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Culture Publié

Diaspo #27 : Hala Cherradi, porte-voix de la cause des réfugiés

Férue de design et de cinéma, Hala Cherradi est connue pour sa contribution au projet «Don’t Be Silent Berlin», qui a remporté le 31 janvier le «Peer To Peer : Facebook Global Digital Challenge» à Washington. Portrait d’une cinéaste fortement engagée pour la cause des réfugiés en Allemagne.

Temps de lecture: 4'
Hala Cherradi, membre du projet «Don’t Be Silent Berlin» / Ph. DR.

Native d’Agadir, Hala Cherradi obtient son baccalauréat français au Maroc. Elle s’envole pour Barcelone (Espagne), où elle suit des études en cinéma. Elle décroche ainsi son bachelor en réalisation et scénario, en même temps qu’un second en business et management. Très vite, elle se laisse guider par la foisonnante vie artistique de Berlin, où elle veut côtoyer d’autres réalisateurs.

Arrivée à la capitale de la culture alternative, la jeune cinéaste apprend l’allemand pendant deux ans. Elle a tout de suite l’ambition de réaliser un documentaire sur les réfugiés : «Je suis arrivée ici en même temps que plusieurs d’entre eux et le sujet m’a tout de suite tenu à cœur», nous raconte-t-elle.

Ph. Hala CherradiPh. Hala Cherradi

Aux origines du déclic

Au lycée, Hala Cherradi savait d’emblée qu’elle voulait évoluer dans une discipline artistique : «Lorsque j’ai vu le film Orange mécanique de Stanley Kubrick, je me suis dit que je voulais faire ça !»

Parallèlement à son cursus en cinéma, Hala est encouragée par sa famille à suivre également des études en business et management en Espagne. Aujourd’hui, elle voit en cette double formation une richesse :

«Tout ce bagage m’a permis d’avoir une vision plus globale et pas uniquement artistique. Je m’y connais en termes de production et de budgétisation pour un projet de film, ce qu’on ne maîtrise pas forcément en premier lorsqu’on est jeune réalisateur.»

De grand-mère syrienne, Hala Cherradi s’intéresse de plus en plus à la situation des réfugiés, un sujet qui la touche particulièrement. Arrivée à Berlin, elle constate déjà quelques failles :

«En Allemagne, les réfugiés reçoivent beaucoup de soutien de la part de l’Etat. Mais la société n’est pas encore assez informée de leurs réalités.»

Le passage derrière la caméra

En octobre 2017, Hala Cherradi commence son master en strategic design à la Design Akademie de Berlin : «Je l’ai fait dans l’optique d’avoir un bagage artistique plus large et une vision cinématographique plus riche.» C’est en parallèle que la jeune artiste s’est de plus en plus impliquée dans une campagne contre le discours de haine hostile aux réfugiés.

Hala Cherradi avec ses camarades lors du dernier «Peer To Peer : Facebook Global Digital Challenge» / Ph. Katrin AndroschinHala Cherradi avec ses camarades lors du dernier «Peer To Peer : Facebook Global Digital Challenge» / Ph. Katrin Androschin

Avec ses camarades, huit étudiants en marketing communication et huit autres en strategic design, Hala Cherradi lance ainsi le projet «Don’t Be Silent Berlin», afin d’inciter les Allemands opposés aux campagnes de dénigrement des migrants à unir leurs voix en faveur des réfugiés. Elle nous explique l’esprit du projet :

«Nous voulons faire parler la majorité silencieuse qui ne partage pas ces opinions de haine. Les gens les voient comme un groupe et ils méconnaissent souvent l’existence de messages aussi violents à leur encontre. On veut aussi montrer qu’à travers une intégration réussie, la vie de tous s’améliore. Ici à Berlin, des réfugiés apportent beaucoup à la vie culturelle et à l’économie allemande.»

Ainsi Hala Cherradi réalise une série de vidéos appelée «Face the truth». L’idée est de mettre en avant des citoyens allemands contre les discours de haine anti-réfugiés, mais également des profils de réfugiés qui racontent l’histoire de leur intégration dans une société qui est devenue la leur. Pour ce faire, le Centre culturel des réfugiés à Berlin ainsi l’académie de design ont été d’un grand appui.

Une reconnaissance internationale

Depuis janvier dernier, la presse internationale s’intéresse au projet «Don’t Be Silent Berlin». Nominé en finale de «Peer To Peer : Facebook Global Digital Challenge», il concourt et se distingue parmi trois autres initiatives estudiantines de lutte contre les discours de haine et d’extrémisme.

Mais Hala Cherradi ne préfère pas se mettre individuellement en avant, car la réussite du projet récompensée est le fruit d’un travail collectif :

«Beaucoup ont tendance à me mettre en focus, mais j’aimerai souligner que je ne suis pas la seule à travailler sur ce projet. Sans les efforts communs de toute l’équipe, notre projet n’aurait peut-être pas eu autant d’écho international.»

En compétition, le projet «Don’t Be Silent Berlin» se distingue à plusieurs égards. Hala Cherradi s’en félicite :

«Parmi les finalistes ‘Peer To Peer : Facebook Global Digital Challenge’, nous étions les seuls à avoir des vidéos de témoignages vivants réalisés avec des réfugiés. La notion de Guerilla, stratégie développée par mes camarades, a également fait partie des aspects les plus innovants de notre campagne.»

Il s’agit également de la première participation de la Design Akademie de Berlin : «Notre enseignante a pris l’initiative de postuler pour nous en inscrivant le projet sur le Facebook Global Digital Challenge».

Toutes les passions mènent au cinéma

Si Hala Cherradi est une passionnée des arts visuels et du design, elle cultive également une passion pour le Muay-thaï (boxe thaïlandaise), qu’elle pratique quotidiennement depuis trois ans :

«C’est un sport qui demande beaucoup d’effort et beaucoup de patience et ça rejoint ma vision de la vie. C’est un combat en soi et il y a toujours quelque chose à devoir affronter dans la vie.»

Hala avec son coach de boxe, Samir Cherrad, ancien champion de France et classé 7e mondial au WBA / Ph. Maha Cherradi El FadiliHala avec son coach de boxe, Samir Cherrad, ancien champion de France et classé 7e mondial au WBA / Ph. Maha Cherradi El Fadili

Même en pratiquant la boxe thaïlandaise, la réalisatrice n’est jamais loin de sa première passion : le cinéma. Ainsi, elle nous confie avoir réalisé en avril dernier un court documentaire sur son coach qui l’entraine à Agadir. Elle travaille parallèlement sur un autre projet de court-métrage au Maroc, prévu pour cet été.

Hala Cherradi n’oublie pas non plus de continuer à défendre le projet «Don’t Be Silent Berlin». Elle envisage même d’en faire un sujet pour sa thèse de master : «C’est un projet très puissant qui me tient énormément à cœur. Il se base sur le design et l’innovation avec une approche profondément humaine. Je n’ai pas encore réfléchi à un angle précis, mais ce sera clairement mon sujet de thèse.» 

Jamais à court d’idées, Hala Cherradi nous confie un projet de documentaire qu’elle souhaite réaliser : «J’aimerais beaucoup pouvoir suivre un personnage fort pour faire un documentaire sur les réfugiés. Je tiendrai toujours à cette idée.»

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