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Société Publié Le 14/02/2017 à 19h30

Education : Les nouveaux enseignants dispensent leurs premiers cours après une formation de... 5 jours [Billet]

Ce lundi, le ministère de l’Education nationale vient d’injecter du sang neuf dans l’école publique, notamment primaire. Toutefois, les nouveaux enseignants, n’ayant bénéficié que d’une semaine de formation, devront dès ce mardi dispenser leurs premiers cours. Cette rustine un peu tardive réussira-t-elle à sauver l’année scolaire et l'école publique déjà bien mal en point ?

Photo d'illustration. / DR

Face à une école publique marocaine en difficulté, des élèves pénalisés et une année scolaire qui s’annonçait blanche, le ministère de l’Education et les services compétents n’ont pas bayé aux corneilles. Après moult tractations, consultations et appels de détresse, le département de Rachid Belmokhtar avait annoncé que ses académies régionales d’enseignement et de formation (AREF) organiseront des concours pour fournir 11 000 postes d’enseignants. Ils s’ajouteront à ceux consacrés par la Loi de finance de 2016.

Ce qui fut au départ un soulagement s’est mué en déception, puis en un flot d’indignations : et pour cause, la décision n’a été prise qu’en novembre, soit deux mois après le début de l’année scolaire. Les enseignants, eux, ne regagneront leurs nouvelles classes qu'en février. Certains qualifient cette initiative de bouée de sauvetage pour l’année scolaire. D’autres n’y voient qu’une énième tentative d’achever l’école publique. Finalement, ce sont ces derniers qui pourraient avoir raison : le ministère, et avec lui les services compétents, n’a fait que peigner la girafe.

La recette magique pour achever son système éducatif en quelques étapes...

Dans le détail, les choses s’éclaircissent lorsqu’on trace la chronologie de cet échec annoncé. L’année dernière, alors que l’ensemble des données démographiques prévoyaient l’arrivée, cette année, de 561 606 élèves en première année de l’enseignement primaire, le gouvernement avait choisi d’«amadouer» les enseignants-stagiaires. Le bras de fer s'était alors déclenché à cause de deux décrets ministériels, adoptés en juillet 2015.

Le premier (n° 2.15.5882) avait mis un terme à l’intégration automatique des concernés dans la fonction publique après la fin de leur période de formation, alors que le deuxième (n° 2.15.5889) avait réduit de plus de moitié leur bourse mensuelle, passant de 2 454,51 dirhams à seulement 1 200. Protestations et répressions étaient alors au menu. Le gouvernement les avait même menacés d’inaugurer une année blanche - et, il faut l’admettre, avait trouvé un certain plaisir à les violenter.

C’est alors que des mains invisibles sont intervenues pour mettre fin au désaccord entre le gouvernement et les futurs enseignants. On parlait alors de recrutement définitif dès janvier 2017 mais, avant cela, de la mise en place d’un concours de recrutement en décembre 2016. On fait croire aux enseignants stagiaires qu’il ne s’agit que d’une simple formalité. On les invite ensuite à regagner les bancs des centres de formation, de rester zen et d’attendre leurs bourses.

Dès la rentrée scolaire, on reprend les mêmes procédés, à commencer par obliger certains de ces futurs stagiaires à redoubler l’année, sous prétexte qu’ils n’ont pas réussi leurs formations initiales et on coupe les vivres à d’autres pendant quelques mois. Arrivés au concours, on ne retient pas tout le monde. Encore de l’improvisation, du recrutement à la va-vite et du remplissage de postes. On privilégie des candidats venus de tout horizon mais pas ceux issus de l’enseignement.

Et le futur de toute une génération en bonus

Ce lundi, plusieurs milliers de futurs enseignants ont regagné leurs écoles au niveau des différentes académies du royaume. Une mesure qui, en tout bien tout honneur, devra mettre fin à l’entassement dans les classes de l’école primaire. Mais à quel prix au juste ? Plusieurs sources concordantes nous affirme ce mardi que la majorité des futurs enseignants n’ont suivi qu’une formation de… cinq jours.

«On a accueilli lundi cinq nouvelles recrues qui affirment avoir suivi une formation d’à peine une semaine avant de regagner leurs nouveaux postes. Ils sont concernés, tout comme nous d'ailleurs. On leur a donné la moitié de nos classes et nos fiches de cours», nous confie cette professeure d’enseignement primaire à l’académie de Marrakech. Ce sont malheureusement les élèves qui inquiètent cette institutrice qui, tout comme d’autres enseignants, reste sceptique. «On n’est pas sûr que les élèves s’adaptent à ces changements de rythme et professeurs, surtout qu’un semestre vient de s’écouler», nous déclare-t-elle. C’est en effet les élèves qui paieront chers des prises de têtes aux conséquences dévastatrices, des calculs politico-politiciens au détriment des enfants du peuple et les différentes secousses telluriques d’un système éducatif défaillant qui connaît ses derniers jours.

Finalement, l’éducation au Maroc tombera de Charybde en Scylla tandis que l’école publique va à vau-l'eau. Une réalité que ni les plans d’urgence, ni les baguettes magiques qu’on utilise et réutilise à longueur d’année comme énième rustine, ne réussiront à modifier.

