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Chronique du Dr Lahna : Accoucher dans la vallée de Tighdouine

Quand on a eu l’honneur d’exercer un métier qui accompagne ou sauve la vie, donner un peu de savoir-faire aux accoucheuses traditionnelles, simple, efficace et qui ne nécessite aucun matériel sauf un apprentissage, est un plus en attendant de faire mieux pour toutes ces femmes enclavées et courageuses.

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Une session de formation des sages-femmes traditionnelles dans le Moyen Atlas. Yabiladi

Dans le Haut Atlas, les femmes continuent d’accoucher comme leurs ancêtres, souvent à domicile par les mains expertes de matrones (accoucheuses traditionnelles) qui ont appris l’art d’accompagner ces naissances.

Naissances souvent heureuses et parfois malheureuses si un évènement indésirable vient enrayer la machine de la mise au monde. Comment peut-il en être autrement face à l’éloignement et l’enclavement des villages d’une part, et la faiblesse des services mis à leur disposition de l’autre ?

La technique d’accouchement des matrones est exemplaire : elles accompagnent les femmes pour un accouchement spontané le plus physiologique possible, en position assise légèrement penché en avant, ce qui permet à la tête du fœtus d’entrer dans le bassin et d’effectuer une rotation et une sortie toute naturelle. Ensuite, elles ligaturent le cordon ombilical par une ficelle et le coupe par une lame préalablement préparée. Et par des mouvements de secousses, elles aident le placenta à son évacuation physiologique sans traction sur le cordon, ni précipitation. 

Quand tout se passe bien, et heureusement c’est souvent le cas, c’est le bonheur annoncé ; la maman et le nouveau-né se portent bien. Alors elles aident l’utérus à se contracter par des mixtures dont elles connaissent le secret et qui contiennent souvent de l’ergote de seigle, une plante utilisée par ailleurs dans des médications commercialisées à cet effet.

Mauvais présage

Mais quand cette mécanique échoue, la matrone peut se retrouver en difficulté et la mère et son nouveau-né en danger. Si la tête fœtale n’entre pas dans le bassin par exemple après plusieurs heures de contraction, il faudra alors trouver le moyen d’emmener la femme vers un hôpital. La logistique qui fait défaut oblige la famille à trouver un transporteur qui veuille bien la prendre dans son véhicule, parce que la mort d’une femme enceinte dont l’accouchement présente des complications n’est jamais loin. Les villageois le savent très bien et si par malheur la femme décède pendant le trajet, le chauffeur, qui souvent n’a pas d’agrément pour exercer ce métier, risque gros avec les gendarmes.

«On ne nous donne pas les moyens et on punit celui qui ose trouver des alternatives», s’étonnent les responsables associatifs. Parfois, faute de routes ou de sentiers valables, ce sont les hommes des villages qui la portent sur une civière, marchant des heures jusqu’à une route pour essayer ensuite de trouver un véhicule qui pourrait emmener la femme vers le centre de santé. En cas de refus, ils n’ont d’autre choix que de continuer leur marche vers la Vie en se succédant aux quatre points cardinaux de la civière. Et comme c’est la même civière qu’on utilise généralement pour transporter les morts vers le cimetière, l’on pense souvent à un mauvais présage.

En attendant le désenclavement des villages et un service adéquat et de qualité dans les centres de santé et les hôpitaux, j’ai commencé un programme de formation des matrones pour pallier les complications les plus fréquentes. Avec des gestes simples, elles pourront sauver des vies, notamment celles des mères en cas d’hémorragie, de non décollement du placenta, de faiblesse utérine, ou pratiquer une assistance respiratoire pour un nouveau-né fatigué, qui a juste besoin d’un coup de pouce pour démarrer dans la vie.

La vie, justement, ce bien précieux que nous possédons, se transmet et un jour ou l’autre s’éteint. Quand on a eu l’honneur d’exercer un métier qui l’accompagne ou la sauve, donner un peu de savoir-faire aux accoucheuses traditionnelles, simple, efficace et qui ne nécessite aucun matériel sauf un apprentissage, est un plus en attendant de faire mieux pour toutes ces femmes enclavées et courageuses.

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