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Société Publié

Maître Abdelhak Benabdeljalil : Une vie pleine de panache, un héritage inextricable [1/3]

Avocat, mécène, diplomate, ami du feu le roi Hassan II ou encore confident de plusieurs personnalités politiques et artistique, Yabiladi revient dans une série de trois volets sur l’histoire d’Abdelhak Benabdeljalil, son vécu, le bras de fer qu’oppose sa famille au Barreau de Casablanca ainsi que les problèmes intrafamiliaux. Premier volet.

Temps de lecture: 4'
Abdelhak Benabdeljalil en compagnie de feu le roi Hassan II. / Ph. DR
Abdelhak Benabdeljalil avec feu le roi Hassan II. / Ph. DR

Abdelhak Benabdeljalil (1939-1999). Voilà une figure de proue dans le Maroc post-indépendance que beaucoup n'ont jamais entendu parler. Derrière ce nom d’une grande famille fassie, l’histoire d’un avocat, mécène, diplomate, ami de feu le roi Hassan II et tout un côté sulfureux d’une personnalité qui échappe à tous les livres d’histoire.

Le récit nous mènera à Fès, en 1932, année de naissance d’Abdelhak. Une date qui sera d’ailleurs rayée et remplacée par le 18 avril 1939 par l’avocat lui-même. Dès l’âge de 14 ans, le futur diplomate se retrouvera orphelin avant de quitter Fès vers Casablanca. Il grandit alors dans la famille de son oncle maternel, et décide par la suite de quitter l’école et de travailler pour aider sa mère.

Dès son jeune âge, Abdelhak Benabdeljalil a su faire appel à ses liens familiaux pour se faire un nom. A 18 ans, il décroche déjà un travail au sein de l’administration avec le Pacha de la ville de Fès à l’époque, feu Haj Fatmi Benslimane qui n’était autre que le beau-père de son oncle. Son cousin germain Mohamed Bennani Smirès, lui, était connu au sein du ministère des Affaires étrangères. C’est grâce à ces multiples connexions familiales qu’on introduit Abdelhak à la Cour royale pour le présenter au prince héritier Moulay Hassan et au sultan Mohammed Ben Youssef, qui deviendra le roi Mohammed V.

Abdelhak Benabdeljalil en tenue militaire avec feu le roi Mohammed V. / Ph. DR

L’incontournable consultant et collaborateur de l’Etat

Un an après l’indépendance du Maroc, soit en 1957, le Fassi est nommé représentant du Maroc dans nombre de pays. Des postes énumérés dans un article de presse paru sur les pages de Maroc Hebdo en 1999. Chancelier au consulat général à Paris, vice-consul à Bordeaux, premier secrétaire d'ambassade à Bruxelles et adjoint du chef de protocole au ministère des Affaires étrangères à Rabat, il est même nommé chef de service de presse à l'ambassade du Maroc à Washington.

C’est en marge de cette mission qu’il sera chargé, en 1963, d’organiser le déplacement officiel de feu le roi du Maroc à Washington. Une mission qui lui permettra même de figurer dans la photo officielle de la rencontre. Une photo collector où l'on voit le tout jeune roi Hassan II (1961-1999) et le président américain John Fitzgerald Kennedy qui sera assassiné le 22 novembre de la même année.

Avec Hassan II et JFK à Washington. / Ph. DR

Parallèlement à ses séjours diplomatiques, feu Abdelhak en profitera pour faire des études en droit. Entre temps, sa carrière de diplomate lui a permis de rencontrer de nombreux chefs d’Etats dont le premier président de la République du Sénégal Léopold Sédar Senghor et de constituer un large réseau de contacts.

En 1964, Abdelhak Benabdeljalil prend la retraite de sa carrière de diplomate en devenant avocat. Son rappel à l'époque à Rabat pour «incompatibilité d'humeur» avec l'ambassadeur du Maroc à Washington, l'a encouragé à s'investir dans cette autre profession. Il passe donc 3 ans de stages avant de figurer sur le tableau du barreau de Casablanca en novembre 1967. Il se forge alors un nom et acquiert une grande réputation dans sa nouvelle profession.

