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Archive Histoire Publié Le 28/12/2016 à 19h00

Résistance nationale contre le Protectorat français : Les batailles de Jbel Baddou

Ce jeudi 29 décembre, les batailles de Jbel Baddou fêteront leur anniversaire. La date a été choisie par le Haut-commissariat aux anciens résistants et anciens membres de l'Armée de libération pour «préserver la mémoire nationale». Retour sur les faits marquants de cette bataille menée par les tribus amazighes contre le joug de la colonisation. 

Le Maroc célèbre chaque 29 décembre l'anniversaire des batailles de Jbel Baddou qui se sont déroulées en 1933 sur le versant sud du Haut Atlas, dans la région d’Errachidia. Bien que les principales batailles aient eu lieu en août et à la mi-septembre, le Haut-commissariat aux anciens résistants et anciens membres de l’Armée de libération avait choisi la date du 29 décembre afin de «préserver la mémoire nationale» et faire connaître ces batailles «aux générations montantes».

Il n’est guère question ici d’une série de batailles anodines. Dans son article intitulé «La France au Maroc» (1917), l’historien et géographe français Augustin Bernard rappelle que les forces du protectorat français sont difficilement parvenues, dès l’annonce du régime de tutelle exercé par la France dans le royaume chérifien, à pacifier les tribus de cette région du Tafilalet. Celles-ci avaient, en effet, bravement résisté depuis le début du XXe siècle, faisant montre d'un sens élevé du sacrifice pour repousser l'occupant.

«Plusieurs bataillons de divers commandements» contre des Marocains qui utilisaient «des moyens dérisoires»

Bien avant cette date, plusieurs batailles avaient eu lieu, notamment celle de Boudnib en 1908, puis celle d'Ifri en 1914, ainsi que d'autres affrontements dans la région du Tafilalet, de Taza et dans les environs de Guelmima et Tadighoust. Juste avant la bataille de Jbel Baddou, un autre affrontement entre les forces coloniales françaises et la tribu résistante des Aït Skhmane s'était déroulée entre le 20 août et le 10 septembre 1932. L’évènement de Tazizaout avait «fait couler beaucoup de sang mais peu d’encre», note Zamane.

Pour décrire Jbel Baddou, l’historien français Michael Peyron, spécialiste de la langue et de la culture amazighe, évoque dans ses notes de recherches sur «Les hauts lieux de la résistance amazighe» (2012), le lieu où se déroulera «l’ultime épisode de l’épopée de la résistance de l’Atlas». Une «haute montagne (2 921 m) isolée et escarpée, surgissant d’un seul élan au-dessus d’Asoul dans le Haut Ghéris», considérée comme un important emplacement stratégique.

Dans son texte, il revient également sur l’affrontement opposant «plusieurs bataillons, relevant de divers commandements» avec «des armes automatiques, l’artillerie, l’aviation, voire des blindés» face à des Marocains résistants, utilisant «des moyens dérisoires, terrés dans des grottes ou des tranchées, armés de leurs seuls fusils et d’un courage inébranlable, tenaillés par la faim et la soif». Cette région était en effet le point de rencontre entre d’importants groupements amazighs comme Aït Yahya, Aït Mrghad, Aït Hdiddou et Aït Skhmane, pour ne citer qu’eux.

Après la reprise de Jbel Tazizaout, encerclé pendant plus d’un mois par les forces de l’occupation, les guerriers des Aït Mrghad, des Aït Hdiddou, des Aït Issa et d'Assif Melloul, épaulés par les durs combattants des Aït Atta, se retranchent vers Jbel Baddou. Véritable terrain «truffé de grottes et de barres rocheuses», offrant une «infinité de possibilités défensives», Jbel Baddou avait finalement permis aux résistants de tenir tête à des dizaines de milliers de soldats de différents ordres grâce à la stratégie des attaques éclair.

Plus de 50 jours de résistance acharnée

Après plusieurs jours de résistance, le général français Antoine Jules Joseph Huré chargea le colonel Arnaud d'assiéger les résistants par derrière, avant de décider de confisquer les points d'eau, privant ainsi les populations d'une denrée vitale. La direction de la résistance en la personne de Zayd Ouhmad Ouskounti, d'Ali Atermoun et de Sidi Ahmed N'Aït Sidi Larbi ne s’inclina pas pour autant.

Un canon de l'armée française à la bataille de Jbel Tazizaout / Ph. Francis Boulbes

Un canon de l'armée française à la bataille de Jbel Tazizaout / Ph. Francis Boulbes

Le général Huré passe ensuite à son plan B, faisant appel aux commandements de cinq généraux relevant de Tadla, Meknès, Marrakech, Tinghir et celui des zones frontalières. Une mobilisation tous azimuts s’installa. A l’époque, le chef de la rébellion, Zayd Ouhmad Ouskounti était déjà célèbre dans les salons politiques français. «Bien que la position d'Ouskounti devienne de plus en plus critique, celui-ci demeure toujours aussi intransigeant, pourtant le nombre de ses fidèles semble diminuer», témoigna le colonel Louis Voinot dans ses «Traces glorieuses», ajoutant que pour la seule journée du 25 août 1933, l'armée avait accusé «13 tués et 31 blessés, dont un officier».

