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Politique Publié

Nabil Mouline : «Les relations maroco-saoudiennes ne devraient pas être impactées» [Interview 2/2]

L’historien et politologue Nabil Mouline, chargé de recherches au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), revient sur la purge opérée par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et l’impact éventuel de ces changements sur la relation du Maroc avec l’Arabie saoudite.

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L’historien et politologue Nabil Mouline, chargé de recherches au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). / DR

Le Maroc a toujours été très proche de l’Arabie saoudite. Quel va être l’impact des changements opérés par Mohammed ben Salmane sur la relation du Maroc avec l’Arabie saoudite ?

Pour l’instant, on n’en sait strictement rien parce que les priorités sont plutôt d’ordre régional, c’est-à-dire le cercle d’intérêt immédiat, le Golfe et le Proche-Orient. Mais tout laisse penser que les relations bilatérales continueront à être au même niveau qu’aujourd’hui. Mohammed ben Salmane va profiter de l’expertise et des réseaux de son père, très étendus et très stables au Maroc depuis plusieurs décennies. Mais il ne faut pas oublier qu’on est dans deux systèmes patrimoniaux, où les relations personnelles priment sur les relations institutionnelles. Tout dépendra des bonnes relations qu’auront les responsables marocains avec Mohammed ben Salmane et son entourage.

Le Maroc essaie de jouer le rôle d’ambassadeur de bonne volonté pour réconcilier l’Arabie saoudite et le Qatar. Pensez-vous que le Qatar reviendra à des relations stables avec l’Arabie saoudite ?

A court et à moyen terme, ça va être difficile. C’est non seulement une bataille diplomatique, mais aussi d’egos, désormais. Il ne faut pas oublier que Mohammed ben Salmane et Tamim ben Hamad Al Thani (émir du Qatar, ndlr) ont à peu près le même âge, qu’ils prétendent chacun être "le roi du monde", avec leur influence respective. C’est une lutte acharnée pour l’image, à travers la modernisation et l’ouverture, mais également une lutte d’influence au niveau régional puisque le Qatar et l’Arabie jouent quasiment sur le même terrain, notamment sur les questions du soft power religieux.

L'enjeu est-il aussi économique ?

Mohammed ben Salmane, pour mener à bien ses projets, aura besoin d’un certain nombre de ressources, considérables. Comme la vision de 2030 n’aboutira sans doute pas en 2030, il aura besoin de jouer plus ou moins au prédateur, et quoi que de mieux que de miser un peu dans les ressources des voisins. L’Arabie veut avoir un contrôle sur le Conseil de coopération du Golfe pour, partiellement ou totalement, contrôler les ressources des petits émirats, qui ont un excédent des ressources et un déficit démographique, comme le Koweït, Bahreïn, qu’elle contrôle déjà un peu, le Qatar et même, à moyen et long terme, les Emirats arabes unis. 

Les clercs de l'islam, par Nabil Mouline

Pour en savoir plus sur les structures du pouvoir des Al Saoud, Nabil Mouline a publié en 2011 un livre au éditions PUF, intitulé « Les clercs de l'islam ». Vous verrez comment l’alliance entre l’autorité religieuse et le pouvoir politique en Arabie Saoudite a ainsi permis au hanbalo-wahhâbisme de s’imposer comme nouvelle orthodoxie islamique, et à ses gardiens de s’affirmer comme les nouveaux clercs de l’Islam.

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