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«Opération Écouvillon» : Dernière tentative coloniale pour en finir avec l'Armée de libération marocaine ?

Des morts, des blessés et le déplacement de toute une population. Ce sont quelques résultats directs de l'«Opération Écouvillon». Une intervention militaire menée conjointement entre la France et l'Espagne pour la pacification de la rebellion au Sahara occidental en février 1958. En réalité, les deux colonisateurs achevaient aussi l'Armée de libération marocaine. Les derniers éléments de cette dernière se tourneront même contre le Maroc en formant le noyau dur du Front Polisario. Histoire.

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Des soldat espagnol pendant les affrontements de Sidi Ifni en 1957. / Ph. Aquellasarmasdeguerra

Le 10 février 1958, la France et l’Espagne allient leurs forces pour sévèrement réprimer l’Armée de libération marocaine au Sahara occidental. Une intervention baptisée «Opération Écouvillon» par la France et «Opération Ouragan». Mais avant de parler de cette opération militaire, il faut la contextualiser.

Nous sommes en 1956 et le Maroc vient de décrocher son indépendance. Une réalisation qui ne satisfait guère les membres de l’Armée de libération marocaine (ALM), qui considèrent que le royaume doit libérer l’ensemble de ses territoires, notamment ceux sous colonisation espagnole. Leur mission n’étant pas encore finie, ils refusent donc d’intégrer les Forces armées royales (FAR) ou rendre les armes et partent au sud du royaume pour soutenir les résistants sahraouis dans leur guerre contre l’occupant espagnol. Des guérillas sont alors menées à différents endroits du Sahara occidental.

L'Espagne, prise d'assaut, fait appel à la France

«Les manifestations hostiles à l’occupation d’Ifni s’intensifient le 10 avril 1957. C’est dans ce climat que se produisent des émeutes et une série d’assassinats de collaborateurs espagnols. En réponse à cette aggravation de la situation, le chef d’Etat espagnol Francisco Franco envoie deux bataillons de la légion espagnole en renfort à Laâyoune en juin 1957», écrit Ali Omar Yara, dans son ouvrage «L’Insurrection sahraouie : de la guerre à l’Etat 1973-2003», (édition L’Harmattan, 2003).

Un bataillon de la légion espagnole en renfort à Laâyoune en juin 1957. / Ph. Moorish Wanderer

Ali Omar Yara raconte aussi que dès octobre 1957, des combattants, majoritairement issus de la tribu des Aït Ba’ amranes et du Sahara, menaient la vie dure aux soldats espagnols présents dans cette enclave. Les Aït Baâmranes arriveront même à reprendre Goulimine et Bou Izargen, deux villages voisins de Sidi Ifni, où plusieurs batailles entre les deux camps ont eu lieu. Dans les autres régions du Sahara, les éléments de l’ALM et les Sahraouis sont aussi déterminés à expulser les Espagnols de ce territoire.

On parle alors d'une résistance «financée» par la monarchie marocaine et on qualifie les résistants de «miliciens marocains», selon une version relayée par le magazine Perspective Monde. Ce dernier évoque aussi, pour cette période, le siège de la ville de Sidi Ifni qui opposait 4200 Marocains à 7500 Espagnols. «En janvier 1958, le Maroc réorganise ses unités sur le territoire espagnol comme une armée de libération du Sahara», poursuit la même source.

En tout cas, même si les Aït Baâmranes n’avaient pas réussi à récupérer Sidi Ifni, les résistants de l’ALM, épaulés par plusieurs tribus locales sahraouies, faisaient des ravages au Sahara occidental. Le Monde Diplomatique rapporte, dans l’un de ses numéros, que  l’Armée de libération marocaine obligeait même les Espagnols à rester cantonnés dans trois villes côtières comme Villa-Cisneros (Dakhla), El-Aïoun (Laâyoune) et Cap-Juby (Tarfaya).

Les affrontements à Sidi Ifni et la résistance ardue au Sahara occidental pousse alors l’Espagne à demander l’aide de la France pour une opération de pacification de la rebellion au Sahara occidental. Le Monde Diplomatique évoque aussi le «prétexte de l’opération», en racontant que la France estimait que les «rebelles» marocains auraient menacé la sécurité de la Mauritanie. Avec l’Espagne, les deux pays profitent d’un incident ayant eu lieu près de Fort-Trinquet (Bir-Moghrein) pour passer un «pacte militaire préparé en secret depuis plusieurs mois».

