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Société Publié

Spoliation immobilière : Les enquêtes avancent au lendemain du décès de Mohamed Rokni

Décès de Mohamed Rokni, impliqué dans l’affaire des 13 villas de Bourgogne spoliées par la mafia immobilière, élargissement de l’enquête relative à l’affaire Brissot et nouvelles condamnations à l’égard d’un autre membre de cette mafia : le point sur les actualités relatives à la spoliation immobilière à Casablanca.

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Photo d'illustration. / DR

Nouveaux rebondissements dans le cadre de trois affaires de spoliation immobilière à Casablanca. Mercredi matin, Mohamed Rokni, poursuivi dans le cadre d’une autre affaire de spoliation immobilière dans la capitale économique, a été retrouvé mort dans son appartement à Safi. Celui que certains médias qualifient de «milliardaire et premier investisseur dans la vile de Safi» aurait été tué par balle au moment où les versions divergent, entre l’hypothèse d’un suicide et celle d’un assassinat suite à un règlement de compte.

S’appuyant sur une source policière, nos confrères d’Alyaoum24 soutiennent la première : «Une lettre de la victime aurait été retrouvée à côté de son cadavre», indique le journal. Selon la source policière, Mohamed Rokni, 73 ans, «explique qu’il s’est suicidé notamment suite à sa condamnation pour faux et usage de faux prononcée par un tribunal à Casablanca». Une affaire suite à laquelle il aurait dû verser 3 millions de dirhams de caution au tribunal avant le 31 mars. Ce qu’on ne dit pas, c’est qu’il est une personnalité clé de la fameuse affaire des 13 villas spoliées, sises boulevard Bourgogne à Casablanca.

Mohamed Rokni, la «boîte noire de la mafia»

Son implication dans cette affaire nous a été confirmée mercredi par Mohamed Moutazzaki, président de l’Association des victimes de la spoliation immobilière (AVS). Dans une déclaration à Yabiladi, le président de l’AVS va même jusqu’à l’accuser de faire «partie de la mafia immobilière», rappelant qu’il est poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation.

«Son dossier a été présenté devant le juge d’instruction. Il est possible que ce soit un règlement de compte ou un suicide car il risquait la condamnation et la prison ferme. Les victimes, les témoins et les accusés sont en train d’être entendus dans le cadre de cette affaire.»

Une version soutenue par Maître Saïd Soualeh, avocat de certaines victimes dans le cadre de ladite affaire. «Mohamed Rokni était la boîte noire de la mafia, c’est lui l’instigateur de toutes les manigances qui ont été faites depuis le début», déclare-t-il. Ce dernier de revenir sur une affaire dont il est en charge depuis 2012. «J’ai été contacté par les victimes et j’ai déposé une plainte contre plusieurs personnes impliquées dans l’affaire, dont Mohamed Rokni ainsi que Mustapha Him», poursuit l’avocat qui pointe du doigt l’influence des personnes impliquées.

«C’est à cause de leur influence que le dossier avançait lentement, mais on a insisté jusqu’à ce qu’il sorte de l’anonymat. Il a comparu devant le procureur général avec Mustapha Him et [un certain] K. A. Plusieurs audiences ont eu lieu, dont celle du 15 mars dernier.»

Il faudra attendre la lettre royale adressée au ministre de la Justice et des libertés pour que les affaires de spoliation immobilière, présentées devant la justice marocaine, soient peu à peu dépoussiérées. Selon l’avocat, «lors de l’audience du 15 mars, Mohamed Rokni a été sommé de verser une caution de 3 millions de dirhams au plus tard le 31 mars, sinon il allait être écroué». «Malheureusement pour lui, j’étais présent lors de cette audience», commente-t-il avant de nous informer que K. A., ancien fonctionnaire de la justice également impliqué dans cette affaire, doit également payer une caution.

Et Saïd Soualeh de douter de la thèse du suicide de Mohamed Rokni. «C’est la boîte noire [de la mafia]. S’il parlait, il allait impliquer d’autres personnes qui sont toujours dans l’ombre. Je suis persuadé que c’est un règlement de compte. De toute façon, on a d’autres lapins dans nos chapeaux et disposons de documents pour impliquer ces personnes», conclut-il.

