Menu

Culture Publié

Campus #9 – Turquie : Trois Marocains racontent leur expérience estudiantine à Istanbul

Les Marocains sont friands d’aventures et d’expatriation. Un bon nombre d’entre eux décident de sauter le pas et faire leurs études à l’étranger. Dans #Campus ce mois-ci, nous avons recueilli les témoignages de trois Marocains qui ont vécu l’aventure stambouliote. Détails.

Temps de lecture: 5'
Trois Marocains se sont immergés dans la culture turque durant leur études à Istanbul. / Ph. Gulliver

La Turquie est un pays qui fait rêver, un mélange d’orient et d’occident avec une empreinte laïque qui caractérise le pays. Cette modernité attire les quelques Marocains qui décident de s’expatrier, le temps de quelques mois ou quelques années, dans une culture qui attise leur curiosité. C’est le cas de Lila, Amina et Abdelhalim qui se sont installés à Istanbul pour aller au-delà de leurs peurs et s’aventurer vers l’inconnu.

Chacun d’entre eux a son propre parcours, mais une envie commune les a rassemblés, celle de découvrir un pays qui se situe dans le juste milieu entre une culture d’orient et d’occident. Lila, 22 ans est une étudiante Master 2 Banque finances et négociation internationale à Bordeaux. La Casablancaise a effectué un échange d’un an lorsqu’elle étudiait à l’université de Rouen, son choix s’est porté pour Bahçesehir University a Istanbul (La plus grande ville et métropole de Turquie). Elle était affiliée au département de finances internationales.

Abdelhalim, 24 ans a opté pour le même établissement mais pour toutes ses études universitaires. Il prend son envol après avoir décroché son baccalauréat en 2011 pour y faire des études de génie industriel. Depuis un an, le Casablancais est revenu au Maroc et a entamé une carrière d’ingénieur dans la capitale économique.

Amina, de son côté est une jeune fassie de 24 ans, actuellement étudiante en Master 2 à l’université de Rouen. La jeune femme est tombée sous le charme d’Istanbul. Elle y a effectué deux échanges, le premier d’un an en 2015 à Aydin university dans le cadre de sa licence en économie et gestion (Bachelor en business administration), et le second de six mois l’année d’après dans le même établissement dans le domaine de la finance.

Lila était attirée par l’hospitalité des Turcs et leur civilisation : «Je voulais choisir une destination atypique au lieu de faire comme tous les étudiants erasmus qui partent en Angleterre ou en Allemagne par exemple», indique la Casablancaise de 22 ans. Amina a été encouragée dans son choix par l’expérience de certains amis à elle qui l’ont encouragée à partir. Abdelhalim était motivé par l’envie de s’installer dans un autre pays pour «avoir une expérience à l’étranger». Beaucoup de choix se sont présentés au natif de Casablanca. «Je voulais faire mes études en anglais, mais quand une occasion s’est présentée en Turquie, j’ai foncé», explique l’homme de 24 ans. Et d’ajouter : «Casablanca est une grande ville, mais Istanbul l’est encore plus. C’est la capitale économique multiplié par trois.»

La langue turque 

Dès les premiers mois, l’intégration des trois Marocains se passe sans accroc. Toutefois, ils se rendent vite compte de la nécessité de parler turc pour s’en sortir dans la vie quotidienne. «Le premier mois et le deuxième mois c’était un peu dur, parce que tout le monde là-bas ne parle pas bien en anglais», se souvient Amina. Lila et la native de Fès apprennent quelques mots pour se débrouiller et pouvoir échanger des bribes de conversation avec les commerçants, les chauffeurs de taxi, etc. Tandis qu’Abdelhalim, qui s’installe pour plus d’années, tenait absolument à s’intégrer à 100% au sein de la société turque. «Après trois ans, j’ai commencé à parler turc à 60%. Une fois j’avais acquis un peu la langue, c’était plus simple. Les Turcs sont des gens bien. Si tu parles turc, t’es comme un frère. Ils n’ont pas de problème avec les étrangers. Ils sont curieux quand tu viens d’un autre pays», se remémore l’ingénieur.

Le niveau de vie en Turquie est «un peu plus cher»  que celui du Maroc, s’accordent à dire les Marocains. Tous les trois ont privilégié le fait d’habiter dans des quartiers huppés d’Istanbul en colocation, pour pouvoir profiter des joies de la ville. Ils payaient environ 250 euros chacun. Lila a tenu à préciser un aspect de la vie quotidienne à Istanbul qui lui a beaucoup plus : «En France, tout ferme à 19h, tandis qu’à Istanbul à 4 du matin tu peux t’acheter de quoi manger».