Spécialiste en droit des affaires, il devient alors avocat de plusieurs grandes entreprises marocaines et étrangères mais aussi celui dont le nom s’associe à des dossiers sensibles, comme l’affaire des faux dollars et celle du commissaire Tabit, où il était l’avocat du supérieur hiérarchique du principal accusé.

Toutefois, sa nouvelle fonction d’avocat n’a pas empêché ses relations avec l’Etat marocain et le Palais. Celui qu’on qualifie de «conseiller» officieux du roi Hassan II aurait continué d’assurer des missions discrètes au sein de l’administration marocaine, nous confie son fils Mohamed Othmane. «Même quand il était devenu avocat, mon père recevait chez nous très souvent des responsables, dont des généraux», affirme-t-il. Feu Abdelhak disposait d’un laissez-passer et d’un uniforme de la gendarmerie royale. Il est même décoré par Abdou Diouf, successeur de Léopold Sédar Senghor en 1983 par le grade d’officier de l’Etat sénégalais. Ses relations avec l’Etat et ses responsables se poursuivent jusqu’en 1999, date à laquelle il était invité à participer aux festivités de la fête du Trône.

L’ami et confident des artistes et des célébrités

Parallèlement à ses carrières de diplomates et d’avocat, Abdelhak Benabdeljalil entretenait des relations d’amitié avec des célébrités et des artistes marocains et étrangers. Abdelhalim Hafed, Mohamed El Mouji, Abdelhadi Belkhayat, Abdelwahab Doukkali, Sabah Fakhri, Samira Bensaïd, Baligh Hamdi, Faïza Ahmed, ou encore Mayada Al Hannaoui font partie de son cercle d'amis.

Avec l'acteur marocain Hamidou. / Ph. DR

Depuis les années soixante, la villa des Abdeljalils, située au boulevard Panoramique, était devenue une station incontournable de tout chanteur de passage au Maroc.

Jusqu’en 1995, l’avocat passait tous les étés dans son appartement à Marbella où il rencontrait des personnalités du monde entier à l’instar de plusieurs princes d’Arabie Saoudite et de l’ancien régime libyen. Il était aussi propriétaire d’un grand cabaret à Casablanca, nous raconte son fils. D’ailleurs, ce cabaret serait l’un des sujets de disputes avec sa femme, Amina El Fayeche, épousée en 1969.

De nationalité tunisienne et française, elle est la cousine germaine de Hassan Yacoubi, mari de la Princesse Lalla Aïcha, sœur du roi Hassan II. Son père était le cousin de Wassila ben Ammar Bourguiba, épouse de l’ancien président tunisien Habib Bourguiba. Un mariage donc qui a conféré à Abdelhak Benabdeljalil encore plus de pouvoirs et l’accès à un large réseau de contacts. De ce mariage est né Aicha et Mohamed Othmane, ses deux enfants «légitimes» précise le benjamin qui note aussi que son père «avait la réputation d’être volage».

Abdelhak Benabdeljalil en compagnie de Abdelwahab Doukkali. / Ph. DR

Dans la nuit du jeudi 11 au vendredi 12 mars 1999, Abdelhak Benabdeljalil est décédé dans son domicile à Casablanca. Sa mort, due à une crise cardiaque, surprend sa famille et l’ensemble de ses amis. Mort à moins de 70 ans, il est enterré au cimetière Chouhada dans le caveau familial.

Abdelhak Benabdeljalil a laissé derrière lui non seulement un chagrin et de nombreuses propriétés immobilières mais aussi un héritage inextricable. Sa famille, aujourd’hui déchirée, a crié au scandale dès l’année suivant son décès, pointant du doigt l’absence d'inventaire de sa succession et accusant le Barreau de Casablanca d’avoir liquidé son Cabinet d'avocat sans aucun inventaire...

Article modifié le 25.02.2017 à 14h25

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