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Mdaif’IN, le projet qui jette la lumière sur les femmes marocaines des milieux ruraux [Interview]

Aouatef Khelloqi et Nada Zraidi sont allées vivre en immersion avec les femmes issues des zones rurales au Maroc. Avec Mdaif’in, les deux jeunes femmes veulent mettre en lumière ces femmes dont les parcours de vie sont méconnus et dont on peut beaucoup apprendre. Aouatef Khelloqi, réalisatrice et photographe franco-marocaine, a accordé un entretien à Yabiladi pour parler de ce nouveau projet qui vise au long terme de fédérer une vraie communauté sur les réseaux sociaux. Interview.

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Mdaif’IN va à la rencontre des femmes en zone rurale au Maroc pour les mettre en lumière. / Ph. Aouatef Khelloqi

En quoi consiste Mdaif’IN ?

Mdaif’IN, c’est la contraction du mot daif, qui veut dire invité en arabe, et in en anglais, donc invité chez nous, au Maroc. C’est la rencontre de Nada et moi. On a deux profils différents : Nada sort d’une école de cinéma. C’est une Casablancaise, une Marocaine pure souche. Moi je suis franco-marocaine, réalisatrice et photographe. On a eu l’occasion de se rencontrer. Je portais ce projet en moi quand je suis rentrée au Maroc, après avoir passé pas mal de temps en Asie. Je voulais m’intéresser à ce qui se passait au Maroc, notamment aux femmes des milieux ruraux.

Dans un premier temps, nous avons sillonné le pays à la rencontre de femmes travaillant dans des coopératives, ou bien de celles qui se regroupent de manière informelle. On a passé du temps avec elles et elles nous ont raconté leurs parcours de vie.

Au Maroc, 40% de la population vit dans les zones rurales, dont 49% sont des femmes, et elles ont des choses à raconter! On les entend peu. C’est le constat que j’ai fait. Elles ne sont pas assez mises en valeur, alors qu’il y a des parcours incroyables.

C’est une sorte de retour aux sources pour vous, vu que vous avez passé beaucoup de temps à l’étranger…

Oui, il y avait ce besoin de s’intéresser au Maroc, puis le Maghreb et l’Afrique. J’avais besoin de m’orienter vers un autre continent, en commençant par le pays d’origine de mes parents.

Comment avez-vous eu l’idée d’aller à la rencontre de ces femmes ?

A Casablanca, j’avais assisté à une exposition de femmes de citadines et de femmes urbaines. J’ai trouvé qu’il n’y avait pas assez de diversité. Au Maroc, nous avons pourtant la chance d’avoir une belle diversité. C’est dommage de ne pas la mettre en avant. Le point de départ était là.

Aller à la rencontre de ces femmes, c’était facile entre guillemets. On vivait en immersion. L’objectif était de créer un lien de confiance et de vivre avec elles pour qu’elles puissent s’exprimer. Pour qu’elles puissent dire qu’est-ce qu’une femme en zone rurale ? Leurs inspirations ? Leurs difficultés ? Leur rapport à la terre ? Pour qu’on puisse mieux les comprendre.

Il faut savoir que d’une région à une autre, elles sont complètement différentes. Elles ont des modes de fonctionnement qui ne sont pas pareils. Je voulais mettre en avant le côté traditionnel et culturel.

Aouatef et Nada en compagnie des femmes rencontrées lors de Mdaif'IN. / Ph. Aouatef KhelloqiAouatef et Nada en compagnie des femmes rencontrées lors de Mdaif'IN. / Ph. Aouatef Khelloqi

Combien de villages avez-vous visité et combien de femmes avez-vous rencontré au total ?

On a rencontré beaucoup de femmes. Vous auriez dû me demander plus tôt j’aurai compté (rires). On a fait un premier repérage. On a filmé dans trois endroits. En règle générale, c’est trois ou deux parcours de vie de femmes dans un épisode.

Quand allez-vous diffuser les documentaires ?

Là, sur les réseaux sociaux on publie les coulisses. C’est-à-dire nous avec ces femmes, nos interactions avec elles. On essaie actuellement de trouver une plateforme de diffusion sur le web. Mais sur les réseaux sociaux on est très présentes via notre page Facebook et Instagram.

En premier temps, nous voulons créer une communauté autour de Mdaif’IN et diffuser des vidéos backstage. Ensuite, nous diffuserons des épisodes des documentaires d’une durée de 12 minutes.

Quelle conclusion faites-vous de ces rencontres avec ces femmes en zone rurale ?

Ce sont des femmes avec une capacité de résilience incroyable. Aujourd’hui, on parle beaucoup de développement personnel, du moment présent, d’accueillir les choses… En fait, ces femmes l’incarnent.

Ce sont des femmes qui prennent la vie comme elle est. Elles ont un rapport très particulier avec la nature. Si on leur donne le choix de quitter leur village et de s’installer en ville, pour la majorité c’est hors de question.

Elles savent que la nature leur permet de vivre, mais au-delà de ça, elles ont cette force. Elles veulent se prendre en main et utilisent les moyens du bord pour y parvenir et créer une sorte d’autonomie.

Elles vivent des difficultés, c’est compliqué pour elles. Elles sont à la fois mères, épouses, heureuses de travailler dans des coopératives parce que c’est un lieu social, où elles rencontrent les autres femmes du village. Ça leur permet d’avoir un revenu et de se sentir indépendantes.

Elles ont une force incroyable et une joie de vivre. Elles peuvent transmettre des messages au monde, qui peuvent être entendus. Elles ne s’en rendent pas compte, elles n’ont pas l’impression d’apporter quoi que ce soit, d’avoir une valeur ajoutée. C’est l’un des objectifs de ces documentaires, de montrer qu’elles ont leur place dans la société, et surtout qu’elles existent et qu’elles ne sont pas à négliger.

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