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Hirak : 11 mineurs poursuivis pour «rassemblement non-autorisé»

Depuis dimanche et suite à des manifestations à Imzouren, 32 personnes ont été arrêtées avant la remise en liberté de plusieurs d’entre-elles. Onze enfants en font partie, poursuivis pour «appel à manifester et rassemblement non-autorisé».

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Ph. DR.
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Ils ont moins de quatorze ans et vivent à Imzouren, village secoué par les manifestations depuis le début de la contestation sociale et politique dans le Rif. Eux, ce sont «les enfants du Hirak», poursuivis pour avoir manifesté, appelé à manifester ou tenu un rassemblement non-autorisé. Leur traque a commencé dans la nuit du dimanche au lundi dernier, avec des arrestations survenues «à la tombée de la nuit ou même au petit matin», selon nos sources à Al Hoceïma.

Des mineurs gardés à vue pour «rassemblement non-autorisé»

Depuis l’annonce de ces arrestations, les images des enfants concernés circulent sur les réseaux sociaux. Figureraient parmi eux des enfants de dix ans et même de six ans. Président de la section locale de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), Mustapha Allach nous confirme ces interpellations : «les 11 enfants ont passé une période de garde-à-vue au commissariat de police entre lundi et mercredi, avant d’être placés en liberté surveillée. Leur première audience dans le cadre du procès est prévue pour le 25 janvier».

En attendant, peu d’éléments sont rendus publics. Avocat à Al Hoceïma, Rachid Bennani confirme de son côté les chefs d’accusation retenus contre le groupe d’enfants, mais il constate qu’«il est encore difficile de reprendre contact de manière organisée avec les familles et les tuteurs». Selon lui, «les enfants ont signé leurs procès verbaux avec leurs parents, qui les ont reconduits chez eux». Concernant les allégations de torture dont les mineurs auraient fait l’objet et dont des photos circulent sur les réseaux sociaux, Me Bennani estime qu’elles ne sont pas encore vérifiables, mais qu’«il y a souvent des bavures au moment de l’arrestation. Reste à savoir si ces traitements ont été subis au commissariat également».

Le militant et journaliste Omar Radi affirme quant à lui à Yabiladi que ces mineurs «ont été malmenés aux commissariats. Il y en a qui auraient passé la nuit nus, debout et sans dormir. Onze ont été relâchés, dont le plus jeune est né en 2004, mais il y aurait encore des cas d’incarcération».

Traitement différencié pour les mineurs

Avocat membre de la défense des détenus du Hirak à Casablanca, Abdessadek El Bouchtaoui rappelle à Yabiladi qu’en cas d’arrestation, «les enfants doivent en effet bénéficier d’un traitement spécial. Mais lorsqu’ils passent par le commissariat, ils sont confrontés au même comportement que la police peut avoir avec des adultes».

Pour lui, «tous les enfants à Imzouren et à Al Hoceïma sont bouleversés par cette situation qui dure depuis plus d’un an : ils voient incarcérer leurs proches, leurs frères aînés, leurs parents… A leur sortie d’école, ils sont donc nombreux à reprendre spontanément les slogans des manifestations du Hirak. Ils ne considèrent pas cela comme un rassemblement à caractère revendicatif en soi».

Selon ses propres observations dans la région, l’avocat nous affirme que les jeunes «sont extrêmement affectés par l’atmosphère de peur et de répression qui règne là-bas. L’approche sécuritaire est omniprésente et ils voient une forte présence policière dans les rues, assistent à des arrestations aléatoires».

Les conditions psychologiques passées à la trappe

Me El Bouchtaoui alerte ainsi sur les répercussions psychologiques de la situation du Rif sur les enfants de la région :

«Ils soufrent de véritables traumatismes psychiques qui ne sont pas accompagnés, faute de psychologues à Al Hoceïma. Il est normal que les enfants soient affectés. De plus, lorsqu’ils sont arrêtés et avant leur transfert ou non aux centres correctionnels, ils passent par les commissariats et font l’objet de la même procédure que celle des adultes poursuivis dans le cadre du Hirak.»

Pour sa part, le président de l’AMDH à Al Hoceïma est décidé à suive l’affaire de près : «Nous avons trois avocats permanents dans la région et dès qu’il y a des poursuites dans le cadre de procès du Hirak, actuellement, ils veillent à se charger rapidement des affaires.»

De son côté, le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) qui fait le suivi de procès des détenus du Hirak est également habilité à effectuer un rôle d’observation. Il peut ainsi s’enquérir du respect des procédures en cas de mise en garde-à-vue ou d’emprisonnement de mineurs. Contacté par nos soins, il affirme cependant «ne pas être au courant» de ces récents cas à Imzouren.

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