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Société Publié Le 01/03/2017 à 20h38

Enquête : Les acquis des élèves du tronc commun, énième preuve de l’agonie de l’école marocaine

Le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) a présenté mercredi l’enquête de son instance d'évaluation sur les acquis des élèves du tronc commun. Des chiffres, pointant du doigt des carences dans les acquis linguistiques et mathématiques, qui inquiètent encore plus que l’état de l’école primaire. Compte-rendu.

Omar Azziman, président du CSEFRS avec Rahma Bourqiya et Mohammed Jbilou, mercredi 1er mars à Rabat. / Ph. Yabiladi

Malgré les dénégations de certains responsables, les maux de l’enseignement et de l’école publique au Maroc se confirment. Mercredi, après les avertissements des ONG et les mises en garde des médias, le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) a tiré, lui aussi, la sonnette d’alarme quant aux acquis des élèves. Lors d’une conférence de presse pour la présentation des résultats du Programme national d’évaluation des acquis des élèves (PNEA), Omar Azziman, président du CSEFRS et Rahma Bourqiya, directrice de l'Instance nationale d'évaluation (INE) au sein du conseil, ont reconnu que «l’enseignement au Maroc est en danger». A l’origine de ce constat amer, les résultats alarmants du PNEA.

Evaluation standardisée et instrument de mesure, à la fois, des acquis des élèves et du rendement interne du système éducatif, ledit programme se veut aussi un dispositif d’évaluation accompagnant la mise en œuvre de la Vision stratégique 2015- 2030 du CSEFRS. Menée en mai 2016 sur 34 109 élèves dont 1 757 adolescents issus de l’enseignement privé, en plus des réponses de 4 606 professeurs, l’enquête a concerné les élèves du tronc commun. Une étape importante dans le parcours scolaire puisqu’elle intervient après 9 ans passés sur les bancs de l’école. Mais les premiers résultats de ce sondage ne laissent aucun doute sur la situation catastrophique de l'enseignement, au point que Rahma Bourqiya n’a pas manqué de souligner que certaines révélations méritent d'être analysées de très près.

Enquête du PNEA des élèves du tronc commun : Des chiffres qui inquiètent

Dans un premier temps, les données révèlent que les trois quart des élèves du tronc commun sont âgés de plus de 15 ans et donc dépassent l’âge légal pour ce niveau. 38% de ces élèves ont redoublé au moins une fois au cours de leur cursus alors que un cinquième (19%) des élèves a suivi sa scolarité primaire dans une école privée et 12% dans un collège privé.

Selon les déclarations des directeurs d’établissements, 98% des élèves du tronc commun sont issus de ménages pauvres et des couches moyennes. L’enquête révèle aussi que les pères d’un tiers des élèves n’ont jamais été scolarisés contre plus de la moitié (52%) pour les mères, et qu’un quart des élèves habite dans un logement «précaire». Elle conclut que l’aspect socioéconomique a un impact non négligeable sur les acquis des élèves mais pas que, dans la mesure où les caractéristiques des enseignants et des établissements y jouent aussi un rôle.

D’ailleurs, en évoquant les professeurs, l’enquête pointe du doigt le manque voire l’absence de formation initiale adéquate pour les enseignants. Selon les résultats, un cinquième des élèves a des enseignants en arabe, histoire géographie, physique-chimie et en sciences de la vie et de la terre qui n’ont pas reçu de formation initiale. Pire, plus de la moitié des élèves (60%) ont des enseignants qui n’ont bénéficié d’aucune formation continue au cours des cinq dernières années.

Carences dans les acquis linguistiques et mathématiques

Le PNEA2016 a ciblé les quatre troncs communs du cycle secondaire qualifiant, à savoir le tronc commun «Lettres et sciences humaines», celui des «Sciences», le tronc commun «Technique» et première année du cursus «Enseignement originel». L’étude démasque les faibles acquis des élèves s’agissant de plusieurs matières enseignées, notamment les mathématiques et les langues.

Par tronc commun, les élèves du tronc commun public «Lettres» n’ont pas d’acquis solides notamment en matière des compétences linguistiques. Ils enregistrent un niveau en arabe classique qui reste loin de la moyenne de 11 points et le niveau en langue française le plus bas avec 23% seulement des objectifs atteints au niveau national dans l’enseignement public. Les acquis des élèves des établissements publics et privés sont faibles, avec une légère différence en faveur du privé, particulièrement en français, poursuit l’étude selon qui, excepté la langue française, les élèves de l’enseignement privé ne sont pas mieux que leurs camarades de l’école publique.

Quant au tronc commun «Sciences», Rahma Bourqia qui présentait les résultats, se contente d’affirmer que les scores sont très inférieurs, avant de souligner que «contrairement aux attentes, il n’y a pas de différences entre les milieux urbain et rural vu que les résultats restent très proches». Petite distinction toutefois pour le tronc commun «Technique» où les scores restent proches de la moyenne générale selon l’étude. Mais grosso modo, les résultats qui poussent à conclure l’existence aussi d’un sérieux problème d’orientation, montrent des carences dans les acquis linguistiques et mathématiques.

«La réforme ne peut se faire dans des semaines ou des mois»

Rahma Bourqia ne manque pas, à la fin de son intervention, de mettre en relief les «incohérences entre les objectifs des manuels et le niveau des acquis des élèves», en concluant que les résultats mettent en charpie le prestige de l’attestation du baccalauréat dans notre pays. «Mais ces résultats, qui constituent l’accumulation de plusieurs dysfonctionnements et problèmes, n’ont pas de rapport avec un ministère mais toute une société, ce qui nécessite une mobilisation nationale pour remettre l’école sur les rails de la réforme», tempère la responsable.

Juste après son intervention, Omar Azziman reprend la parole pour insister sur le fait que «les résultats restent loin du niveau espéré». «Le but n’est pas de choquer l’opinion publique mais les problèmes nécessitent un diagnostic pour les déterminer. Ces dysfonctionnement doivent être surmontés, problème après problème (…) pour arriver à l’école dont nous rêvons, une école de l’égalité des chances, de la qualité et de l’ascension individuelle et sociale», précise-t-il. Le président du CSEFRS a tenu, à la fin de la rencontre, à blanchir son conseil de toute accusation quant à une éventuelle recommandation pour mettre fin à la gratuité de l’enseignement au Maroc. Il a aussi insisté sur le fait que «la réforme ne peut se faire dans des semaines ou des mois».

Un message censé réconforter ceux qui décrient depuis plusieurs années l’agonie de l’école marocaine. Mais concrètement, en attendant les effets de la réforme et la Vision stratégique 2015-2030, l’école publique aura échoué dans sa mission principale consistant à construire de nouveaux savoirs et savoir-faire et ce, pour plusieurs générations d’élèves.

7 commentaires
Krim
Date : le 03 mars 2017 à 09h09
Charles a raison, ceux qui ont imposé la campagne d’arabisation dans l’enseignement envoyaient leurs enfants et leurs petits-enfants dans des écoles de mission Française ou espagnole.
Hamid
Date : le 03 mars 2017 à 07h54
"J’ai été appelé par Sa Majesté à contribuer à resserrer les liens culturels entre l’Occident et l’Orient." .Charles André Julien Le Maroc n'est pas l'Orient (!) Rien que cette phrase condescendante, tiré de cet article aux relents paternalistes nauséabonds, décrédibilise complètement ce personnage.
Krim
Date : le 02 mars 2017 à 13h30
Charles André Julien sait de quoi il parle. http://www.elhyani.net/catastrophe-de-leducation-au-maroc-une-historien-francais-avait-tout-prevu-il-y-a-50-ans/
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