Menu

Santé Publié

Chronique du Dr Lahna : Fadoua et la charity business

Devant la défaillance des services de l’Etat et de la ville, nous voilà en face d’apparatchiks qui gagnent la confiance des donateurs et pervertissent les gens plus encore que la pauvreté les a pervertis.

Temps de lecture: 2'
Photo d'illustration. DR

Devant la défaillance de l’élite et l’incurie des associations d’entraide, certains Marocains ont pris les choses en main, généralement sans qualification ni travail. Ils ont le temps, ont commencé à filmer les cas de personnes en détresse et à les partager sur des pages Facebook et sur de nombreux sites d’information alternatifs qui pullulent sur la toile. C’est comme cela que cette nouvelle méthode est devenue, par les nouveaux moyens de communication, le meilleur moyen de demande d’aide, de mendicité, de mise à l’index et malheureusement de roublardise. Une double roublardise de la part de certains parmi ceux qui sont dans le besoin, et/ou certains parmi ceux qui leur viennent en aide.

L’argent n’a pas d’odeur, surtout celui des donateurs parce qu’il est destiné à être utilisé voire dilapidé. J’en connais quelque chose dans les associations, même en France, alors que dire des personnes physiques qui ramassent l’argent censé être donné et dont on ne peut contrôler le montant et la destinée. On se rend compte qu’il y a un problème quand on leur pose cette question qui fâche.

Il y a quelques mois, j’ai été choqué par le cas de Chayma, sa mère et ses frères et sœurs qui habitaient dans une pièce sur un toit, dans le quartier Attacharouk de Casablanca. Quand j’ai fait un appel pour qu’elle soit aidée, on m’a contacté de Hollande avec vidéo à l’appui me montrant que la famille avait reçu plus de 7 000 euros, sans parler des dons en dirhams et en nature. J’ai expliqué l’affaire et passé mon chemin, puisque même les autorités étaient au courant.

La charity business made in Morocco 

Dernièrement, j’ai vu la vidéo, sur un site alternatif, de Fadoua et de ses deux enfants qui dorment dans un cimetière et mendient près d’un cinéma à Tétouan. Je l’ai partagé et demandé à quelqu’un de ma famille d’aller la voir pour en savoir un peu plus. La dame qui l’a filmée l’a hébergée entre temps chez elle. On a décidé de lui louer une pièce, de l’équiper, de lui acheter des habits et de prendre en charge sa nourriture. Bref, la sortir de la rue avant de passer à d’autres étapes. Mais c’était sans compter sur la concurrence du phénomène de la charity business made in Morocco ; un jeune homme suivi par 50 000 personnes qui s’est illustré sur la toile par ses demandes d’aides aux démunis. Je ne connaissais pas le personnage mais son fil d’actualité en disait long sur sa personnalité.

Soit, tout le monde peut faire du bien, peu importe le chemin qu’il emprunte. Mais un climat malsain a pris le dessus sur l’aide qui devait être apportée à cette femme et ses deux enfants. Comme dans les catastrophes humanitaires, chacun devait prouver à quelques donateurs où était parti leur argent. La façon de faire et de parler de ce jeune homme ont fait qu’un doute a commencé à s’installer chez moi quant à la finalité de tout ceci. J’ai décidé d’attendre pour voir, puisqu’il est connu que les personnes sont habituées au one shoot et que cette famille a besoin d’un accompagnement de longue haleine.

Il y a eu des manœuvres de surenchère, comme payer un an de loyer du logement que nous avons trouvé et promettre de l’argent, et même un business au géniteur apparu par enchantement.

Le Maroc est plein de pauvreté et d’inégalités. Des personnages et comportements pareils ne devraient pas nous empêcher d’agir. Il est clair que loger une femme qui habite dans la rue n’est pas dans mes prérogatives parce que j’ai beaucoup d’autres choses à faire dans mon domaine médical et sanitaire proprement dit, mais devant la défaillance des services de l’Etat et de la ville, nous voilà en face d’apparatchiks qui gagnent la confiance des donateurs et pervertissent les gens plus encore que la pauvreté les a pervertis.

Emission spécial MRE
2m Radio + Yabiladi.com