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Société Publié Le 17/02/2017 à 20h00

Maître Abdelhak Benabdeljalil : «Bras de fer» entre la famille et le Barreau de Casablanca [2/3]

A travers une série de trois volets, Yabiladi revient sur l’histoire d’Abdelhak Benabdeljalil, avocat, mécène, diplomate, ami de feu le roi Hassan II et de plusieurs personnalités politiques et artistiques. Dans ce deuxième volet, le récit d’un «bras de fer» opposant les Benabdeljalil au Barreau de Casablanca.

Décédé dans la nuit du jeudi 11 au vendredi 12 mars 1999 à Casablanca après une vie pleine de panache, Maître Abdelhak Benabdeljalil a laissé derrière lui un héritage inextricable et, désormais, un «bras de fer» opposant sa famille au Barreau de Casablanca. Au lendemain de son décès, sa femme Amina et ses deux enfants, Aicha et Mohamed Othmane, ont crié au scandale, pointant du doigt l’absence d'inventaire de son cabinet, notamment. Ils accusent depuis le Barreau de Casablanca d’avoir liquidé son cabinet sans aucun inventaire.

«L’inventaire du cabinet est le minimum syndical qu’il aurait fallu faire au lendemain du décès de mon père. Il aurait dû se faire en concertation avec les héritiers. Au lieu de ça, ils sont venus et ont pris tout ce qu’ils pouvaient prendre», nous confie-t-il. «Ils se sont servis», finit-il même par lâcher. «Ils» ? Les avocats du Barreau de Casablanca, autrefois amis intimes du célèbre avocat.

Le cabinet du feu Maître Benabdeljalil est abandonné depuis son décès. / Ph. Yabiladi

Un inventaire du cabinet qui n’a jamais eu lieu

«Quelques temps après le décès de mon père, j’ai constaté que son cabinet avait cessé toute activité. On m’a mis la pression pour que je cède gracieusement à un avocat qui travaillait pour un confrère ami de mon père, mais j’ai refusé», raconte-t-il. D’après Mohammed Othmane, c’est sa mère qui aurait «approuvé la nomination d’un liquidateur». Mais le Bâtonnier et le Conseil de l’ordre de Casablanca «n’ont procédé à aucun inventaire préalable à la nomination du liquidateur».

Résultat ? «Ça a ainsi rendu possible le détournement des dossiers du cabinet, et impossible la valorisation du cabinet», soutient l’héritier d’Abdelhak Benabdeljalil.

«Le cabinet d’avocat de mon père a cessé toute activité un an après son décès mais, jusqu’à ce jour et malgré de nombreuses pressions, j’ai toujours refusé de le céder. Il est fermé depuis et les principaux dossiers ont été détournés.»

Depuis ce premier affrontement entre la famille et le Barreau de la capitale économique, il va sans dire que les rapports entre les avocats casablancais et la famille de leur ancien confrère ne sont plus au beau fixe. «Depuis, les avocats de Casablanca et d’ailleurs me sont hostiles», assure le cadet de la famille. Sa mère et sa sœur corroborent cette version.

Le cabinet du feu Maître Benabdeljalil est abandonné depuis son décès. / Ph. Yabiladi

Un cabinet «pillé et dépouillé» et des répercussions qui perdurent

Contactée par notre rédaction, Amina El Fayache Benabdeljalil, visiblement exaspérée par ce «bras de fer» qui dure depuis plusieurs années, épingle les avocats. «Ils n’ont pas respecté les procédures et le cabinet a été pillé et dépouillé. On a beaucoup souffert de cette histoire», lance-t-elle sèchement.

«J’ai envoyé plusieurs lettres que j’ai adressées au Bâtonnier de l’époque, sans aucune réponse. A chaque fois qu’on avait recours à des avocats pour des affaires - un locataire qui ne payait pas le loyer par exemple -, il y avait obstruction puisqu’ils se connaissent tous. Entre le fait de prendre comme client la famille Benabdeljalil ou se mettre à dos le Bâtonnier de Casablanca, leur choix était vite vu.»

