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Economie Publié

Libéralisation du dirham : Vers une dépréciation de la monnaie ?

Le flottement de la monnaie initialement prévu dans les prochains jours a rimé pour certains avec risque de dévaluation du dirham. Et pour cause, ces derniers jours ont enregistré une ruée des banques et des opérateurs économiques sur les marchés de devises. Un point déprecié par Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al Maghrib et pointé du doigt par l'économiste Najib Akesbi. Détails.

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"Il n'y aura pas de dévaluation du dirham" selon Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al Maghrib. /Ph. DR.

«Il n’y aura pas de dévaluation du dirham.» C’est ainsi qu’a répondu Abdellatif Jouahri, le wali de Bank Al Maghrib (BAM), hier lors d’une conférence de presse face à la panique qui a gagné certains opérateurs économiques à propos de la flexibilité du dirham, rapporte Médias 24. En effet, ils ont anticipé ces derniers jours les potentielles répercussions négatives de cette décision en achetant des devises sur les marchés. Il est à noter que Bank Al Maghrib parle de «flexibilité du dirham et non pas d’une libéralisation totale, mais bien partielle, de la monnaie», souligne l’économiste Najib Akesbi.

Cette réforme du système des changes annoncée pour la fin du mois de juin a effectivement rendu fébrile le secteur, ce dernier craignant une dépréciation du dirham et une mise en danger des banques. Une crainte pourtant tempérée par l’agence de notation financière internationale Fitch Ratings dans une étude rendue publique cette semaine, expliquant notamment que les banques marocaines encouraient très peu de risques. Or, le contraire semble se produire selon Najib Akesbi ; ce ne serait d’ailleurs que les prémices d’un processus qui s’avère mauvais pour l’économie du royaume.

La flexibilité du dirham mettrait l’économie marocaine en danger

«C’est une décision qui peut être grave et très dangereuse car les conditions objectives ne sont pas réunies et n’y sont pas propices», indique Najib Akesbi. Des conditions qui englobent notamment le commerce extérieur qui, selon lui, «est structurellement et lourdement déficitaire» au Maroc. Or, ceci constitue la principale source des réserves de change du pays. «D’après les statistiques élaborées ces dernières années, ces ressources sont soit stagnantes, soit en régression», poursuit l’économiste.

Najib Akesbi évoque le fait que «les réserves de change sont la vraie défense et l’arsenal de protection du cours du dirham. Or, lorsqu’il est libéralisé, tout tourne autour de ces réserves». Sauf que celles-ci sont aujourd’hui «insuffisantes» et compromettent ainsi le choix de Bank Al Maghrib. L’économiste d’ajouter : «Selon Jouahri lui-même, on aurait perdu 40 milliards de dirhams au niveau de nos réserves de change.» Malgré la partialité de la libéralisation du dirham et le maintient des fluctuations dans la limite autorisée, le déficit structurel enregistré permettra forcément un mouvement régressif et de dépréciation de la monnaie, d’après l’expert.

Une tendance qui pousse naturellement les entreprises et opérateurs économiques à demander plus de devises afin de sécuriser leurs opérations, ce qui contribuera «à une demande de devises supérieure à celle du dirham». Ces spéculations, selon Najib Akesbi, contraindraient Bank Al Maghrib à réagir pour ajuster le cours du dirham.

«Le problème, c’est qu’elle risque d’être vite dépassée. Pour maintenir le niveau du dirham, elle devra acheter du dirham avec des devises qui seront puisées dans les réserves de change.»

Une décision imposée par le FMI

Concernant le danger que présente cette pratique, le mouvement marocain Anfass Démocratique a publié un rapport le 5 janvier dernier qui mettait en exergue les impacts négatifs que pourrait engendrer le flottement de la monnaie. Selon l’enquête, ce choix a été fortement «recommandé» par des organisations internationales telles que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. L'association, qui a évoqué un éventail d'arguments prouvant l'inefficacité du processus, affirme son rejet de la libéralisation du dirham :

«Nous refusons les démarches qui stipulent la préparation dans les bureaux fermés de ‘réformes’ qui conditionneront la vie de nos concitoyens. Nous considérons que l’économie est d’abord un sujet politique et que la décision économique doit être subordonnée à l’approbation politique d’une manière démocratique.»

Un scénario semblable à celui qu’a connu l’Egypte est-il envisageable ? «On nous fait croire que ce n’est pas la même chose, que l’Egypte a dû subir tandis que chez nous, c’est volontaire. Mais si nous avions vraiment le choix, nous ne l’aurions pas fait maintenant puisque la situation n’est pas bonne», explique Najib Akesbi. L’économiste explique en l’occurrence que «cette flexibilité est un package qui est toujours et depuis longtemps imposé par le Fonds monétaire international».

Le scénario égyptien pourrait également se produire au Maroc dans le cas où les spéculations viendraient de l’étranger. En effet, «si les spéculateurs internationaux se mettent également à spéculer contre le dirham, toutes les réserves de change de Bank Al Maghrib ne suffiraient pas, sachant que ces réserves sont limitées et que la banque doit en garder pour acheter les produits de première nécessité, notamment». On perdrait dans ce cas là sur les deux tableaux : «D’un côté on aura épuisé une partie de nos réserves de change et de l’autre, on aura quand même déprécié et dévalué le dirham» conclut Najib Akesbi.

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