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Société Publié

France : Les femmes musulmanes, premières victimes de l’islamophobie

Le Collectif contre l’islamophobie en France vient de sortir son rapport pour l’année 2016. Si les actes islamophobes ont nettement reculé, les femmes - voilées de surcroît - restent les principales victimes.

En 2016, 100% des agressions physiques avec plus de huit jours d’ITT (interruption temporaire de travail) ont visé des femmes. / Ph. Jeff Pachoud, AFP

L’année 2016 aura été marquée par une islamophobie soumise à bien des «mutations». Dans son rapport 2017 de 66 pages dévoilé aujourd’hui, le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) retrace l’évolution des actes et propos islamophobes survenus l’année dernière, jalonnée par le décret de l’état d’urgence en vigueur depuis le 13 novembre 2015 et l’été meurtrier qui s’en est suivi : l’assassinat du couple de policiers à Magnanville (13 juin), les attentats de Nice (14 juillet) et l’assassinat du père Jacques Hamel (26 juillet).

Mutations, évolutions : les synonymes se suivent et se ressemblent dans le document du CCIF. Tous convergent dans la même direction : «D’une part, on observe un net recul numérique des actes islamophobes déclarés, auprès du CCIF comme des services de police ; de l’autre, on note l’émergence d’une politique sécuritaire affectant les musulman-e-s de manière disproportionnée», écrivent Samy Debah, le président du CCIF et Lila Charef, sa responsable juridique.

Une islamophobie «sécuritaire», victime collatérale de l’anti-terrorisme et de la lutte contre la radicalisation. Perquisitions, assignations à résidence, fichage et surveillance se tournent davantage vers les personnes musulmanes, dont «l’islamité constitue désormais un risque subjectif, en l’absence de criminalité objective». C’est sans compter un processus de légitimation de la stigmatisation opéré suite à ces tragédies, s’exonérant de la prudence et du discernement nécessaires en pareil contexte».

Côté chiffre cependant, le rapport fait état d’un «net recul des actes islamophobes» pour l'année 2016, en baisse 35,9 % par rapport à 2015. L’association a enregistré «419 discriminations, 39 agressions, 98 discours haineux» pour cette même année.

Un «permis de discriminer»

Plus loin, l’organisation dirigée par Marwan Muhammad revient sur une composante inquiétante de l’islamophobie en France : 100% des agressions physiques avec plus de huit jours d’ITT (interruption temporaire de travail) ont visé des femmes. Celles-ci sont en effet - à une écrasante majorité - les principales victimes d’actes islamophobes (75%, contre 25% pour les hommes).

Le voile apparaît comme le catalyseur de crispations identitaires. Des tensions qui risquent d’être renforcées par la tant décriée loi El Khomri, mise en place par le recours au 49-3. Un arsenal législatif donne à certaines entreprises la possibilité d’imposer à leurs salariés une neutralité idéologique et religieuse. «Cela équivaut purement et simplement à un permis de discriminer, en donnant aux employeurs un permis de contrôle vestimentaire et religieux sur leurs employé-e-s, aggravant ainsi la situation de milliers de femmes, notamment les musulmanes portant un foulard», regrette le Collectif.

Cette loi prend ainsi le contre-pied des recommandations émises par la Commission européenne, le Réseau européen contre le racisme (ENAR), la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) : tous ont plaidé en faveur de la nécessité de lutter spécifiquement contre la discrimination des femmes musulmanes, notamment dans l’accès à l’éducation et au travail. A ces prescriptions, le gouvernement a manifestement préféré opposer une fin de non-recevoir.

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