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Société Publié

Histoire de l’immigration en France : Fillon a-t-il ruiné la réforme ?

Dans une vive diatribe parue dans le cadre du mouvement «pour un Aggiornamento des programmes d'histoire et géographie», Laurence de Cock, docteure en sciences de l'éducation, souligne l'influence de François Fillon dans la réduction de la place accordée à l'enseignement des migrations à l'école ces dernières années.

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Annie Genevard, à gauche de François Fillon, est désormais chargée de l'éducation auprès du candidat à la présidentielle. / Ph. Albert Facelly, Libération

François Fillon, l’ex-futur président de la République française mais toujours candidat à l’élection, est-il responsable de la réduction de l’enseignement de l’histoire de l’immigration à l’école ? Laurence de Cock, professeur d’histoire-géographie à Paris et docteure en sciences de l’éducation, tacle le député dans un pamphlet sur les programmes d’histoire-géographie dans la réforme du collège entrée en application en septembre dernier en France.

En 2005, «François Fillon (oui, déjà) [il était alors le ministre de l’Education nationale de Jacques Chirac, ndlr] avait supprimé le Conseil national des programmes considéré comme une trop lourde ingénierie», rappelle-t-elle. Il l’avait alors remplacé par le Conseil supérieur des programmes qui «devait apparaître comme le lieu du consensus, mêlant universitaires, Inspection Générale, enseignant.e.s de tous les cycles, représentants de la société civile et même… six parlementaires avec un souci d’équilibre entre la droite et la gauche. […] Il faut souligner d’emblée le paradoxe de la création d’un conseil supposé indépendant du politique dans lequel sont introduits des parlementaires», souligne aujourd’hui la professeure.

Parmi les députés qui intègrent à l’époque le CNP, il y a «Annie Genevard, aujourd’hui chargée de l’éducation auprès du candidat Fillon». Annie Genevard, députée Les Républicains (LR) du Doubs, s’est justement fait connaître pour son opposition à la réforme des programmes voulue par Najat Vallaud-Belkacem, actuelle ministre socialiste de l’Education nationale. Elle a même démissionné du CNP pour manifester toute son opposition aux réformes de la ministre et reste encore aujourd’hui l’une de ses plus grandes opposantes.

«Un exemple parmi d’autres»

En apparence, la reforme socialiste est passée malgré l’opposition fervente de la droite, en particulier d’Annie Genevard.  En apparence seulement, parce que les enseignants chercheurs et militants d’une meilleure intégration de la question migratoire dans les programmes scolaires sont restés sur leur faim. Benjamin Stora, président du conseil d’orientation de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, à Paris, a été le premier à s’affliger de «la faible place de l’immigration dans les nouveaux programmes». «J’ai beau chercher la mention d’une ‘histoire de l’immigration’ dans les programmes d’histoire de 3e, elle n’apparaît qu’une seule fois, et encore, pas comme une thématique à part entière mais comme une entrée possible, presque un exemple parmi d’autres», expliquait-il au Monde quelques semaines après la publication des nouveaux programmes.

Dans sa diatribe, Laurence de Cock révèle en effet que les tenants du roman national qui fait place aux grandes figures historiques plutôt qu’aux mouvements de populations ont réussi à influer sur la rédaction des programmes de l’intérieur via le CNP. Une proposition avait été faite, en effet, qui offrait de traiter les migrations à travers un thème entier au cycle 3. «Cette proposition pourtant d’une grande pertinence pédagogique, adossée aux renouvellements récents de l’historiographie n’a pas passé le cap de la première lecture. La plus forte opposition vint du côté des parlementaires de droite, Annie Genevard notamment qui la trouvait ‘trop idéologique’», se souvient-elle.

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