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Environnement Publié

Projet de barrages dans la vallée d’Ahansal : Quel impact sur la région ?

Dans un pays menacé par le stress hydrique, les barrages sont des édifices essentiels, pour ne pas dire vitaux, pour l'alimentation en eau potable ou l'irrigation agricole. Mais l'intérêt national se heurte parfois à la préservation d'une faune et d'une flore unique dans la région. 

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Le Maroc n’a pas d’autre solution que de construire des barrages qui permettent de stocker l’eau pour les périodes de sécheresse. / Ph. Maison d'hôte Dar Ahansal

Ce week-end, Yabiladi invitait ses lecteurs à découvrir la cathédrale de Beni Mellal, au pied de laquelle se niche la vallée d'Ahansal. Celle-ci devrait d'ailleurs bientôt accueillir deux barrages. Une première étude d'impact sur l'environnement menée par le ministère délégué chargé de l'Eau a d'abord permis de jauger la faisabilité du projet. «Si l’impact environnemental est trop important, on abandonne le projet», indique à Yabiladi une source au sein du ministère. Dans certains cas, «nous avons dû annuler la construction de barrages, surtout dans la région de Marrakech», poursuit-elle.

Reste que ceux de la région d'Ahansal présentent des atouts dont la population serait la première à bénéficier. «Les deux projets de la vallée ont un objectif hydro-énergétique. Ils vont créer une richesse dans une zone enclavée. C'est très intéressant sur le plan socio-économique puisque ça va favoriser le développement de la région», confie notre source. Au programme donc : une amélioration des voies d’accès, la construction de routes et la création d’emplois pour les habitants.

Des avis divergents sur l’impact environnemental

Au-delà des ambitions affichées par ces deux projets, l'écosystème, lui, risque d'en prendre un sacré coup. «Il est nécessaire de mettre en place un débit minimum, qui doit être véhiculé dans un cours d’eau pour maintenir l’écosystème», préconise Mohamed Benata, président de l'association «Espace de solidarité et de coopération de l’oriental» (ESCO).

Mehdi Laimina, président du conseil administratif de l’association Tahadi pour l’environnement, émet quant à lui d'autres réserves : «Ces barrages bloquent les accès des zones de reproduction et provoquent la mort de nombreuses espèces animales, notamment les espèces migratrices comme les saumons ou les anguilles.» En revanche, il reconnaît volontiers à ce projet des qualités non négligeables, au regard de l'«extrême sécheresse» de la région de la vallée d’Ahensal. «Le projet de barrages va permettre de collecter les eaux pluviales et d’améliorer le rendement de la zone agricole», tempère-t-il.

Quant au responsable du ministère délégué chargé de l'Eau qui suit de près le dossier, ce dernier se veut naturellement rassurant : selon lui, l’impact environnemental de la construction des deux barrages est «très minime». Cependant, si les populations peuvent se réjouir des retombées économiques, le déplacement des habitants de certains douars est à prévoir.

«La construction des deux barrages ne doit pas se faire au détriment de la population»

«En général, lorsqu'un barrage est construit, une partie - la retenue - est inondée, c'est pourquoi il est nécessaire de déplacer les gens qui se trouvent à ce niveau. Il faut donc les relocaliser et leur créer une activité. Le but, ce n’est pas de leur donner de l’argent et de les lâcher dans la nature». Même son de cloche chez le président de l’ESCO : «La construction des deux barrages ne doit pas se faire au détriment de la population. Il faut prendre en charge les personnes déplacées, leur permettre d’avoir un moyen de survie.»

Compte tenu de la situation géographique du Maroc, le royaume n’a pas d’autres solutions que de construire des barrages qui permettent de stocker l’eau pendant les périodes de pluie pour les utiliser pendant les périodes de sécheresse. Cette politique a été amorcée lors des années 1960, impulsée par le roi Hassan II. A présent, le pays dispose de 140 grands barrages résultant de cette politique, d’une capacité de 18 milliards de mètres cubes.

Le développement économique qui va résulter de la création de ces deux barrages est aussi d'ordre touristique, mais il faut qu’il soit respectueux de l’environnement - «écologique» - en complément avec le potentiel de la région, prisée par les voyageurs pour les randonnées, le canyoning et autres activités.

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