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Grand Angle

Les pro et anti Hirak du Rif face à face devant l’ambassade du Maroc à Paris

Les pro et anti Hirak du Rif ne s’opposent pas seulement dans les villes marocaines ou sur les réseaux sociaux. Une manifestation de solidarité avec le Rif devant l’ambassade du Maroc à Paris a vu débarquer des contre-manifestants sous le regard perplexe des policiers français mobilisés pour l’occasion, qui n’ont cependant pas eu à intervenir.

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Manifestants pro Hirak, devant l'ambassade du Maroc à Paris / Ph. Ghizlaine Badri - Yabiladi.com
Manifestants pro Hirak, devant l'ambassade du Maroc à Paris / Ph. Ghizlaine Badri - Yabiladi.com
Manifestants anti Hirak, devant l'ambassade du Maroc à Paris / Ph. Ghizlaine Badri - Yabiladi.com
Manifestants anti Hirak, devant l'ambassade du Maroc à Paris / Ph. Ghizlaine Badri - Yabiladi.com

Il est 18h pétante, devant l’ambassade du Maroc à Paris, où se sont retrouvés ce mercredi les sympathisants des «Insurgés du Rif», pour une manifestation pacifique. Face à eux, se tiennent «les défenseurs du Maroc» et de sa «souveraineté territoriale», venus s’opposer à la mouvance populaire qui a ébranlé la ville d’Al Hoceima il y a plus de 7 mois et qui s’est durcie depuis quelques semaines. Les CRS quadrillent la zone pour éviter les débordements, 3 camions de la Police nationale sont garés à proximité du lieu de la manifestation, prêts à agir en cas de tensions entre les deux camps.

Les slogans fusent de part et d’autres dans un brouhaha incompréhensible pour les passants. La cinquantaine de partisans du Hirak du Rif brandissent pancartes et affiches avec un message clair au profit de leurs compatriotes du nord : «Tous avec le Rif», «Il y a pire qu’une dictature : l’illusion d’une démocratie», «A bas l’impunité ! Justice et Liberté, la lutte du peuple marocain»…

A une dizaine de mètres, les opposants au Hirak sont également bien décidés à faire entendre leur voix. Agitant les drapeaux du Maroc sur fond d’hymne national, ils sont une trentaine à scander leurs messages : «Vive le Roi ! Le Maroc est notre pays», «Tous unis pour le peuple marocain». Certains d’entre eux soulèvent des portraits du roi Mohamed VI et des t-shirts imprimés avec la couverture du passeport marocain, fustigeant leurs voisins d’en face : «Traitres ! Voyous ! Vendus !».

Une liste de revendications

Si les manifestants pro Hirak justifient leur présence par rapport à ce qui s’est passé à Al Hoceima et l’incarcération de Nasser Zefzafi et de dizaines de meneurs du mouvement, la mort du marchand de poisson, Mohcine Fikri, disparu fin octobre 2016 broyé accidentellement dans une benne à ordures est évoquée en tant que «première étincelle de ce mouvement contestataire». «Nous avons été choqués par les circonstances de cette mort atroce. Il n’y a pas eu d’enquêtes réelles, les vrais responsables n’ont pas payé leur crime et le ministère de la Pêche maritime est le premier concerné. C’est la Hogra ! Après cela, l’Etat Marocain procède à 110 arrestations -dont des adolescents- suite au soulèvement du Nord. Il faut arrêter ce délire tout de suite», lance Said Sougty, membre du Secrétariat des organisations démocratiques marocaines de France. Rachid Oufkir, membre du Comité de soutien au mouvement rifain (Île-de-France) ajoute quant à lui :

«C’est une manifestation de solidarité. Nous nous sommes réunis avec une quinzaine d’associations pour appeler à la libération de ces prisonniers qui n’ont commis aucun délit. Ils réclament simplement des droits. Nous ne savons pas ce qui leur ait reproché. Il n’y pas d’institutions, ni d’applications de lois. C’est inacceptable!»

Les représentants des 15 associations sous l’égide de l'Association de défense des droits de l'homme au Maroc (ASDHOM) ont fait le déplacement pour faire part de leurs doléances. Said Fawzi, Président de l’ASDHOM fustige : «Depuis 1958, ces habitants n’ont vu que la répression et la marginalisation. Ils ne font qu’exprimer la volonté du peuple marocain qui désire de l’enseignement public, des établissements de santé et de réelles infrastructures au vu des richesses du pays. Il faut éliminer la corruption et la gestion des financements qui est défaillante. Toutes ces discriminations ne font qu’augmenter le sentiment de Hogra ! Et ça, nous n’en voulons plus.» 

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