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Culture Publié Le 13/09/2017 à 18h30

«ThéâtreCom» : Saïd Naciri veut réconcilier les Marocains avec le théâtre [Interview]

L’absence de Saïd Naciri du petit et du grand écran ne l’empêche pas de penser art. L’acteur, humoriste, producteur et réalisateur marocain revient avec un nouveau projet. Il s’intéresse désormais au théâtre et veut, à travers «ThéâtreCom», promouvoir les jeunes talents à Casablanca et dans tout le Maroc. Interview.

Saïd Naciri revient avec un nouveau projet pour promouvoir les jeunes talents à Casablanca et dans tout le Maroc. / DR

Vous avez organisé la semaine dernière une conférence de presse pour l’annonce de «ThéâtreCom». Quel en est l’objectif principal ?

L’objectif principal est de démarrer un projet de pièces théâtrales quotidiennes à Casablanca. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, les Marocains boudent le théâtre et ne se rendent plus dans les salles. De plus, au Maroc, on ne dispose pas de salles de spectacle pour présenter des pièces chaque jour. Nous avons des pièces théâtrales de qualité mais qui passent inaperçues, ce qui est dommage. Lorsqu’on mettra en place des représentations quotidiennes, ceux qui ne peuvent pas venir le jour même pourront s’y rendre le lendemain, par exemple. La salle de spectacle sera ouverte quotidiennement comme dans d’autres pays. Cela nous permettra de rétablir le pont entre le public et le théâtre. Les Marocains auront ainsi cette possibilité de s’y rendre en famille, n’importe quel jour de la semaine, pour regarder une pièce théâtrale.

C’est aussi un projet destiné à promouvoir les jeunes talents auprès du public marocain…

En effet. Le deuxième objectif de «Théâtre Com» est d’offrir de l’emploi à nos jeunes talentueux. A l’heure actuelle, la plupart des jeunes, lauréats de certains instituts, ou ont du talent, attendent sans trouver du boulot. On a un groupe de 15 personnes mais on sera bientôt 40 ou 50. Ces jeunes auront des salaires mensuels avec des avantages sociaux, comme c’est le cas en Europe. De plus, le fait de côtoyer d’autres jeunes et surtout des artistes et des comédiens de renom, à travers trois générations d’artistes, permettra à ces jeunes d’acquérir une expérience. Ils pourront par la suite innover chaque jour. C’est de la création d’emploi, puisque si 30 ou 40 personnes travaillant quotidiennement peut former une entreprise, alors cela encouragera l’apparition de nouvelles entreprises du même genre.

L’autre objectif qui me pousse à concrétiser un tel projet, c’est le fait de voir certains jeunes victimes de programmes télévisés purement commerciaux. Ils font venir des jeunes, se font de l’argent sur leur dos mais ne garantissent pas un avenir à ces talents.

Dans un théâtre, ces jeunes apprendront d’abord qu’il y a des spectateurs devant eux qui ont acheté des billets et sont venus avec leurs enfants, et qu’il faut donc qu’ils respectent ces spectateurs et leur donnent un rendu respectueux et à la hauteur.

Qu’en est-il du financement ? Sera-t-il personnel ou existe-t-il des sponsors pour vous soutenir ?

Le financement est personnel. Je suis le producteur du projet, avec le compositeur Mohamed Alaoui. On a conclu un contrat selon lequel je me chargerai de la partie «production artistique» et cela comprend aussi les salaires des artistes. Quant aux salles de spectacle et à leur ergonomie, ainsi que la promotion, toute cette partie sera assurée par M. Alaoui. Par la suite, les sponsors vont suivre quand ils verront qu’il y a un engouement pour le projet car ils dépendent bien évidemment de l’audience. Nous parions beaucoup sur la venue des gens, c’est ce qui est de plus important pour nous. Nous n’avons aucun intérêt à gagner de l’argent avec des salles vides. Le nombre de personnes compte beaucoup pour moi. Si chaque jour nous arriverons à faire venir 200 personnes assister à des pièces de théâtre, au bout d’un an, ce sont des milliers de Marocains qui se réconcilieront avec le théâtre.

Comment vous projetez-vous ?

Notre projection pour l’avenir est de voir d’autres gens s’intéresser à ce projet, surtout dans d’autres villes du royaume. Mon objectif n’est pas commercial ; il s’agit de développer cette idée au Maroc. Quand il y aura un théâtre dans chaque quartier de chaque ville, notre objectif sera amplement atteint. Il y a au Maroc des salles de spectacle qui sont fermées et que nous voulons ressusciter. Si demain on est contacté par une société pour un démarrage à Laâyoune ou Ouarzazate, on ne dira pas non.

Quant à la bande, j’espère qu’elle atteindra 100 personnes entre jeunes et artistes reconnus. Ce «ThéâtreCom» leur fera aussi de la promotion. Nous espérons aussi que la télévision pourra reprendre ces pièces et participer à la promotion de ces jeunes. Les travaux seront un mélange diversifié entre du drama, de la magie, du théâtre, de la danse… Plusieurs arts seront au rendez-vous.

Donc finalement, vous voulez réconcilier les Marocains avec le «père des arts»…

Bien sûr, c’est notre objectif. Les Marocains regardent des ouvrages adaptés à la télévision et ne les apprécient pas. Qu’est-ce qu’ils disent ? Qu’ils en ont marre de la télévision marocaine. Ils boudent donc la télé. Les Marocains aiment leur production nationale et donc automatiquement, quand ils regardent des productions en deçà de leur attente - dont nous connaissons tous les raisons -, ils coupent tout pont avec l’art.

A la télé, l’artiste ne contrôle pas son interprétation ou son travail artistique mais il y a d’autres facteurs et d’autres personnes qui le font avant que ça arrive à l’interlocuteur final. Le Marocain se fait donc une mauvaise image du comédien. Au théâtre, il découvrira une autre réalité. Nous voulons à travers le théâtre permettre au public de donner une deuxième chance aux artistes, de voir leur vrais talents. C’est cette réconciliation qu’on cherche à rétablir. Et en même temps, nous participerons à la formation d’une nouvelle génération d’artistes.

Pourquoi le théâtre justement ?

Le théâtre est spécial. Il permet à l’artiste de constater la réaction des spectateurs et d’être récompensé instantanément. En tant qu’artiste, tu peux rectifier sur scène, improviser, te perfectionner. Ce n’est pas un film à faire en boîte. Dans un théâtre, le public peut applaudir, rire, pleurer. Cette émotion est vécue par l’artiste aussi. Ce côté, seuls les personnes fans du théâtre le comprennent. Même les peintres ne se contentent plus de peindre et d’exposer, mais préfèrent peindre devant le public.

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