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Société Publié Le 04/01/2017 à 08h00

L’émigration marocaine va-t-elle reprendre ?

Alors que depuis trois ans, la nouvelle politique migratoire a totalement détourné l’attention des MRE, l’émigration marocaine continue de se réduire depuis la crise économique mondiale de 2008. Pourtant, l’immigration marocaine en France est repartie à la hausse récemment. Faut-il s’attendre à un nouveau retournement de tendance ?

L’émigration marocaine vers les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est à son plus bas niveau depuis 16 ans. / DR

L’émigration marocaine vers les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est à son plus bas niveau depuis 16 ans. De 98 000 nouveaux arrivants en 2000, elle a atteint 157 000 émigrés en 2008, avant de baisser continuellement pour atteindre 80 000 départs en 2014, selon les statistiques de l’OCDE. Plusieurs changements peuvent pourtant laisser penser à un retournement de tendance.

Selon les derniers chiffres disponibles, celle-ci est pourtant très nette dans tous les grands pays d’émigration marocaine : en Belgique, le nombre de nouvelles arrivées a été divisé par deux entre 2010 et 2014, par 2,5 au Canada et par un peu plus de deux en Italie entre 2008 et 2014. En Espagne, qualifiée il y a peu de «nouveau pays d’émigration», le nombre d’arrivées a même été divisé par quatre, passant de 85 000 arrivées en 2007 à près de 20 000 en 2014.

21 104 Marocains sont entrés en France en 2014

Le nombre de Marocains parvenus en Allemagne entre 2013 et 2014 a même légèrement baissé, lui aussi, en dépit de l’image résolument attractive du pays pour les migrants. Une seule exception : la France. Si le nombre d’arrivées a baissé de 2008 à 2011, suivant la tendance générale, il est reparti légèrement à la hausse entre 2011 et 2014 (+12,5%), passant de 18 765 à 21 104.

«Je pense que la tendance à la hausse de l’immigration marocaine en France est à mettre en relation avec la reprise de l'activité en Europe et en France en particulier», estime Thomas Lacroix, enseignant-chercheur à l'université de Poitiers, spécialiste du transnationalisme. La croissance française, contrairement à ce que la morosité ambiante laisse penser, est en effet moins faible que celle des autres pays d’émigration marocaine. L’Italie et l’Espagne ont notamment subi une forte récession dont elles ne sont sorties qu’en 2014 ou 2015. Cependant, la Belgique a connu une courbe de croissance sensiblement parallèle à celle de la France ou de l’Allemagne, alors que l’immigration marocaine continue pourtant à s'y réduire. De même, la croissance canadienne, surperforme celle de l’Allemagne et la France depuis 2010, pourtant l’émigration marocaine continue de chuter.

Une baisse des retours en 2014

Autre élément troublant : la réduction de l’émigration marocaine ralentit. Le nombre de nouvelles arrivées dans les pays de l’OCDE a baissé annuellement de 20% puis de 12%, pour chuter à 3,8% en 2014. En sens inverse, le nombre de Marocains à avoir quitté leur pays de résidence (pour revenir au Maroc) s’est soudainement réduit en 2014. En continuelle augmentation depuis 16 ans, quelle que soit la conjoncture, le nombre de retours avait encore explosé entre 2008 et 2013 pour atteindre plus de 56 000. En 2014 cependant, il est tombé à près de 40 000.

«La baisse des retours doit avoir les mêmes raisons que la reprise de l’immigration marocaine en France - la croissance - mais aussi le durcissement des contrôles aux frontières qui ont aussi un effet dissuasif sur les retours», estime Thomas Lacroix. Les recherches ont en effet établi que les migrants pouvaient envisager de revenir dans leur pays d’origine en cas de besoin s’ils étaient assurés de pouvoir repartir une nouvelle fois vers leur pays de résidence quand ils le souhaitaient. Tout durcissement de la règlementation qui menace cette condition limite le nombre de retours au pays, même quand les conditions de vie sont difficiles dans le pays d’accueil. Or, l’arrivée massive sur l’île italienne de Lampedusa de migrants en provenance des côtes libyennes, en 2013, a marqué le début du retour des frontières intra-européennes. Un règlement du 22 octobre 2013 du Parlement européen et du Conseil autorise la réintroduction temporaire du contrôle aux frontières intérieures de l'Union européenne (UE) en cas de «circonstances exceptionnelles».

Plus de 12 000 Marocains entrés en Europe illégalement en 2015

L’opportunisme pourrait également confirmer un regain d’intérêt, au Maroc, pour l’émigration. Les routes migratoires ouvertes par d’autres sont ainsi autant de portes sur l’Europe, présumées plus faciles d’accès. La route de la Méditerranée centrale, via l’Italie, est principalement empruntée par les Africains de l’Est, mais 4 645 Marocains se sont «glissés» parmi eux en 2015, quand ils étaient moins d’une centaine en 2012 à avoir choisi cette voie d’accès à l’Europe. La plus fréquentée, la route de la Méditerranée orientale, via la Grèce, a été empruntée en 2015 par près de 500 000 Syriens et 213 000 Afghans, mais aussi 7 416 Marocains, selon les chiffres de l’agence Frontex.

A titre de comparaison, ces entrées irrégulières de Marocains dans l’Union européenne en 2015 représentent tout de même 26% des 47 000 Marocains émigrés (régulièrement et irrégulièrement) dans l’UE un an plus tôt. «Les statistiques de l'année 2015 montrent la présence de migrants originaires du Maghreb sur la route de la Méditerranée orientale : profitant d'un régime d'exemption de visas, un certain nombre de Marocains s'est ainsi rendu par avion en Turquie afin de gagner la Grèce par la mer, mêlés au flux de réfugiés», souligne le rapport intitulé «L'Europe au défi des migrants : agir vraiment !» de la Commission des affaires étrangères du Sénat français, déposé le 13 juillet 2016.

«Il est encore trop tôt pour affirmer un retournement structurel, nuance cependant Thomas Lacroix, dans la mesure où la croissance européenne n'est pas encore ferme.» Au-delà des effets d’opportunité ou du durcissement des politiques migratoires, les migrations sont en effet universellement corrélées à la croissance du pays d’accueil comparée à celle du pays d’origine. La réduction du nombre de nouveaux départs de Marocains vers l’Europe a ainsi laissé croire à un basculement structurel, lié non seulement à la crise économique mondiale de 2008, mais également au développement économique du Maroc lui-même. Il faut pourtant rappeler que le taux d’emploi au Maroc s’effrite continuellement depuis une dizaine d’années. Il est passé de 46,3% de la population en âge de travailler à 42,8% en 2015, selon les chiffres du Haut-commissariat au plan (HCP).

Et les pays arabes ?

Nous ne nous sommes intéréssés dans cet article qu'à l'évolution de l'émigration marocaine vers l'Europe, les Etats Unis et le Canada parce que nous ne disposions pas de données détaillées sur la population marocaine émigrée au Moyen Orient. Elle est pourtant nombreuse et l'émigration marocaine dans cette direction reste vraisemblablement forte. Pour preuve, entre 2000 et 2014, les sommes transférées par les MRE depuis l'Europe vers le Maroc ont été multipliés par 2, quand elles étaient multipliées par 7,4 en provenance des pays arabes. Les transferts se sont même accélérés ces dernières années.

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