Le coût des études est à ne pas négliger : «La majorité des universités sont privées en Turquie, mais vu que j’étais en échange je n’avais pas à payer les frais de scolarité. Si tu pars pour y faire tes études, tu dois payer. Par contre, ils ont un prix spécial réduit pour les étrangers», précise Amina. Lila indique pour sa part que dans les universités publiques, il faut «obligatoirement apprendre le turc, puisque les cours sont dispensés dans cette langue. Dans le privé, les cours sont en anglais. Parfois, les professeurs commencent à expliquer en turc. Il faut intervenir à ce moment et leur demander de réexpliquer en anglais».

Serviables et attachants

Istanbul dispose d’une communauté très riche et cosmopolite. Beaucoup de nationalités se fréquentent et cohabitent. «C’est plein de gens, plein de cultures, tu peux rencontrer des gens de tous les pays», raconte Abdelhalim. Amina énumère les nationalités qu’elle a pu rencontrer lors de son échange : «Il y avait beaucoup de Syriens, Egyptiens, Libanais, et des gens qui font leur échange là- bas, genre des Mexicains, des Brésiliens, des Américains. J’ai pu m’imprégner du côté multiculturel d’Istanbul».

Les Turcs sont sociables, Lila en a fait l’expérience quand elle parlait avec les chauffeurs de taxi, et qu’elle glissait quelques mots de la langue locale dans la conversation : «Les Turcs aiment quand tu apprends leur langue. Par exemple, un taxi te demande toute l’histoire de ta vie dès que tu lui sors deux petits mots en turc. Ils sont contents et fier, parce qu’ils sont très patriotes». Amina insiste sur le côté serviable des Stambouliotes : «En général, si tu demandes un service, ils sont hyper serviables, plus que les Français. Je trouve que notre culture à nous les Marocains ressemble un peu à celle turque».

Cependant, le Maroc est méconnu en Turquie. «Ils ne savent pas où se trouve le Maroc, les Turcs l’appellent ‘Fès’. Durant mon échange, j’en ai rencontré qu’un seul qui a reconnu le royaume, parce que Nordin Amrabet qui joue à Galatasaray (équipe de football turque ndlr) est d’origine marcocaine», dit Lila en éclatant de rire.

Au niveau de la sécurité, les deux femmes sont contentes de leur expérience stambouliote. «Istanbul c’est très sécurisé, je sortais parfois la nuit. Par contre, il faut éviter certains quartiers à partir de 20 heures», avance l’étudiante de 22 ans. Amina s’est souvent baladée le soir, seule : «Ça n’a rien à voir avec le Maroc, tu peux marcher tranquillement le soir avec ton téléphone». Néanmoins, Lila relate certaines rumeurs qui circulaient dans la ville qui l'ont conduit à ne jamais prendre de taxi seule, le soir. «Les taxis faut les prendre en groupe. Je prenais mes précautions, parce qu’il y avait des cas de filles qui se sont fait enlever la nuit», déclare la native de Casablanca.

Cette aventure en Turquie a marqué à jamais le cœur des trois Marocains. Lila s’est même engagée dans l’associatif pour venir en aide aux réfugiés syriens : «C’est là où j’ai appris le turc, pour pouvoir parler aux chauffeurs, thérapeutes. C’était très enrichissant pour moi, j’ai acquis plus d’empathie envers les réfugiés syriens. Ils sont vraiment attachant, plein de vie, surtout les enfants. Ils m’ont appris beaucoup de choses, je voulais les aider, mais en fait c’est eux qui m’ont aidé à ouvrir les yeux sur la vie, sur les souffrances des autres», déclare la jeune femme avec des trémolos dans la voix. Amina, pour sa part compte repartir en Turquie dès qu’elle finit ses études en France pour voyager et découvrir encore plus le pays. Enfin, Abdelhalim n’arrive pas à se remettre de son expérience : «La meilleure chose que j’ai jamais faite, c’est d’être parti en Turquie. Je ne me plais pas trop au Maroc. La Turquie me manque.»

Lila devant la mosquée Ortakõy et le pont du Bosphore à Istanbul. / Ph. LilaLila devant la mosquée Ortakõy et le pont du Bosphore à Istanbul. / Ph. Lila

Soyez le premier à donner votre avis...
Emission spécial MRE
2m Radio + Yabiladi.com
MahkamaGate