Même son de cloche chez Aicha Benabdeljalil, la sœur aînée de Mohamed Othmane, elle aussi consternée par l’attitude des avocats concernant l'affaire de l'entreprise Picmar. «On a vu plusieurs avocats : le premier a pris le dossier et n’a rien fait. On est partis en voir un deuxième qui a fait semblant d’engager une procédure. Au final, un an plus tard, il nous a rendu un dossier vide», dit-elle. «On a donc compris qu’il y avait soit un souci avec les avocats de Casablanca ; soit que les adversaires étaient très puissants. Un troisième avocat n’a fait que brasser du vent alors qu’un quatrième, qui semblait motivé par nos dossiers, a complètement disparu des radars quelques jours plus tard», poursuit-elle.

Les versions que livrent les trois membres de la famille Benabdeljalil, pourtant «fâchés entre eux» suite à une affaire d’héritage, convergent. Vice de procédure ou anguille sous roche ? Nous avons posé la question à un avocat casablancais : «Il y a normalement une procédure à effectuer. Quand un avocat décède, le Bâtonnier nomme un liquidateur pour liquider les dossiers en cours. Le liquidateur reçoit les clients du cabinet et les conseille», nous explique-t-il.

Le cabinet du feu Maître Benabdeljalil est abandonné depuis son décès. / Ph. Yabiladi

Ce qu’en pensent les avocats casablancais

Les clients disposent alors de deux options : «Soit ils récupèrent leurs dossiers pour aller voir un autre avocat, soit ils acceptent que le liquidateur et les avocats du cabinet qui travaillent pour le compte de l’avocat décédé s’occupent de la procédure jusqu’à la fin du procès.» Sur le volet financier et dans le cas d’un dossier en cours, le cabinet doit continuer à percevoir ses honoraires et régler ses charges. «Le montant final doit être réparti entre les héritiers», précise l’avocat casablancais.

Qu’en est-il du cabinet de Me Benabdeljalil ? Notre source ne semble pas avoir toutes les cartes en main pour avancer une hypothèse plausible : «Grand ou petit revenu ? Je n’en sais rien. Feu Me Benabdeljalil n’avait pas d’associés, que des assistants et des avocats qui travaillent pour son cabinet. Il n’y avait que lui qui suivait les dossiers des gros clients et percevoir les honoraires.»

L’homme de loi de nous rapporter les bruits qui courent sur le fameux cabinet : «Le lendemain du décès, il y avait un comptable qui travaillait au cabinet. Il me semble que le liquidateur désigné travaillait en tant que collaborateur de feu Abdelhak Benabdeljalil et que les grands clients avaient retiré leurs dossiers pour les confier à d’autres avocats.»

Face aux versions de la famille, l’avocat apporte quelques précisions. «Le cabinet avait le droit de réclamer ses honoraires sur le travail réalisé par maître Benabdeljalil avant sa mort. Or, c’est en principe aux héritiers de voir avec le liquidateur et de s’informer de ce qu’il avait fait», nous répond-t-il.

«Chaque avocat dispose normalement d’un registre sur les affaires en cours, la nature de la procédure, les interventions. La famille dispose-t-elle de ce registre ?», s’interroge notre source, estimant qu’«on ne peut pas venir affirmer qu’il n’y a que des escrocs au Barreau de Casablanca et que les avocats l’ont arnaqué et spolié». «Il faut avoir des preuves et faire attention puisque cette affaire concerne des avocats et des institutions chargées de gérer des affaires», prévient-il.

Toutefois, le flou qui subsiste sur feu maître Benabdeljalil entoure également d’autres pans de sa vie, à l’instar de l’entreprise Picmar, dont il était actionnaire, de ses comptes bancaires à l’étranger ou de l’immeuble casablancais qu'il louait (et loue toujours) à l’ANAPEC, entre autres. Pour ne rien arranger, aujourd’hui, sa famille est déchirée entre un fils d’un côté et une mère et une sœur de l’autre qui s’accusent mutuellement de «spoliation».

Article modifié le : 20 .02.2017 à 11h55
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