«Les troupes françaises parties de la Mauritanie et de Tindouf convergèrent avec les unités espagnoles venues de la côte pour ratisser la Saguiet-el-Hamra et le Rio-de-Oro. L’honneur de reprendre la ville historique de Smara revint aux franquistes. L’aviation française y pourvoit, en assurant le transport et le largage d’une compagnie de parachutistes espagnols.»

5 000 soldats français et 9 000 soldats espagnols pour en finir avec l'ALM

Le 10 février 1958, les troupes franco-espagnoles lancent officiellement une offensive de grande envergure qui a pour seul but de «démanteler la résistance marocaine». La France mobilisait 5 000 hommes, 600 véhicules et 70 avions en soutien logistique aux 9 000 soldats espagnols.

Des engins blindés de reconnaissance (EBR) de l'armée française utilisés dans l'opération. / Ph. ECPAD

Attaquée par air et au sol, les résistants marocains qui déplorent 150 morts, sont expulsés à travers plusieurs étapes. Selon Michel-Ivan Louit et son ouvrage «Écouvillon ? Discrète opération de maintien de l’ordre franco-espagnol» (Edition Marsouins et Méharistes, 2009), l’opération Écouvillon est d’abord lancée à Smara où le premier accrochage se solde par le retrait des résistants marocains, bousculés par les troupes franco-espagnoles. «A Guelta Zemmour, le même scénario se produit : l’action coordonnée des alliés oblige les combattants de l’ALM-Sud à évacuer leurs positions. Idem au Rio de Oro à Aousserd et Bir Anzarane puis à Seguiet Hamra : Smara, Tafoudart et Sidi Ahmed Laroussi», poursuit-il. L’opération aurait pris fin le 25 février. Tout était terminé. Les territoires occupés par les résistants marocains sont alors récupérés par les forces coloniales. L’armée de libération est démantelée alors que ses derniers éléments se trouvent obligés de fuir.

Le 2 avril 1958, soit quelques semaines plus tard, des accords sont signés à Dakhla entre le gouvernement espagnol et le Maroc, qui obtient la rétrocession de la région de Tarfaya (Cap Juby) à l’exclusion de Sidi Ifni. Cette dernière ne sera récupérée par le Maroc qu'en 1969. Michel-Ivan Louit va même jusqu’au point d’accuser la monarchie marocaine d’avoir «aidé l'Espagne et la France dans l'opération Écouvillon visant à en finir avec l'Armée de libération marocaine».

Le Maroc aurait donc contribué plus ou moins au conflit actuel qui l’oppose au Front Polisario. L’opération Écouvillon aurait provoqué les premières étincelles du conflit du Sahara occidental puisque de célèbres résistants qui combattaient contre la colonisation espagnole, s’étaient ensuite tournés contre le Maroc. Certains résistants formeront même le noyau dur du Front Polisario. L’une des répercussions négatives de cette opération serait aussi la migration et le déplacement de plus de 40 000 Marocains sahraouis vers Tantan et Guelmim. Ils deviendront, quelques années par la suite, l'une des pommes de discorde entre le royaume et les séparatistes du Polisario.

4 commentaires
axis7
Date : le 12 février 2018 à 20h20
L'Operation ecouvillon demontre que le sahara occidental est lié aux autres territoires colonisés au depens du Maroc puisque comme au Rif la France vient au Sud au secours de l'Espagne qui a toujours été aux abois face aux troupes marocaines. Quant au Polisario, son geniteur monstrueux est le pouvoir algérien et son enfant batard est né en 1976 en Algérie.
monsieurmonk
Date : le 10 février 2018 à 15h36
Ce qu'oubli de préciser l'article c'est 90% des 5000 combattants français etaient en fait algériens.
zsahara
Date : le 11 février 2017 à 15h46
Le polisario n'a été crée qu'à partir de 1970 et la récupération de Tan Tan Guelmim, Sidi Ifni a été terminée . Pour faire face à 2 grands colonisateurs qui cherchent à déstabiliser le Maroc au Nord et Sud . La France a terminé son projet en Mauritanie et Tindouf et l'Espagne obligée de quitter le Nord et des villes au Sud , manipule quant à sa sortie du sahara. Etre citoyen s'est combattre jusqu'à la liberation sans tomber dans le piège des pays colonisateurs qui cherchent à diviser pour régner même de l'extérieur. C'est les ONG espagnoles ou françaises soutiennet le polisario ce n'est pas par principe humanitaires ou contre la colonisation puisque leur pays sachent à qaui appartiennet ces terres mais pour être toujours les dirigeant et les exploitants de la région. Cette région occupée pendant plus de 80 ans et qui reste desert malgré l'exploitation de phosphate et la pêche mais rien n'a été investi et les habitants sont des nomades et des étrangers chez eux.
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