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Société   Publié

Success stories de réfugiés syriens au Maroc [Reportage 1/2]

Après le reportage sur les réfugiés irakiens, Yabiladi se penche cette fois-ci sur les parcours de vie de quatre réfugiés syriens, installés au Maroc depuis quelques années. Reportage.

Temps de lecture: 3'
Le parcours de vie de quatre réfugiés syriens installés au Maroc depuis quelques années. / Ph. Sarah Mokadader

Hussam Eddine, Diyaa Kheir-Eddine, Mohamed Al Smiti et Lutfi Mohamed ont trouvé refuge au Maroc pour fuir les ravages de la guerre en Syrie. Loin des préjugés véhiculés sur les réfugiés, les trois hommes ont réussi à s’adapter à la société marocaine et à s’y faire une place petit à petit.

Diyaa Kheir-Eddine arbore un grand sourire, ses grands yeux verts pétillent de malice. Il raconte avec beaucoup de sérénité son histoire. Sa force première : la patience. Il insiste beaucoup dessus. Il a débarqué au Maroc, à pied, en rentrant clandestinement d’Algérie le 1er janvier 2014. Avec sa femme et ses deux enfants en bas âge, il est reparti de zéro. «Quand je suis arrivé au Maroc, c’est comme si j’avais commencé à -100, je n’avais rien. J’ai tout laissé derrière moi», confie-t-il. Et pour cause, il était à la tête d’une grosse entreprise de chaussures en Syrie. Ses clients se répartissaient dans le monde arabe : «Je travaillais avec des gens d’Arabie saoudite, de Russie, de Libye et d’Algérie», précise l’entrepreneur de 37 ans. «Ma société était connue dans le Proche-Orient», ajoute-t-il.

Dur labeur et courage

Le natif de Damas (sud-est) s’est retroussé les manches : «Je suis spécialisé dans la confection de chaussures depuis une vingtaine d’années, ça m’a été transmis de père en fils», raconte-t-il. «Au début, je pouvais enchaîner 18 à 20 heures de travail par jour. J’habitais à 20 kilomètres de Casablanca, donc j’avais deux heures de trajet à faire en plus de ça», se remémore-t-il. Petit à petit, sa persévérance a payé et il a commencé à embaucher des personnes dans son local à Derb Sultan, à Casablanca. «La patience a fini par payer», souffle-t-il dans un sourire.

Ph. Sarah Mokadader

En janvier dernier, son effort a été récompensé par un prix décerné par l’Association marocaine d’appui à la promotion de la petite entreprise (AMAPPE). Ce n’est pas la récompense financière qui le rend fier, mais celle de son dur labeur : «Parce que j’ai accompli quelque chose», dit Diyaa Kheir-Eddine. L’AMAPPE avait accompagné l’entrepreneur en finançant des machines pour son usine de chaussures. «Ça nous a fait gagner du temps», souligne-t-il.

Mohamed Smiti, lui, se veut philosophe : «Pour tout commencement il y a une fin, et pour toute fin un commencement.» Amateur de mots, il a la poésie dans le sang et n’hésite pas à partager des vers qu’il écrit dès que l’occasion se présente. Ce natif de Deraa (sud-ouest) a laissé toute sa famille en Syrie, à Damas. «Ma femme et mes cinq enfants sont là-bas», confie le Syrien. Il ne s’étend pas trop sur le sujet, sans doute trop touché par l’éloignement de ses proches. «Je suis en contact quotidien avec eux grâce aux réseaux sociaux», dit-il.

Depuis une trentaine d’années, l’amateur de jolies phrases œuvre à l’écriture : «Tout ce qui a un rapport avec le verbe, j’y travaille», confie-t-il avec un grand sourire. Fier de ses nombreuses casquettes, il se dit ancien directeur de publication d’un magazine, écrivain, romancier, poète et scénariste, entre autres. Ses écrits l’accompagnent dans une sacoche qu’il garde près de lui comme un talisman. Il est installé depuis deux ans au Maroc : «Je me sens dans mon pays», assure-t-il.

Amour à distance

Hussam Eddin, 30 ans, est installé au royaume depuis l’été 2008. Il est venu pour continuer son doctorat en langue arabe à l’université Sidi Mohamed Ben Abdellah à Fès. L’année d’après, il s’est marié avec une Syrienne. Celle-ci a été contrainte de retourner en Syrie en 2015 pour des papiers : «pour son visa, ses études et notre mariage», précise le trentenaire.

Le Syrien a le regard qui brille en évoquant sa femme. Cette dernière s’est retrouvée bloquée à Alep et n’arrive toujours pas à rejoindre son mari. «Je me suis dit, soit j’abandonne, soit je trouve une solution», dit-il. Il s’est battu coûte que coûte et a finalement trouvé un poste de professeur. «Avec la guerre et la crise, la communication avec l’université a été interrompue. Nous n’avions plus de bourse», indique le natif d’Alep. Optimiste, Hussam Eddin insiste toutefois sur l’importance de s’adapter aux contingences de la vie : «Se plaindre n’est pas la solution», dit-il. Désormais, il enchaîne les cours : «J’ai beaucoup d’opportunités, je suis serein pour l’avenir», confie-t-il.

Le dernier témoignage est celui de Lutfi Mohamed, installé à Kénitra depuis trois ans et trois mois. Il a son propre magasin de vêtements. Dès notre arrivée dans son local, il nous montre la page Facebook de son entreprise : «Nous avons plus d’un million de like», confie-t-il avec fierté.

Père d’une famille nombreuse, il a quatre filles et deux fils. L’un d’eux est en Allemagne. «Il n’a pas pu venir avec nous parce qu’il devait effectuer le service militaire obligatoire en Syrie. Un jour, un missile s’est abattu près de la maison où il habitait, donc il a dû fuir en Europe», raconte-t-il. Malgré les difficultés lors des premiers mois de l’installation de ce natif de Deraa au Maroc, il a persévéré. Il s’estime aujourd’hui satisfait de son intégration dans le royaume.

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