Elargissement de l'enquête relative à l’affaire Brissot

Si l’avocat de l’affaire des 13 villas de Bourgogne affirme que d’autres complices de la mafia immobilière à Casablanca seront arrêtés malgré le décès de Mohamed Rokni, de nouvelles révélations risquent d’impliquer davantage certains détenus, à l’instar de Mustapha Him. Avec l’élargissement annoncé de l’enquête judiciaire dans un autre dossier, des sources associatives nous apprennent qu’une personne impliquée dans le cadre de l’affaire Brissot, détenue à la prison Oukacha, aurait tenté de mettre fin à ses jours. Toutefois, une source que nous avons interrogée au sein de la Délégation générale à l'administration pénitentiaire et à la réinsertion dément ce jeudi cette information, affirmant que la prison casablancaise n’a connu aucun incident de ce genre la semaine dernière. 

Parallèlement et dans les annales des tribunaux casablancais, les choses avancent à grand pas avec notamment cet élargissement de l’enquête menée par la police judiciaire toujours dans le cadre de l’affaire Brissot. L'information a été portée à notre connaissance par l’avocat des victimes. Selon Maître Massaoud Leghlimi, «toutes les personnes impliquées de près ou de loin dans le dossier de l’affaire Brissot, notamment les témoins ayant comparu devant le notaire et d’autres personnes, sont concernées par l'élargissement de l’enquête». Il s’agit notamment du commissaire judiciaire, impliqué dans l'affaire des villas de Bourgogne, qui «était le liquidateur nommé par le tribunal pour le patrimoine de George et Olga Brissot», poursuit l’avocat.

«Il est certain que d’autres complices de Mustapha Him seront emprisonnés parce que ce monsieur ne travaillait pas seul. Il était forcément aidé par d’autres personnes. Tout individu ayant aidé, de près ou de loin, les membres de cette mafia spoliatrice sera identifié, jugé et condamné.»

L’affaire Brissot avait éclaté en 2007 lorsque la mafia immobilière à Casablanca avait détourné la succession du couple Brissot, nés au Maroc, à leur bénéfice. Il s’agissait notamment d’une magnifique maison de 3 400 mètres carrés, sise boulevard de la Corniche à Casablanca, évaluée à 103 millions de dirhams et nommée «Rêve de crabe». En 2012, Mustapha Him, promoteur immobilier, Redouane Khalfaoui, avocat, Lofti Benzakour et Belkacem Laghdaich avaient été arrêtés et condamnés à des peines de prison ferme. D’autres personnes auraient «rejoint la bande», nous affirme Me Leghlimi, qui cite notamment «le notaire Laarbi Mouktafi et d'autres complices», qui seraient «soit en état d’arrestation ou en liberté provisoire».

Karim Abdelghani reconnu coupable dans d'autres affaires

L’avocat cite aussi Karim Abdelghani, impliqué dans une autre affaire et accusé de «spoliation de plusieurs biens immobiliers entre autres, comme dans l’affaire Reig Mellili, l’affaire Casubollo, l’affaire Clayton ainsi que d’autres titres à Maarif, Bourgogne, Beauséjour et Hay Hassani», nous informe mercredi soir une source proche du dossier. L’accusé a été condamné mardi 28 mars à 12 ans de prison ferme et à une amende de 4 millions de dirhams dans le cadre d’une première affaire. Il aurait aussi été condamné à 8 ans de prison et à une amende de 100 000 dirhams le même jour dans une deuxième affaire, conclut notre source.

Document du tribunal de première instance de Casablanca faisant état de la condamnation de Karim Abdelghani. / Ph. DRDocument du tribunal de première instance de Casablanca faisant état de la condamnation de Karim Abdelghani. / Ph. DR

Enfin, une autre audience de Belkacem Laghdaich, condamné en février 2014 dans le cadre de l’affaire Brissot pour crime d’association de malfaiteurs, faux et usage de faux, escroquerie et abus de confiance, est programmée lundi prochain, 3 avril. 

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