«Finalement, comme au Tazizaout, l’encerclement de leur bastion montagneux par les forces ennemies, en empêchant l’arrivée du ravitaillement, eut raison de l’opiniâtreté des défenseurs qui souffrirent davantage de faim et de soif que de la violence des seuls bombardements», rapporte Michael Peyron. Les résistants menaient la vie dure aux forces françaises depuis plus d’un an, puisqu’ils étaient constitués essentiellement de combattants ayant participé à la précédente bataille de Jbel Tazizaout.

Des résistants amazighs. / Ph. Francis Boulbes

Des résistants amazighs. / Ph. Francis Boulbes

Des initiatives françaises pour la négociation avec les forces des moudjahidines ont d’abord été lancées avant l’assaut final qui s’est déroulé le 25 août 1933. La dernière poignée de résistants rend les armes le 29 août, après plus de 50 jours de résistance, annonçant la fin des combats. Les derniers guerriers qui ont survécu aux deux batailles n’avaient pas réellement baissé les bras puisqu’ils vont rejoindre les rangs de la résistance dans l'anti Atlas, afin de libérer tout un pays du joug de la colonisation. La résistance face au Protectorat français ne faisait que commencer.

3 commentaires
Des initiatives francaises pour la negociation avec les forces de ( moujahidines !!!)
Auteur : aqqqqqqqqq
Date : le 01 janvier 2017 à 09h23
Ce terme ne correspond pas a l esprit de la resistance ! -les berberes combattaient les intrus ,deffendaient les terres,l islam peu pratique' ,ne parlant pas l arabe ils ignorait la religion ! De plus parmi les tribus berberes il y avait des berberes de confession juive qui combattaient ,surtout au cours de la celebre Bataille de BOUGAFER ! des valeureuses tribus AIT ATTA. -ces berberes sont punies a causes de ces resistances ! bannis par le mahkzen (," Maroc inutile" Marechal Lyauty) Taux de pauvrete' le plus eleve' - analphabatisme 90/ des femmes - et arabisation + islamisation acceleree , beaucoup de mosquees et qq classes eparses ,fermee's l hivers a cause de la neige et sentiers impraticables - province de Tinghir. )
Logiques de protectorat ou logiques de dépossession ?
Auteur : yab7mars2017
Date : le 29 décembre 2016 à 21h22
Article très intéressant sur une partie de l'histoire moderne du Maroc. Il m'a fallu longtemps pour comprendre les logiques d'occupation coloniale du Maroc par la France impérialiste présentées sous une appellation fallacieuse : Protectorat, protection, tutelle. Derrière ces appellations, des crimes contre le peuple Marocain ont été commis partout, En Atlas, au Rif et à l'intérieur du pays. Les forces d'occupation française couvraient ces crimes sous un nom qui livre l'horreur la plus crue : la guerre de pacification. Bien qu'il s'agit des résistances contre la soumission et la déshumanisation de l'identité du peuple, les idéologues du sois-disant protectorat n'ont pas fait d'économie d'effort pour "légitimer" cette entreprise criminelle concoctée au nom de la modernité. En faisant le lien entre les logiques de tutelle qui ont ruiné le peuple Marocain et celles appliquées en France sur les vulnérables sous une appellation qui froid dans le dos, "Protection juridique des majeurs", dans ses formes de tutelle et curatelle, j'ai compris que c'est la même continuation, le même mode opératoire : LA DEPOSSESSION. Voir à ce sujet le livre de Valérie Labrousse : LES DEPOSSEDES. Enquête sur la mafia des tutelles. Ed., Du Moment, 2014. Voir aussi, le livre de Frank Hangenbucher : Lettre ouverte à un tu (e) teur professionnel. Ed., L'Harmattan, 2006. Voir aussi les publications dans : www.cvjn.over-blog.com L'idéologie française soutenue au nom de la modernité, la poste-modernité et la rationalité n'est qu'une entreprise du profit qui agit à l'intérieur et à l'extérieur par des mécanismes de dépossession et de soumission des vulnérables. L'erreur fatale c'est que les promoteurs de cette idéologie ont du mal à se rendre compte des résistances continues et par les victimes de ces logiques de dépossession ici et par les formes de se dresser contre les logiques d'abaissement au Maroc pendant l'occupation. Je dis l'occupation et non le protectorat. Tant de chose à dire sur ces logiques qui sont toujours en ouvre sous d'autres formes. Bon gré mal gré, le lien s'impose de lui-même.
Résitance nationale contre le Protectorat français : Il était une fois... les batailles de Jbel Baddou
Auteur : almutawakkil
Date : le 28 décembre 2016 à 20h25
Le Maroc célèbre ce jeudi 29 décembre le 83e anniversaire des batailles de Jbel Baddou qui se sont déroulées en 1933 sur le versant sud du Haut Atlas, dans la... Lire l'article associé
Dernière modification le 01/01/2017 09:23