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Moha Ikenne : «Tous les temps géologiques sont représentés dans toutes les régions du Maroc» [Interview]

Moha Ikenne, professeur de géologie à la faculté des sciences de l’université Ibn Zohr à Agadir, fait partie de l’équipe de scientifiques qui a révélé l'existence d'une nouvelle ère géologique dans l’Anti-Atlas. Interview.

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Moha Ikenne, professeur de géologie à la faculté des sciences de l’université Ibn Zohr à Agadir. / Ph. Moha Ikenne

Le Maroc est une terre propice aux découvertes pour les géologues. Le 14 mars, une équipe internationale de scientifiques, parmi lesquels le chercheur marocain Moha Ikenne, annonçait la découverte d’une nouvelle ère géologique dans l'Anti-Atlas.

Quelle est la découverte géologique que vous avez faite avec votre équipe ?

Moha Ikenne : Au Maroc, on connaissait le Paléoprotérozoïque (-2,5 milliards d'années à -1,6 milliard d'années) et le Néoprotérozoïque (-1 milliard d'années à -542 millions d'années). Jusqu’à présent, nous avions toujours pensé que l’ère de la Mésoprotérozoïque (-1,6 milliard d'années à -1 milliard d'années) n’existait pas au royaume. C’était dû à la mauvaise datation de certaines roches, que nous avions toujours attribuées au Néoprotérozoïque. Nous avons donc découvert une nouvelle ère géologique au Maroc.

En quoi cette découverte est importante ?

D’une manière générale, toutes les recherches et explorations minières se basent sur les données géologiques. Quand les investisseurs viennent pour faire de l’exploration minière, la première chose qu’ils demandent c’est de connaître la géologie de la région. Dans ce sens-là, le ministère de l’Energie et des mines avait lancé il y a une quinzaine d’années un plan pour cartographier le Maroc et accompagner les investisseurs qui s’intéressent au royaume.

Ph. Moha Ikenne

Combien de temps a duré votre recherche ?

Le travail en lui-même s’est étalé entre 2013 et 2015 dans la région d’Ighrem (province de Taroudant). Une équipe internationale (des scientifiques du Canada, de France et de Suède, ndlr) a contribué à la recherche. C’est dans un laboratoire suédois que les analyses ont été faites. Ensuite, il a fallu rédiger le travail puis l’envoyer à la revue The Journal of African Earth Sciences pour qu’il soit publié. Il a finalement été évalué par des experts anonymes pour déterminer s’il était scientifiquement publiable.

Que représente le Maroc dans le domaine géologique mondial ? Attire-t-il beaucoup de chercheurs ?

Le géologue et chercheur français Georges Schubert s’était installé au Maroc dans les années 40 et 50 pour faire des recherches (il a notamment jeté les bases de la géologie dans l’Anti-Atlas et établit les premières cartes, ndlr). «Le Maroc est le paradis des géologues», avait-il dit. Personnellement, je pense que tous les temps géologiques sont représentés dans toutes les régions du Maroc, le Sahara, l’Anti-Atlas, l’Oriental, etc. L’avantage pour nous, c’est qu’il n’y a pas de végétation, donc on peut tout voir. On peut suivre les affleurements sur des kilomètres et des kilomètres, contrairement à la végétation et aux forêts présentes en Europe. Le dernier point qui attire les chercheurs, c’est l’ouverture du pays et sa stabilité, ce qui est très important. Les Marocains sont ouverts, ils collaborent facilement, ce n’est pas le cas dans tous les pays.

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