventions au profit de ces femmes-la.

Comment expliquer les inégalités salariales entre les travailleurs et les travailleuses agricoles, alors même que la main d’œuvre est principalement féminine ?

N’y a-t-il pas des inégalités salariales partout dans le monde ? Je ne parle pas seulement de l’agriculture, ni de l’Afrique du Nord. Le travail agricole dans les territoires ruraux est une composante très importante de la dynamique économique du Maroc. Nous souhaitons bien sûr que les égalités aillent dans ce sens. Les membres des coopératives sont propriétaires de leurs coopératives.

Donc, il faut créer des opportunités pour générer de la richesse à travers la transformation agricole. Les femmes, les hommes et les jeunes qui sont impliqués vont être propriétaires et avoir, de ce fait, la possibilité de produire plus et mieux de façon durable à travers la transformation des produits agricoles.

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