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Le Maroc a-t-il vraiment sa place dans la CEDEAO ?

Mohamed Ibn Chambas, ancien président de la Commission de la CEDEAO, appelle la Commission à clarifier ses critères d’adhésion en réponse à la demande du Maroc. Il suggère que le Maroc n’a pas sa place dans la Communauté Ouest-africaine.

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Mohamed Ibn Chambas, ancien president de la Commission de la CEDEAO / DR
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Une nouvelle pierre dans le jardin africain du Maroc. «Le Maroc a des relations très amicales, des relations économiques avec de nombreux pays de l’Afrique de l’Ouest, sinon tous, mais c’est aussi le cas de beaucoup d’autres pays. Alors la question devient : quels sont les critères d’adhésion à toute organisation régionale et quelle devrait être la réponse si un autre pays demande à rejoindre l’organisation ?», s’interroge Mohamed Ibn Chambas, président de la Commission de la CEDEAO de 2006 à 2009, dans un entretien accordé à WATHI, le think tank citoyen de l’afrique de l’Ouest publié le 4 août.

En juin dernier, la Commission de la CEDEAO a déjà accordé un "oui de principe" à la demande d'adhésion formulée par le Maroc en début d'année. Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU et chef du Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), Mohamed Ibn Chambas a été le dernier secrétaire exécutif de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) de 2002 à 2005 et le premier président de la Commission de la CEDEAO de 2006 à 2009. Il appelle aujourd’hui la Commission de la CEDEAO à apporter plus de clarté sur les critères d’adhésion à la CEDEAO.

A l’heure actuelle, ses textes ne l’envisagent même plus. En 1975, date de sa fondation, il définissait comme «"Etats membres" les États qui ratifient ce Traité et tout autre État de l'Afrique de l'Ouest qui y adhère». «Cette formulation trouvait tout son sens en 1975 où le défi à relever était d’élargir l’organisation aux États qui occupent l’espace géographique ouest-africain. Sur cette base, ces États ont adhéré à la CEDEAO à la date de sa création en 1975. L’élargissement n’a concerné que le Cabo Verde en 1976. La CEDEAO épuisait donc les contours géographiques régionaux, si bien que le membre de phrase "et tout autre État de l'Afrique de l'Ouest qui y adhère" ne figurait plus dans le Traité révisé de 1993. C’est le retrait de la Mauritanie en 2000 qui a relancé la question de l’élargissement de la CEDEAO à un État ouest-africain», explique Omorou Touré, professeur de droit, à la faculté de droit privé de l’Université des sciences juridiques et politiques de Bamako au Mali, dans une analyse publiee par l'Institut de l’Afrique de l‘Ouest. Depuis le départ de la Mauritanie et son refus de réintégrer la CEDEAO, il n’y a plus de continuité terrestre entre le Maroc et la Communauté, sinon via le nouvel accord de libre-échange entre la CEDEAO et la Mauritanie.

Faire le deuil de l'UMA ?

«Nous avons besoin d’un peu plus de réflexion, peut-être même de retourner au niveau de l’Union africaine afin d’analyser sa définition des régions africaines qui remonte au Plan d’action de Lagos. Ce plan définit les cinq régions, encourage l’intégration profonde entre ces cinq régions pour ensuite les fusionner en une union continentale», rappelle Mohamed Ibn Chambas dans son entretien récent. La Résolution CM/RES.464 (XXVI) du Conseil des Ministres de l'OUA divise l’Afrique fixe pour chacune de ces cinq Communautés Economiques Régionales les Etats qui la composent. Le Maroc, dans ce cas, appartient à la Région nord-africaine avec l’Algérie, l’Egypte, la Lybie, la Tunisie et la «RASD» et pas à l’Afrique de l’Ouest.

Rabat a bien conscience de cette contradiction. «Le Maroc a toujours considéré qu’il faut d’abord puiser sa force, dans l’intégration de sa sous-région maghrébine. Or, force est de constater que la flamme de l’UMA s’est éteinte, parce que la foi dans un intérêt commun a disparu ! […] Tandis que la Communauté Economique d’Afrique de l’Est avance dans des projets d’intégration ambitieux, et que la CEDEAO offre un espace fiable de libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, les pays du Maghreb sont, eux, à un niveau de coopération économique très faible. […] Ce constat conforte le Maroc dans son choix de l’Afrique», a justifié Mohammed VI lors de son discours du 31 janvier 2017, au 28e sommet de l’Union africaine. Si le Maroc a retrouvé dans l’Union africaine «sa famille institutionnelle», selon l’expression du roi, il tente à bousculer aujourd’hui son organisation.

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