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Sciences   Publié

Adnane Remmal, quand les vertus médicinales renforcent les antibiotiques

Le chercheur marocain a combiné les antibiotiques traditionnels aux huiles essentielles pour combattre la résistance des bactéries aux antibiotiques. Le magazine Science et Vie l’a suivi jusqu’à Fès.

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Adnane Remmal dans son laboratoire de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah à Fès. / Ph. DR

Les plantes aromatiques et les épices pour lutter contre la résistance des bactéries aux antibiotiques ? Il fallait y penser ; Adnane Remmal l’a fait. Le pharmacologue marocain, qui a reçu jeudi 15 juin le prix du public de l’inventeur européen de 2017 pour ses antibiotiques tirés de la nature, a convié avec lui une équipe du magazine Science et Vie à Fès pour confier quelques-uns de ses secrets.

«Les plantes aromatiques et les épices sont utilisés dans la culture marocaine depuis très longtemps, aussi bien pour leurs vertus médicinales, pour soigner des maladies, que pour la cuisine. C’est sûr que quelqu’un comme moi, avant même de devenir scientifique, est convaincu que dans ces plantes aromatiques, il y a des principes actifs intéressants», raconte le biologiste.

Les odeurs sont en fait des composés chimiques, des molécules spéciales d’huiles végétales essentielles. Les plantes s’en servent comme d’une arme pour lutter contre les bactéries et les parasites, explique Science et Vie.

«Une porte qui ne s’ouvre pas»

Adnane Remmal raconte comment il a été amené à se pencher sur ce phénomène de résistance :

«En 1988, j’ai rencontré des chirurgiens qui m’ont expliqué qu’ils réussissaient souvent des opérations très sophistiquées, mais qu’à la fin, les patients faisaient des infections nosocomiales avec des bactéries multirésistantes et qu’ils n’arrivaient pas à les traiter avec les antibiotiques qu’ils avaient à leur disposition. Ce jour-là, j’ai décidé de dédier toute ma carrière à essayer de combattre ce phénomène de résistance et trouver une solution.»

Adnane Remmal se met alors en quête d’une substance capable de renforcer l’effet des antibiotiques ; il la trouve dans le carvacrol, un composé chimique contenu dans la marjolaine, le thym et l’origan, entre autres. «La quantité d’huile essentielle que nous devions mettre, donnée à un patient, était un peu élevée. Il y avait beaucoup de risques d’avoir des effets secondaires. Alors nous nous sommes dit que si nous ne pouvions pas utiliser les huiles essentielles seules, nous les associerions avec les antibiotiques pour voir si nous pourrions obtenir une bonne synergie.»

Pour vulgariser sa découverte, le scientifique s’essaie à une comparaison astucieuse : «Les antibiotiques, c’est comme une clé qui va ouvrir une serrure. Si par contre un jour la bactérie subit une mutation qui fait que la clé n’entre plus dans la serrure, la porte ne s’ouvre pas et la bactérie devient résistante. Nous avons démontré que les huiles essentielles ne sont pas des clés qui ouvrent des serrures ; ce sont plutôt des gros marteaux qui cassent les portes.»

«J’estime que les maladies infectieuses sont les plus menaçantes dans le monde, particulièrement dans les pays en voie de développement. C’est la raison pour laquelle j’ai consacré mes recherches à ce problème», a déclaré le professeur lors de la remise du prix. Le traitement sera proposé à un prix abordable dans les régions à faibles revenus. Adnane Remmal espère donner le coup d’envoi de l’industrie pharmaceutique marocaine grâce à la fabrication de son «antibiotique boosté» comme le premier médicament développé et fabriqué dans le pays.

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