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Nouvel an amazigh : Sheshonq 1er, le pharaon égyptien à l'origine de la célébration de Yennayer

Les Imazighens célèbrent aujourd'hui Yennayer, le nouvel an amazigh. A l’origine de cette date symbole : l’intronisation du roi Sheshonq 1er en tant que premier pharaon égyptien d’origine amazighe.

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Gravure représentant Sheshonq Ier à Karnak. / DR

Célébré annuellement la nuit du 12 au 13 janvier, le compte à rebours de Yennayer, premier jour de l’an du calendrier amazigh, affiche cette année le nombre 2967. Une date qui suscite plusieurs questions sachant que les historiens sont unanimes à déclarer que l’histoire des Amazighs est plus ancienne que cette date clé. Mais à l’origine du calendrier amazigh, un pharaon égyptien intronisé 950 ans avant la naissance de Jesus Christ.

Une date qui reste historique puisqu’elle marque «le début de l'émergence forte et remarquable des Amazighs sur la scène internationale», nous déclare l’activiste Amazigh Ahmed Assid. Une information confirmée également par Ahmed Boukouss, recteur de l’Institut Royale de la Culture Amazighe (IRCAM), selon qui, «il a été établi par les historiens que cette date coïncide effectivement avec celle de l’intronisation du chef amazigh en tant que pharaon et qui fondera par la suite la 22ème dynastie égyptienne».

Un tout premier pharaon d’origine amazighe

Mais bien avant d’arriver à cette accession au pouvoir, il faut reconnaître que la présence des Amazighs en Egypte remonte à plusieurs années avant cette date. Dans son ouvrage intitulé «Les Berbères Célèbres», le linguiste et écrivain algérien Mohamed Akli Haddoudou retrace cette présence, en évoquant notamment les grandes tribus berbères avec lesquelles l'Egypte était en contact. «Les Temehu, qui s'étaient installés à une époque immémoriale sur la rive occidentale du Nil, dans le désert égyptien, les Tehenu, plus au nord, sur les côtes de la Méditerranée et, plus à l'est, dans la Libye actuelle, les Lebu (ou Rebu) et les Mashawash», écrit-il. Mais même au sein de ces tribus, le rêve de conquérir le pays des Pharaons a toujours été présent. L’écrivain cite, en effet, plusieurs guerres ayant opposé de célèbres pharaons égyptiens aux libyens amazighs, à l’instar de Thoutmosis III, Ramsès II ou encore Ramsès III.

Gravure représentant Sheshonq Ier trouvée à Karnak / EgyptSitesblogGravure représentant Sheshonq Ier trouvée à Karnak / EgyptSitesblog

C’est lors du règne Psousennès (ou Psoussenes) II que ce rêve devient réalité. Dernier pharaon de la XXIe dynastie ayant régné 14 ans, à en croire Manéthon de Sebennytos, auteur d’«Ægyptiaca», ce dernier décède en laissant son trône à Sheshonq 1er, fondateur de la première dynastie berbère d'Egypte. Les histoires sur cette accession au pouvoir divergent, entre ceux qui parlent de la mort de Psousennès II et d’autres qui évoquent une bataille entre les armées égyptiennes et des «mercenaires libyens». Mais les versions ne manquent pas d’évoquer le membre de la tribu Mashawash qui est devenu, à Bubastis, le tout premier pharaon d’origine amazighe.

Conquérant de Jérusalem, du Liban et de la Syrie

Les historiens rapportent que le pharaon amazigh avait quatre enfants : Osorkon Ier, Ioupout, Nimlot Ier et une fille appelée Tashepenbastet. Sesonchôsis, selon l’appellation que Manéthon de Sebennytos lui accorde, se serait emparé du pouvoir vers 950 avant J.-C. Contrôlant d’abord un territoire allant de la partie orientale de l’actuelle Libye jusqu’au delta du Nil, le pharaon amazigh régna par la suite sur toute l'Egypte jusqu’à 929 av. J.-C. Il serait également le fondateur de Bubastis. Soucieux de la stabilité de son empire, Sheshonq désigna par la suite son fils Ioupout comme grand prêtre d'Amon à Thèbes et gouverneur de la Haute-Égypte, et son autre fils Nimlot Ier, comme roi de Hérakléopolis afin de contrôler la Moyenne-Égypte.

On lui attribue notamment le qualificatif de «pharaon conquérant», puisque selon les fresques du mur nord du temple d'Ammon, à Karnak, Sheshonq a même réussi par la suite à écraser les troupes du roi de Judée Roboam et pillé les trésors du temple de Salomon à Jérusalem. Il serait même cité dans la Bible (ancien testament) sous le nom de Sesac. «Sésac, roi d'Egypte, monta contre Jérusalem avec mille deux cents chars et soixante mille cavaliers ; et l'on ne pouvait compter le peuple qui vint d'Egypte avec lui : Libyens, Sukkiens et Ethiopiens. Il prit les villes fortes qui appartenaient à Juda, et arriva jusqu'à Jérusalem», indique un passage de l’ancien testament.

Grand sphinx, portant des noms de pharaons dont celui de Sheshonq Ier (XXIIe Dynastie), retrouvé à Tanis et exposé au musée du Louvre / DRGrand sphinx, portant des noms de pharaons dont celui de Sheshonq Ier (XXIIe Dynastie), retrouvé à Tanis et exposé au musée du Louvre / DR

Sheshonq Ier aurait vécu pendant deux à trois ans après sa campagne réussie en Canaan. Une raison pour laquelle les égyptologues situent son règne entre -943 à -922 au lieu de la période allant de -945 à -924. Sa conquête s’étale aussi jusqu'au Liban et aux marches de la Syrie.

On lui doit aussi le fait d’avoir remis à l'Égypte sa prépondérance en Palestine et en Phénicie et d’avoir permis aux Imazighens de renouer avec leur histoire vieille de plusieurs millénaires.

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