3 commentaires
Unesuggestion
Date : le 15 février 2017 à 13h56
Une partie de la solution existe et est déjà connue de tous: Effectuer l'alphabétisation en darija dégagerait énormément de ressources. Mais voilà: Ils semblerait que ce soient les mêmes forces obscures , qui freinent et bloquent les bonnes volontés dans tous les domaines de la formation. Pour accompagner le développement technique apporté par l'installation de centres de production au Maroc, le Maroc doit disposer de citoyens à la formation solide, donc d'une infrastructure de formation, solide et sans faille à tous les niveaux. Plus: Pour fonctionner, le développement technique ( je continue sur cet exemple) a aussi besoin d'une infrastructure dans tous les domaines de la société, en quelque sorte un socle solide qui permet de bâtir des étages. Et ça urge: Ceux qui sont alphabétisés maintenant seront pleinement productifs dans 15-20 ans. L'enseignement et la formation technique devraient être une priorité nationale , afin de profiter de l'effet d’entraînement produit par les investissements techniques. On nomme cet effet "fertilisation croisée". C'est une mécanique de développement qui marche partout dans le monde. Je vais donner un exemple (les nombres aussi sont des exemples, tout comme les langues du bled. Ça ne veut pas dire qu'on part de rien: C'est juste pour expliquer le principe.): Une simple pompe et l'adduction d'eau, un besoin indispensable et universel. Un village achète une pompe. - Pour entretenir la pompe , il faut former 2 personnes du village, comme opérateurs . Il faut donc trouver 2 personnes qui savent lire, ont une capacité d'organisation et comprennent des trucs basiques comme l'ordre des filtres et comment ne pas bousiller un filetage. - Pour réparer la pompe (sur la base d'un gros entretien par an), il faut deux mécaniciens pour 250 pompes et deux électriciens pour 250 pompes. Chacun a un apprenti/stagiaire/aide etc - Pour démonter/monter la pompe , il faut deux techniciens pour 250 pompes. Le technicien va dans les villages. Les gamins voient le technicien et ça leur fait envie et les motive à apprendre à l'école. Ça tombe bien: Pour former les opérateurs, techniciens, mécaniciens, réparateurs, apprentis etc, on a créé des écoles . - On y enseigne d'abord la lecture, l'écriture et le calcul de base . - Tous ceux que j'ai décrit sont en contact direct avec les utilisateurs finaux et doivent donc être capable de bien s'exprimer dans la langue du village . - Jusqu'à ce point, l'enseignement dans la langue du bled l'avantage d'utiliser la dynamique de l'éducation acquise dans la famille . En alphabétisant dans une langue utilisée au bled, on gagne 2 ans dans l'enseignement de base . - À l'évidence (cas du Maroc), on enseigne en darija et en tamazight . - Petit à petit, on enseigne les langues véhiculaires. On complète pendant la fin du cycle primaire et on perfectionne pendant l'enseignement secondaire. > L'opérateur de la pompe arrive à s'en tirer avec des connaissances de base . Le monteur doit avoir une vision dans l'espace qui demande de savoir lire un plan et faire des croquis, par exemple, et. Il doit donc avoir appris à dessiner en perspective . > On doit donc enseigner le dessin et la géométrie . Le monteur doit savoir lire une carte de géographie . > On doit donc enseigner la géographie . Le mécanicien doit avoir de bonnes connaissances de dessin technique . > On doit donc enseigner le dessin technique et approfondir le savoir-faire en géométrie . etc Il faut concevoir les livres, imprimer les livres . On peut imprimer des livres non-techniques etc On doit fabriquer les ardoises, les tableaux, les bancs, les écoles etc etc À la fin du processus, tout le monde est plus prospère et des places de travail ont été créées à tous les niveaux. Tout commence par l'enseignement primaire. Il y a une ressource financière supplémentaire si on part en darija et amazigh . Conclusion partielle, basée sur les manquements décrits par l'article: Puisqu'on n'a pas assez de ressources financières, on doit en dégager. Puisqu'on sait où en dégager, on doit le faire. Si on ne le fait pas, on est directement responsable et coupable, du manque de ressources et on ne peut pas se défausser sur l'aspect financier . Il y a plusieurs "on": C'est à ces divers "on" qu'il appartient de démontrer qu'ils sont capables et savent éviter de devenir responsables et coupables de quelque-chose qu'ils peuvent éviter . ... ...
youssef1851
Date : le 15 février 2017 à 01h00
Une roue de secours ne remplit que son role limité, n'est en aucun cas une fondation solide pour un secteur aussi important sur lequel peut fleurir une Nation qui se respecte qui réside sur ,l'enseignement éducatif pour tous, s'éduquer c'est innover,qui n'avance pas recule. -Une Nation qui boite,donne un peuple borgne, oisif , stagne ,un fardeau d'une société irrespectueuse vis.à.vis de sa population non encadrée non initiée. -L'enseignement de base bien comme il fallait ,ferait un suivi pointu pour l'enseignement académique très bien réussi qui donnerait une relève très bien réussie , -Ne surfez pas sur la politique de pièces de rechanges, "cocotte-minute" non !! l'enseignement éducatif de nos enfants c'est le miroir de notre Nation. L'HIDAYA MINA LLAH .
Dernière modification le 15/02/2017 13:56
MarocainDeCoeur2013
Date : le 15 février 2017 à 00h58
Tout ce rafistolage est à cause du budget consacré à l'éducation...
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