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Société Publié

Education : Les nouveaux enseignants dispensent leurs premiers cours après une formation de... 5 jours [Billet]

Ce lundi, le ministère de l’Education nationale vient d’injecter du sang neuf dans l’école publique, notamment primaire. Toutefois, les nouveaux enseignants, n’ayant bénéficié que d’une semaine de formation, devront dès ce mardi dispenser leurs premiers cours. Cette rustine un peu tardive réussira-t-elle à sauver l’année scolaire et l'école publique déjà bien mal en point ?

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Photo d'illustration. / DR

Face à une école publique marocaine en difficulté, des élèves pénalisés et une année scolaire qui s’annonçait blanche, le ministère de l’Education et les services compétents n’ont pas bayé aux corneilles. Après moult tractations, consultations et appels de détresse, le département de Rachid Belmokhtar avait annoncé que ses académies régionales d’enseignement et de formation (AREF) organiseront des concours pour fournir 11 000 postes d’enseignants. Ils s’ajouteront à ceux consacrés par la Loi de finance de 2016.

Ce qui fut au départ un soulagement s’est mué en déception, puis en un flot d’indignations : et pour cause, la décision n’a été prise qu’en novembre, soit deux mois après le début de l’année scolaire. Les enseignants, eux, ne regagneront leurs nouvelles classes qu'en février. Certains qualifient cette initiative de bouée de sauvetage pour l’année scolaire. D’autres n’y voient qu’une énième tentative d’achever l’école publique. Finalement, ce sont ces derniers qui pourraient avoir raison : le ministère, et avec lui les services compétents, n’a fait que peigner la girafe.

La recette magique pour achever son système éducatif en quelques étapes...

Dans le détail, les choses s’éclaircissent lorsqu’on trace la chronologie de cet échec annoncé. L’année dernière, alors que l’ensemble des données démographiques prévoyaient l’arrivée, cette année, de 561 606 élèves en première année de l’enseignement primaire, le gouvernement avait choisi d’«amadouer» les enseignants-stagiaires. Le bras de fer s'était alors déclenché à cause de deux décrets ministériels, adoptés en juillet 2015.

Le premier (n° 2.15.5882) avait mis un terme à l’intégration automatique des concernés dans la fonction publique après la fin de leur période de formation, alors que le deuxième (n° 2.15.5889) avait réduit de plus de moitié leur bourse mensuelle, passant de 2 454,51 dirhams à seulement 1 200. Protestations et répressions étaient alors au menu. Le gouvernement les avait même menacés d’inaugurer une année blanche - et, il faut l’admettre, avait trouvé un certain plaisir à les violenter.

C’est alors que des mains invisibles sont intervenues pour mettre fin au désaccord entre le gouvernement et les futurs enseignants. On parlait alors de recrutement définitif dès janvier 2017 mais, avant cela, de la mise en place d’un concours de recrutement en décembre 2016. On fait croire aux enseignants stagiaires qu’il ne s’agit que d’une simple formalité. On les invite ensuite à regagner les bancs des centres de formation, de rester zen et d’attendre leurs bourses.

Dès la rentrée scolaire, on reprend les mêmes procédés, à commencer par obliger certains de ces futurs stagiaires à redoubler l’année, sous prétexte qu’ils n’ont pas réussi leurs formations initiales et on coupe les vivres à d’autres pendant quelques mois. Arrivés au concours, on ne retient pas tout le monde. Encore de l’improvisation, du recrutement à la va-vite et du remplissage de postes. On privilégie des candidats venus de tout horizon mais pas ceux issus de l’enseignement.

Et le futur de toute une génération en bonus

Ce lundi, plusieurs milliers de futurs enseignants ont regagné leurs écoles au niveau des différentes académies du royaume. Une mesure qui, en tout bien tout honneur, devra mettre fin à l’entassement dans les classes de l’école primaire. Mais à quel prix au juste ? Plusieurs sources concordantes nous affirme ce mardi que la majorité des futurs enseignants n’ont suivi qu’une formation de… cinq jours.

«On a accueilli lundi cinq nouvelles recrues qui affirment avoir suivi une formation d’à peine une semaine avant de regagner leurs nouveaux postes. Ils sont concernés, tout comme nous d'ailleurs. On leur a donné la moitié de nos classes et nos fiches de cours», nous confie cette professeure d’enseignement primaire à l’académie de Marrakech. Ce sont malheureusement les élèves qui inquiètent cette institutrice qui, tout comme d’autres enseignants, reste sceptique. «On n’est pas sûr que les élèves s’adaptent à ces changements de rythme et professeurs, surtout qu’un semestre vient de s’écouler», nous déclare-t-elle. C’est en effet les élèves qui paieront chers des prises de têtes aux conséquences dévastatrices, des calculs politico-politiciens au détriment des enfants du peuple et les différentes secousses telluriques d’un système éducatif défaillant qui connaît ses derniers jours.

Finalement, l’éducation au Maroc tombera de Charybde en Scylla tandis que l’école publique va à vau-l'eau. Une réalité que ni les plans d’urgence, ni les baguettes magiques qu’on utilise et réutilise à longueur d’année comme énième rustine, ne réussiront à modifier.

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