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Société   Publié

Ouled El Ayachi : Destruction d'un bidonville né sous les yeux des autorités

Les assauts de bulldozer se sont multipliés dernièrement sur Douar Ouled El Ayachi, un bidonville qui se situe entre Salé et Bouknadel. Pour cause, les constructions en dur non réglementaires sont interdites par la loi, ce que les autorités locales n'ont eu l’air de remarquer que depuis la dernière Hamla (campagne). Aujourd’hui, la bourgade compte à peu près 1 200 ménages vivant dans un habitat insalubre plus ou moins ancien.

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Les baraques les plus récentes à Ouled El Ayachi ont au moins un an d'existence. / Ph. Mounira Lourhzal

Sur la nationale d’Ameur, une commune rurale à l’extrémité nord de Salé, fleurissent lotissements, résidences de logements économiques mais aussi invisibles : le douar de Ouled El Ayachi. Sur ces terres collectives, 1 200 familles ont construit des habitations en dur, dont une partie a été détruite par les autorités locales mais rebâtie presque aussitôt.

Sur place, les habitants disent avoir acheté des terrains de 50m2 aux «propriétaires» de ces terres collectives. Un achat au noir contre un document de lègue ou d’abandon de propriété dont les signatures légalisées ne leur octroient aucune validité juridique. Vivant en précarité, les habitants de la bourgade, interrogés par Yabiladi crient à l’injustice :

«On nous chasse dehors en plein froid et personne ne veut louer pour une famille avec des enfants. D’ailleurs on en a pas les moyens.»

Installés depuis 2011 ou plus récemment, certains habitants du douar disposent de l’adresse de Ouled El Ayachi sur leurs cartes d’identité. Pour ces familles, c’est une preuve incontestable de leur droit au logement, au droit d’exister sur l’adresse écrite au dos du document délivré par les autorités, les mêmes qui ont fermé l’œil quand ils construisaient leurs demeures. Keltoum, dont le mari est impotent, ne sait plus à quel saint se vouer :

«Mes enfants de deux et trois ans sont asthmatiques et ils viennent nous agresser ! Si j’avais du travail et pouvais me payer un loyer, je ne serai sûrement pas là.»

La gangrène du bidonville

«La décision du gouverneur de détruire les baraques récemment construites se base sur la non conformité des lotissements et leur illégalité», explique un responsable du ministère de l’Habitat et de la politique de la ville à Yabiladi. Le ministère dit aussi ne pas être directement lié au cas de cette bourgade : «nous ne pouvons intervenir pour restructuration qu’après consentement du gouverneur qui doit être à l’origine de la requête pour arrêter le phénomène», ajoute-t-il.

«Le ministère agit lorsqu’il s’agit de quartiers non réglementaires dont les habitants détiennent des titres fonciers, comme pour les Brahma, un quartier adjacent à Ouled El Ayachi. Il a fallu y installer la voierie, l’eau, l’électricité et l’assainissement, car on ne peut pas déplacer massivement autant de personnes.»

S’agissant de Ouled El Ayachi, les autorités nous ont répondu que seules les personnes qui ont profité de la période électorale pour bâtir leurs maisons ont vu ces dernières détruites. «Impossible de reloger ces personnes, alors que nous luttons contre les bidonvilles. Ce serait inciter d'autres à suivre leur exemple et entrer dans un cercle vicieux.»

Les habitants disent être terrorisés à l'idée de quitter leurs habitations pour ne trouver, le soir en rentrant, que des décombres. Arrêter la progression et l'installation des bidonvilles devient une responsabilité sur laquelle les autorités locales ferment les yeux, laissant croître à un sentiment de légitimité, celle du droit au logement décent garanti par l'article 31 de la Constitution. Pour les 40 familles dont les baraques ont été détruites, l'hiver s'annonce plus rude que prévu.

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