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Marrakech : Une exposition fait sortir les tatouages féminins de l'oubli

A quelle époque remontent les premiers tatouages féminins en Afrique du Nord ? C’est à cette question que tentent de répondre un ensemble d’artistes et de chercheurs, en résidence à Dar Bellarj. Leur travail est présenté au public samedi à travers l’exposition Femme gravée, dans ce riad culturel situé au coeur de la médina.

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Affiche de l'exposition Femme Gravée / Ph. Dar Bellarj
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Tatouages, broderie, poterie, ou encore tapisserie… Autant de traditions transmises de mères en filles en Afrique du Nord, ayant comme point commun des motifs que l’on peut retrouver sur des ustensiles en terre, sur les murs ou même sur la peau. C’est ce travail ancestral qu’explore l’exposition Femme gravée, du 16 décembre 2017 au 31 octobre 2018 dans la structure culturelle Dar Bellarj. Elle est l’œuvre de cinq artistes, photographes, plasticiens et metteurs en scène : Maha Mouidine, Moulay Youssef El Khafai, Nour edine Tilsaghani et Wassim Ghozlani.

Aux origines du tatouage

Directrice de la Fondation Dar Bellarj et commissaire de l’exposition, Maha El Madi a eu l’idée de travailler sur l’histoire du tatouage amazigh depuis plusieurs années. Ainsi, elle a rassemblé des artistes de différents horizons afin de retracer la genèse de ces us, en impliquant les dernières tatoueuses du Maroc, mais aussi de Tunisie. Maha El Madi est déterminée à sortir cette tradition de l’oubli et d’une certaine occultation, basée sur des interprétations rigoristes de l’islam proscrivant le tatouage.

Ayant une grand-mère algérienne et une autre marocaine, la commissaire de l’exposition a pensé ce projet à partir d’une histoire personnelle. «J’ai passé mon enfance en côtoyant deux grands-mères qui portaient ces tatouages, nous confie-t-elle. J’étais toujours curieuse de comprendre ce que signifiaient ces symboles sur leurs visages, mais j’étais toujours confrontée à une seule et même réponse : ‘tu comprendras quand tu seras grande’».

Arrivée à l’âge adulte, Maha El Madi a perdu ses aïeules, sans assouvir sa curiosité de comprendre le vécu qu’elles dessinaient sur leurs visages et autour des poignets.

«Ce que l’on sait des tatouages, c’est qu’ils représentent un rite ancien de la culture amazighe, affirme la chercheuse. Son usage remonte à la période pré-islamique et il aété utilisé à des fins protectrices, ornementales, identitaires ou médicales.»

Sortir de l’amnésie

Aujourd’hui, peu de femmes maîtrisent encore les techniques anciennes du tatouage. D’où l’idée de Maha El Madi de faire travailler des jeunes artistes d’Afrique du Nord, sur une tradition à interroger et à tirer de l’oubli. En effet, questionner le tatouage est aussi repenser le corps et le signe qui s’assimilent depuis des siècles. Constituant une seule œuvre, ces deux éléments inspirent plusieurs démarches artistiques.

«La meilleure façon de sauver un héritage millénaire est de le faire sortir de l’oubli, affirme Maha El Madi. On ne peut pas prétendre conserver quelque chose que l’on ne connait pas et qu’on ne maîtrise pas. Ce travail est un premier pas pour écrire une partie de notre histoire commune et nous la réapproprier.»

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